Sinus coronaire — P négative DII/DIII/aVF, axe P −80°
Foyer en bas de l'oreillette droite — opposé au nœud sinusal (en haut)
Dépolarisation de bas en haut → axe P ~−80° → onde P négative en DII, DIII, aVF
QRS normal (conduction His-Purkinje intacte) · PR légèrement court (foyer proche du NAV)
Même P négative qu'une jonctionnelle rétrograde — mais ici rythme lent (~40–60), P avant le QRS ; une jonctionnelle est une tachycardie (>150/min). → on tranche sur la fréquence, pas sur la forme de la P
Bénin · cœur sain · pas de traitement
Wandering pacemaker Bénin
Wandering pacemaker — F. 25 ans sportive, FC 46/min
Foyer qui migre : nœud sinusal ↔ oreillettes ↔ NAV — selon le tonus vagal
Onde P variable d'un battement à l'autre (morphologie + axe) · PR variable
Typique du sportif avec bradycardie vagale
Bénin · pas de traitement
💡 Wandering pacemaker ou TAM ? — c'est la fréquence, et rien d'autre
Même image électrique : plusieurs foyers auriculaires se relaient → ≥ 3 morphologies de P, PR variable, RR irrégulier. Ce qui change, c'est le régime dans lequel ça se produit — et donc ce que ça veut dire.
👉 Un wandering pacemaker qui s'emballe au-delà de 100/min est une TAM : c'est le même désordre, vu chez quelqu'un qui va mal.
Fibrillation atriale (FA) Anticoagulation
Rythme irrégulièrement irrégulier — pas deux RR identiques
Absence d'onde P individualisable — ligne de base chaotique (trémulation)
La fréquence ventriculaire peut être rapide (>100), normale ou lente selon la conduction AV
🔑 Le réflexe — toute tachyarythmie est une FA jusqu'à preuve du contraire
Un rythme rapide ET irrégulier = FA par défaut (de loin la plus fréquente). On ne retient un autre diagnostic (flutter à conduction variable, TAM, FA préexcitée) que si un argument précis l'impose.
⚠️ Piège — sur FA, un QRS large isolé n'est pas forcément une ESV
Après un RR long suivi d'un RR court, la branche droite n'a pas fini de récupérer : le battement suivant descend par la branche gauche seule → QRS large d'aspect BBD. C'est le phénomène d'Ashman — une aberration de conduction, pas un foyer ventriculaire.
Aberration (Ashman)→ bénin
ESV → ventriculaire
Origine
supraventriculaire — passe encore par une branche
foyer dans le muscle ventriculaire
Début du QRS(le critère)
identique aux QRS fins voisins — seule la fin traîne
modifié d'emblée : axe, amplitude et largeur changent dès la 1re déflexion
Morphologie
celle d'un vrai bloc de branche (BBD ~80 %) · R dominante en V6
morphologie quelconque · R souvent rabotée en V6 (QS, QR)
Circonstance
après un RR long → RR court (Ashman) ou à l'accélération
précoce, sans lien avec le RR précédent
💊 Conduite
rien — c'est un phénomène fonctionnel, sans signification
rien non plus si isolée sur cœur sain
👉 La différence n'est pas thérapeutique, elle est diagnostique : dans les deux cas, un battement large isolé sur FA ne se traite pas. Ce qui change, c'est ce qu'on en conclut — une aberration ne dit rien, une ESV fait chercher une cardiopathie si elles sont nombreuses, polymorphes, en salves ou symptomatiques (holter, écho). → détail et tracés : Aberration ou ESV ?
⚠️ FA régulière → penser BAV complet
La FA est irrégulière par définition.
Si le rythme ventriculaire devient régulier et lent, c'est un BAV complet : les oreillettes fibrillent toujours (trémulation) mais ne commandent plus les ventricules, qui battent sur un échappement. Bradycardie à QRS larges réguliers = BAV de haut degré.
FA « lente » — échappement régulier à 33/min = BAV complet
Flutter atrial 2:1 = piège
Ondes F en dents de scie, mieux visibles en DII, DIII, aVF et V1
Conduction AV le plus souvent 2:1 → fréquence ventriculaire ~150 /min
Rythme ventriculaire régulier (contrairement à la FA)
À retenir
Détail
✅ Règle diagnostique
Le flutter se raccorde toujours au même niveau du QRS (rapport F/QRS fixe). Si le raccord varie → ce n'est pas un flutter.
💡 Tachy à ~150 /min inexpliquée
Penser systématiquement au flutter 2:1 — ondes F masquées dans le QRS ou l'onde T. Manœuvre vagale ou adénosine pour ralentir le nœud et les révéler.
⚠️ Adénosine = QRS fins uniquement
Elle bloque le nœud AV → démasque le flutter mais ne le réduit pas (réentrée atriale, pas nodale).
⚠️ Interdite si préexcitation (WPW) : tout l'influx passe alors par le Kent, sans le frein du nœud → accélération massive → FV.
💡 Mécanisme (dents de scie)
Réentrée dans l'oreillette droite autour de l'anneau tricuspide, en passant par un défilé étroit : l'isthme cavo-tricuspide. Sens antihoraire (~90 %) → ondes F négatives en inférieur (DII, DIII, aVF), positives en V1 ; sens horaire (~10 %) = l'inverse.
💊 Traitement
1 · En aigu — réduire ou ralentir. Rythme très organisé → cardioversion synchronisée à ~50 J souvent suffisante (vs 120–200 J pour la FA). Sinon ralentir le nœud (β-bloquant, inhibiteur calcique). 2 · Anticoagulation — comme une FA. Mêmes règles (CHA₂DS₂-VASc), même précaution avant cardioversion : le flutter embolise autant que la FA. 3 · À distance — l'ablation, curative. Le circuit passe obligatoirement par l'isthme cavo-tricuspide : une ligne de radiofréquence en travers de l'isthme coupe la boucle définitivement (succès > 90 %). Ce n'est pas un geste d'urgence — il se programme, une fois le patient stabilisé et anticoagulé.
Exemples — flutter auriculaire
Conduction 2:1 — F à 300/min, ventricule régulier à 150/min
Ondes F en « toit d'usine », polarité inférieure
Adénosine → bloque le nœud → démasque les ondes F
Tachycardie atriale focale Retour à la ligne isoélectrique
Foyer auriculaire ectopique unique (automatique) — rare parmi les TSV
Ondes P′ monomorphes avec retour à la ligne isoélectrique entre chaque P (≠ flutter, qui n'a pas de retour à la ligne)
Fréquence atriale 100–250/min ; conduction AV variable (1:1, 2:1, 3:2…)
« Warm-up » : accélération progressive au démarrage
💡 Démasquer la tachycardie
Souvent impossible à diagnostiquer en conduction 1:1 (P′ cachées dans le QRS/T). Adénosine (ou manœuvre vagale, β-bloquant, inhibiteur calcique) ralentit le nœud → la tachy auriculaire persiste et les P′ apparaissent.
👉 C'est la base du test à l'adénosine : ici le nœud AV est hors du circuit, le bloquer démasque sans réduire.
✅ Seuil « ce n'est plus sinusal »
Fréquence sinusale maximale ≈ 220 − âge.
Ex : 22 ans → max ~198/min ; une tachy à 210/min élimine la sinusale.
En pratique : adulte au repos, sinusale rarement > 150–160/min sans cause.
Exemples — tachycardie atriale focale
Adénosine → ralentit le nœud → démasque les P′ (retour à la ligne isoélectrique)
Diltiazem → conduction AV 3:2 → ventricule 145/min (auriculaire 210)
⚠️ Terrain — hyperexcitabilité auriculaire menaçante
Surtout l'insuffisant respiratoire chronique (BPCO) hypoxique.
Favorisée par les médicaments qui « excitent le cœur » : β2-mimétiques, théophylline, digitaline (intox).
Peut précéder une FA → à ne pas négliger.
💊 Traitement
D'abord la cause : oxygène, arrêt/réduction des stimulants, correction K⁺/Mg²⁺.
Ralentir par inhibiteurs calciques (vérapamil/diltiazem) ; β-bloquants souvent contre-indiqués (BPCO).
Cardioversion électrique inefficace (foyers multiples, pas de circuit).
Tachycardies jonctionnelles — la démarche TRIN · TRAV
Sur une tachycardie régulière à QRS fins, une P rétrograde (ou une P invisible, fondue dans le QRS) oriente vers une tachycardie jonctionnelle : le nœud AV est dans le circuit. On tranche ensuite TRIN vs TRAV sur l'intervalle RP.
Pourquoi une P rétrograde, et pas une absence de P ? Une onde P = les oreillettes se dépolarisent ; la seule question est : le courant remonte-t-il les activer ?
Situation
Sens d'activation des oreillettes
Onde P en inférieur (DII, DIII, aVF)
Rythme sinusal
D'en haut (nœud sinusal) → descend
P positive
Réentrée (TRIN / TRAV)
D'en bas : le circuit remonte vers les oreillettes
P rétrograde = négative, souvent collée au QRS
✅ Il y a toujours une P
Dans les deux réentrées (TRIN et TRAV), les oreillettes sont activées à chaque tour → il y a forcément une P. Elle est simplement à l'envers et souvent collée au QRS : pas toujours visible, mais jamais absente.
Ce qui change entre TRIN et TRAV = QUAND la P apparaît — c'est une histoire de taille du circuit :
TRIN (slow-fast)
TRAV orthodromique
Circuit
minuscule(réentrée dans le nœud, sans Kent)
grand(descend par le nœud → remonte par le Kent)
Oreillettes vs ventricules
activés quasi en même temps
oreillette activée après le ventricule (le grand tour prend du temps)
Position de la P
P cachée dans le QRS — RP < 70 ms
P rétrograde nette après le QRS — RP ≥ 90 ms (RP < PR)
Après réduction(ECG sinusal)
jamais de delta (aucun Kent)
delta possible si le Kent conduit en antérograde (WPW manifeste)
💊 En crise
identique pour les deux (QRS fin, nœud dans le circuit) : manœuvres vagales → adénosine IV → si échec, inhibiteur calcique injectable (vérapamil / diltiazem)
💊 Préventif
ablation de la voie lente nodale
ablation du faisceau de Kent(curatif définitif)
👉 En aigu, trancher ne change rien — c'est le même traitement. Ça compte pour la suite : ce n'est pas la même cible d'ablation. Et ⚠️ un ECG sinusal sans delta n'élimine pas une TRAV : le Kent peut être « caché » (rétrograde pur).
Intervalle RP (mesuré en DII / V1)
Diagnostic le plus probable
Mécanisme
Repère ECG
RP < 70 ms
TRIN slow-fast(typique, fréquente)
réentrée intranodale — remontée rapide
P rétrograde cachée à la fin du QRS : petite bosse en V1, petit cran négatif en inférieur
RP ≥ 90 ms(RP < PR)
TRAV orthodromique(fréquente)
boucle — remonte par le Kent
P nette peu après le QRS
RP long(RP > PR)
TRIN fast-slow(rare) · TRAV de Coumel · tachy. atriale
conduction rétrograde lente
⚠️ P loin derrière le QRS, proche du suivant — se fait passer pour une P antérograde
QRS large
TRAV antidromique(rare)
descend par le Kent
relève de la branche « QRS large » (voir WPW)
RP = du début du QRS au début de la P rétrograde. Sur un RP court la P est dans / juste après le QRS ; sur un RP long elle glisse vers le QRS suivant (le piège).
📏 RP ≥ 90 ms → pourquoi TRAV ortho et pas TRIN fast-slow ? Le seuil seul ne suffit pas : ce qui tranche, c'est RP comparé à PR.
TRAV orthodromique
TRIN fast-slow
TRIN slow-fast (pour info)
Remontée à l'oreillette
par le Kent = rapide
par la voie nodale lente
par la voie nodale rapide
RP vs PR
RP ≥ 90 ms mais < PR (RP court)
RP > PR (RP long)
RP < 70 ms (RP très court)
Position de la P
juste après le QRS précédent
repoussée loin, collée au QRS suivant
fondue dans le QRS
👉 RP ≥ 90 ms et RP < PR = TRAV ortho ; RP qui dépasse PR = fast-slow (ou Coumel / atriale).
⚠️ 70 ou 90 ms ? — les deux seuils ne se contredisent pas
Les slides Taboulet citent RP < 70 ms pour la TRIN et RP ≥ 90 ms pour la TRAV orthodromique : ce ne sont pas deux valeurs pour la même frontière, mais les deux bords d'une zone grise [70–90 ms].
• < 70 ms : impossible en TRAV (l'influx n'a pas le temps de descendre au ventricule puis de remonter par le Kent) → TRIN.
• ≥ 90 ms : la P a franchement décollé du QRS → TRAV orthodromique typique.
• 70–90 ms : chevauchement — le RP seul ne tranche pas (autres indices : alternance du QRS, sous-décalage ST, cassure par manœuvre vagale).
Les 4 circuits jonctionnels — TRAV ortho (fréquente) · TRIN slow-fast (fréquente) · TRIN fast-slow (rare) · TRAV antidromique (rare). Tracés DII/V1 + RP en regard du tableau ci-dessus.
⚠️ Une P négative ≠ forcément une jonctionnelle
Une P négative en inférieur (oreillette activée d'en bas) se voit aussi dans le rythme du sinus coronaire, qui est bénin. Même forme d'onde, deux rythmes que tout oppose :
Sinus coronaire → bénin
Jonctionnelle (TRIN / TRAV)→ tachycardie
Fréquence(le critère)
lent — ~40–60/min
rapide — > 150/min
Nature
échappement : un foyer bas prend la main faute de mieux
réentrée : un circuit s'emballe
Position de la P
avant le QRS (PR un peu court), chaque P suivie d'un QRS
dans ou après le QRS — souvent invisible
Début / fin
progressif, au gré du tonus vagal
brutaux — « ça part, ça s'arrête »
💊 Conduite
aucune — cœur sain
vagal → adénosine
👉 On tranche sur la fréquence, jamais sur la forme de la P. Même sur un RP long (où la P « déménage » près du QRS suivant), la question « échappement bénin ou tachycardie ? » est sans ambiguïté ; le doute qui reste (quel type de tachycardie) est à l'intérieur des tachycardies.
💡 Pourquoi distinguer atriale et jonctionnelle ? — le rôle du nœud AV
Jonctionnelle (TRIN / TRAV)
Atriale (focale, multifocale, flutter)
Où est le moteur
un circuit qui passe par le nœud AV
un foyer dans l'oreillette
Le nœud AV est…
DANS le circuit — il en est une pièce
HORS circuit — simple relais en aval
Effet de l'adénosine
ça s'arrête : le circuit est cassé → retour en sinusal (diagnostic et traitement)
ça ralentit : les P′ / ondes F apparaissent, la tachycardie continue(diagnostic seul)
Terrain
souvent sain · début et fin brusques
fait chercher une cause : BPCO, hypoxie, digitaline, β2, théophylline
👉 La réponse à l'adénosine est un test diagnostique : ça s'arrête = jonctionnelle ; ça ralentit / démasque = atriale ou flutter. → le tableau complet.
Démarche devant une tachycardie — lire DII et V1 (QRS · régularité · activité atriale · RP)
Élargir : « pas de P visible » n'est pas spécifique — on tranche sur fréquence + régularité :
Ce qu'on voit
Diagnostic
Irrégulier + trémulation de la ligne de base (ondes f)
Régulier + rapide (> 150) — P rétrograde fondue dans le QRS
Jonctionnelle(TRIN / TRAV)
TRIN — Tachycardie par Réentrée IntraNodale (AVNRT) Vagal d'abord
TSV la plus fréquente. Circuit de réentrée dans le nœud AV (double voie nodale — lente et rapide). Forme slow-fast (typique) : conduction antérograde par la voie lente, rétrograde rapide → P rétrograde très près du QRS.
Tachycardie régulière à QRS fins, FC 150–250/min
P rétrograde — RP < 70 ms : cachée à la fin du QRS (petite bosse en V1, cran négatif en inférieur)
Début et fin brutaux (réentrée)
« Vagal d'abord » : le nœud est dans le circuit → les manœuvres vagales (non invasif) en 1re intention, puis l'adénosine si échec (les deux interrompent le circuit)
TRIN slow-fast — FC 200/min, P rétrograde visible en DII et V1, QRS-P < 90 ms
💡 Les 2 formes de TRIN (le nœud a 2 vitesses)
• slow-fast (typique) : descend lent, remonte rapide → P juste après le QRS (RP court).
• fast-slow (atypique, rare) : descend rapide, remonte lent → P loin après le QRS (RP long).
💡 Pourquoi "réciproque" ?
Le circuit est mutuel : les oreillettes activent les ventricules par une voie, et les ventricules renvoient l'influx aux oreillettes par l'autre. Chaque chambre est alternativement émettrice et réceptrice — ping-pong en boucle. "Réciproque" = les deux chambres s'activent mutuellement.
❓ La question qui revient — le mécanisme de la double voie nodale
1Slow-fast / fast-slow dans la TRIN : c'est quoi exactement ?
RÈGLELe nom dit toujours descente puis remontée, dans cet ordre. Slow-fast = descend par la lente, remonte par la rapide.
Le point de départ : le nœud AV n'est pas un tuyau unique. Il contient deux voies aux propriétés différentes — et la réentrée tourne entre les deux.
Voie
Vitesse de conduction
Période réfractaire
Voie lente (α)
lente 🐢
courte — récupère vite
Voie rapide (β)
rapide 🐇
longue — récupère lentement
🧠 L'appariement contre-intuitif — c'est LUI qu'il faut retenirlente = réfractaire COURTE · rapide = réfractaire LONGUE.
C'est ce décalage qui rend la réentrée possible. Sans lui, pas de TRIN.
Le film, en 3 temps
Temps
Ce qui se passe
1. Rythme sinusal
L'influx descend par les deux voies en même temps. La rapide arrive la première → c'est elle qui commande. L'influx de la lente arrive après, trouve le tissu déjà dépolarisé, s'éteint. → PR normal, rien d'anormal.
2. Le déclencheur(extrasystole atriale)
Une ESA arrive tôt. La rapide est encore réfractaire (réfractaire longue) → bloquée. La lente a déjà récupéré (réfractaire courte) → elle conduit. L'influx ne peut descendre que par la lente.
3. La boucle
La descente lente prend du temps → pendant ce temps la rapide a récupéré. En bas, l'influx remonte par la rapide, retrouve la lente à nouveau prête en haut, redescend par la lente… ça tourne.
descente (antérograde) remontée (rétrograde → onde P)
SLOW-FAST
typique · ~90 %
Descend lent → remonte rapide. La remontée est rapide → oreillettes et ventricules dépolarisés quasi en même temps.
RP très court : P fondue dans le QRS ou à sa toute fin → pseudo-r′ en V1, pseudo-S en inférieur.
FAST-SLOW
atypique · ~10 %
Descend rapide → remonte lent. La remontée traîne → oreillette dépolarisée bien après le ventricule.
RP long (RP > PR) : la P est repoussée loin derrière son QRS, collée au suivant → elle se fait passer pour une P antérograde. (Variante slow-slow quand deux voies lentes sont impliquées.)
🧠 Le mnémoSlow-fast = typique (90 %) = descend lent / remonte rapide = P cachée dans le QRS (RP court). Fast-slow = atypique (10 %) = descend rapide / remonte lent = P visible tardive (RP long).
👉 Et le nom décrit toujours descente-remontée, dans cet ordre.
Exemples — tachycardies jonctionnelles
TRIN slow-fast — P rétrogrades, RP < 70 ms (FC 220/min)
TRAV orthodromique — faisceau accessoire, RP > 70 ms
Cardioversion (ATP) — la P rétrograde derrière le QRS disparaît en sinusal
💉 Effet de l'adénosine selon le type de tachycardie
Une seule question commande tout le tableau : le nœud AV fait-il partie du circuit ? S'il en fait partie, le bloquer casse la réentrée. S'il est en aval, le bloquer ne fait que ralentir la descente — et rend visible ce qui se passait au-dessus.
🧠 « Mais le nœud AV, il n'empêche pas que ça aille trop vite ? » — il fait DEUX choses, pas une
C'est la confusion la plus coûteuse du chapitre. Le nœud AV a deux propriétés qu'on mélange sans arrêt :
🐢 Le délai
🚧 Le filtre
Ce que c'est
il conduit lentement, exprès — c'est l'essentiel du PR
il conduit d'autant plus lentement qu'on le sollicite vite(conduction décrémentielle), jusqu'à bloquer
À quoi ça sert
laisser les oreillettes se vider avant que les ventricules ne se contractent
protéger le ventricule : une FA à 500/min ne donne que 100–160 QRS/min
Quand ça joue
toujours, à chaque battement
seulement si quelque chose le bombarde — donc si le foyer est au-dessus de lui : FA, flutter, tachycardie atriale
⚡ Le Kent ne fait ni l'un ni l'autre. Pas de délai (d'où le PR court et l'onde delta), et pas de décrément : il ne ralentit pas quand on l'accélère. Mais il a quand même une période réfractaire, et il bloque ce qui arrive trop tôt — c'est du tout ou rien, jamais un ralentissement progressif. Sa période réfractaire est donc sa seule limite : courte = il laisse passer énormément → FA préexcitée à 250–300/min, repère RR préexcité le plus court < 250 ms. 👉 C'est ça, et rien d'autre, que veut dire « le Kent passe sans frein » : sans le frein du nœud.
Dans une réentrée, il n'y a personne pour le bombarder. Le circuit lui envoie un influx par tour, et cet influx ne revient que lorsque tout a récupéré. Le filtre ne se déclenche donc jamais — mais le délai, lui, joue à chaque tour : c'est lui qui fixe la durée du tour, donc la fréquence.
👉 Le nœud est le segment lent de la boucle — c'est donc lui qui commande la fréquence. La durée d'un tour (nœud → His → ventricule → remontée → oreillette) est dominée par la traversée du nœud : plus il conduit vite, plus la tachycardie est rapide, et inversement. Et il se défend quand on l'accélère : sa conduction est décrémentielle — plus on le sollicite vite, plus il met de temps à laisser passer. Le tour s'allonge de lui-même. Poussé au-delà, il bloque — et la boucle se rompt : c'est une des façons dont ces tachycardies s'arrêtent spontanément.
👉 D'où des réentrées jonctionnelles rapides, mais bornées par le nœud du patient : l'ordre de grandeur habituel est 120–250/min (un nœud freiné, par exemple sous β-bloquant, donne une tachycardie plus lente). Il n'y a pas de chiffre-plafond universel — ce qu'il faut retenir est le mécanisme, pas une valeur.
Le nœud est…
Son rôle
Le bloquer donne
HORS du circuit (FA, flutter, atriale)
filtre — il retient ce qui le bombarde d'en haut
on filtre davantage → le ventricule ralentit, l'oreillette continue → on démasque
DANS le circuit (TRIN, TRAV)
un segment de la boucle — son délai en fixe la durée, donc la fréquence
on retire un maillon → la boucle s'ouvre → la tachycardie s'arrête
le Kent passe à côté du nœud — il ne se ralentit pas, seule sa période réfractaire limite
on ferme la seule voie qui filtrait → tout part dans le Kent → 250–300/min → FV
👉 C'est la même structure vue sous trois angles. Le nœud AV protège du dessus ; il ne protège de rien quand le désordre tourne à travers lui, ni quand on lui a construit une déviation.
Arrête la tachycardie → retour en rythme sinusal (diagnostic et traitement)
TRAV orthodromique (QRS fin)
✅ Oui (voie descendante)
Arrête la tachycardie → retour en rythme sinusal. Traitement de choix. ⚠️ Si WPW manifeste (delta connu) : l'adénosine peut déclencher une FA, qui descendrait alors par le Kent → FA préexcitée. Rare, mais → défibrillateur prêt.
TRAV antidromique (QRS large)
✅ Oui (voie remontante)
À éviter : QRS large indiscernable d'une TV → on la traite comme une TV (cardioversion), pas d'adénosine
CONTRE-INDIQUÉE : bloquer le nœud fait tout passer par le Kent, sans le frein du nœud → FV
❓ Les questions qui reviennent — lire la réponse à l'adénosine
2« Une tachycardie qu'on casse, sans delta après → c'est un Bouveret » ?
NONUn Kent rétrograde pur ne se voit jamais sur l'ECG de repos : une TRAV orthodromique donne exactement le même tracé qu'une TRIN — cassée par l'adénosine, sans delta après.
💡 D'abord : « Bouveret » = TRIN ou TRAV orthodromique
En pratique française, « maladie de Bouveret » désigne les TSV paroxystiques par réentrée à QRS fins, début et fin brusques — donc TRIN (réentrée dans le nœud) ou TRAV orthodromique (boucle via un Kent). Beaucoup l'emploient au sens strict pour la seule TRIN.
👉 En aigu, ça ne change rien (vagal → adénosine → inhibiteur calcique). Ça change tout pour la suite : l'ablation vise la voie lente nodale (TRIN) ou le faisceau de Kent (TRAV).
Erreur n° 1 — « on ralentit » ≠ « on casse »
⛔ Ça s'ARRÊTE net
la tachycardie disparaît d'un coup
Le nœud AV était dans le circuit → réentrée jonctionnelle : TRIN ou TRAV orthodromique.
🐢 Ça RALENTIT / démasque
l'arythmie continue, les P/F apparaissent
Le nœud AV était hors circuit → flutter ou tachycardie atriale. Ni Bouveret, ni TRAV. → chercher une cause.
Erreur n° 2 — « pas de delta » n'élimine pas la voie accessoire
Pourquoi ce Kent-là est invisible — il ne conduit que de bas en haut (rétrograde pur). Trois conséquences en cascade :
Parce que le Kent ne descend jamais…
… il ne peut pas
rien ne descend par lui en rythme sinusal
→ aucune partie du ventricule n'est préexcitée → pas d'onde delta, PR normal, QRS fin : l'ECG de repos est strictement normal
rien ne descend par lui en tachycardie
→ pas de TRAV antidromique possible : l'antidromique descend par le Kent, par définition
rien ne descend par lui en FA
→ pas de FA préexcitée, donc pas de risque de mort subite. C'est la voie accessoire bénigne
Il reste malgré tout capable de remonter : c'est ce qui fait tourner la TRAV orthodromique (descend par le nœud → QRS fin → remonte par le Kent). Le faisceau existe, il ne se manifeste que pendant la crise, et de façon indiscernable d'une TRIN.
🧭 Et l'inverse — un Kent rétrograde pur peut-il devenir antérograde un jour ?Non, ce n'est pas une bascule qui arriverait avec le temps. Le sens de conduction est une propriété du faisceau (ses cellules, sa période réfractaire) : un faisceau caché l'est parce qu'il ne conduit pas en antérograde, et il le reste. L'évolution spontanée va plutôt dans l'autre sens : avec l'âge, une voie manifeste peut perdre sa conduction antérograde et le delta disparaît.
⚠️ Le vrai piège n'est pas là : c'est la voie masquée — elle conduit bien en antérograde, mais la voie nodo-hissienne conduit plus vite qu'elle, donc la part préexcitée est infime et le delta invisible au repos (typiquement un Kent latéral gauche, loin du nœud sinusal). Elle peut se démasquer à la stimulation atriale, sous adénosine, ou le jour où la conduction nodale se ralentit. Ce n'est pas un faisceau qui a changé : c'est un faisceau qu'on ne voyait pas.
👉 Caché = ne descend pas (bénin, invisible pour toujours) · masqué = descend, mais ne se voit pas au repos (⚡ risque de FA préexcitée bien réel).
Résultat : une TRAV orthodromique sur Kent caché coche exactement les mêmes cases qu'une TRIN :
Ce qu'on observe
TRIN (AVNRT)
TRAV ortho sur Kent caché
Tachycardie régulière à QRS fins
✅
✅
Cassée par vagal / adénosine
✅
✅
ECG de repos sans delta
✅ (aucun Kent)
✅ (Kent rétrograde pur)
Voie accessoire présente ?
Non
Oui — juste invisible
Ce qui peut aider
RP < 70 ms → TRIN · RP ≥ 90 ms (RP < PR) → TRAV ortho · alternance du QRS et sous-décalage ST → plutôt TRAV (voir la démarche)
Le diagnostic mécanistique définitif ne se fait pas sur l'ECG de surface : c'est l'exploration électrophysiologique.
🚫 La formule à bannir
« Pas de delta → c'est un Bouveret. » Faux. L'absence de delta ne dit rien du mécanisme : elle exclut seulement une préexcitation antérograde visible au repos. Un ECG de repos sans delta, chez quelqu'un qui a fait une tachycardie, c'est aussi bien :
Sans delta au repos, ça peut être…
Ce qui l'a trahi
TRIN(le « Bouveret » au sens strict)
il n'y a aucun Kent — RP < 70 ms
TRAV ortho sur Kent caché
le Kent est là, rétrograde pur — RP ≥ 90 ms, alternance du QRS
TRAV ortho sur Kent masqué⚡
le Kent descend, mais le delta est trop discret au repos — c'est celui qui expose à la FA préexcitée
Préexcitation intermittente
le delta était là sur un autre tracé — refaire l'ECG
ce n'était pas une réentrée jonctionnelle — l'adénosine n'aurait fait que démasquer
👉 « Pas de delta » ne dit qu'une chose : rien n'est descendu par un Kent, ce jour-là, sur ce tracé-là.
3Si l'adénosine bloque le nœud AV, est-ce que le cœur s'arrête ?
NONLe nœud AV n'est pas ce qui fait battre le cœur. Le pacemaker, c'est le nœud sinusal — et l'adénosine ne le bloque pas.
Structure
Rôle
Touchée par l'adénosine ?
Nœud sinusal(haut de l'OD)
🎼 le chef d'orchestre — il génère le rythme (~60–100/min)
Non — il continue
Nœud AV(jonction O/V)
🚧 le péage — il transmet l'impulsion vers le bas, il ne la crée pas
Oui — bloqué quelques secondes
✅ Pourquoi ça casse la réentrée sans arrêter le cœur
• La TRIN / TRAV a besoin du nœud AV pour tourner → on bloque le nœud → circuit cassé, tachycardie finie.
• Le cœur n'a pas besoin du nœud AV pour battre → il a besoin du nœud sinusal, intact → il repart.
👉 Toute l'astuce : un blocage ciblé et transitoire du relais — assez long pour casser le circuit, assez court pour que le pacemaker reprenne la main.
💡 Et pourquoi la tachycardie ne repart-elle pas aussitôt ?
Parce qu'une réentrée ne redémarre pas toute seule. Pour qu'elle tourne, il a fallu un déclencheur — typiquement une extrasystole atriale tombant au bon moment, quand une voie est encore réfractaire et l'autre déjà prête (le mécanisme de la double voie). Ce n'est pas un foyer qui « émet » : c'est une boucle lancée par accident.
Une fois la boucle interrompue, le nœud sinusal — qui n'a jamais cessé de battre — reprend simplement la main, et la conduction redevient normale. Il faudra une nouvelle extrasystole bien placée pour relancer la crise : ça arrive, mais pas dans la seconde.
👉 Le corollaire : si la tachycardie repart immédiatement après une pause franche, c'est justement qu'elle n'était pas une réentrée nodale — on a démasqué un flutter ou une tachycardie atriale, dont le moteur tourne toujours dans l'oreillette. C'est un résultat, pas un échec.
L'adénosine ferme le péage, pas la centrale. (Schéma pédagogique : pendant la tachycardie le nœud sinusal est masqué/réinitialisé par la réentrée — mais il n'est à aucun moment bloqué par l'adénosine.)
Les deux filets de sécurité
C'est ultra-bref — demi-vie < 10 s : le nœud AV se débloque de lui-même, la conduction reprend.
Les échappements — si la pause se prolonge, les étages du dessous (jonction 40–60/min, ventricule 20–40/min) ont leur automatisme de secours.
⚠️ En pratique — la pause impressionne toujoursPrévenir le patient (flush, oppression thoracique, sensation de mort imminente, très brefs) · scope + tracé en continu (la pause est le moment diagnostique) · voie veineuse proximale + flush rapide · défibrillateur à portée. À ne pas faire : adénosine sur un QRS large irrégulier (FA préexcitée) → interdit ; prudence si asthme sévère, BAV de haut degré sans pacemaker.
WPW & préexcitation FA préexcitée = mort subite
Le faisceau accessoire (Kent) court-circuite le nœud AV. La question clé : voit-on une onde delta ? L'onde delta est la signature d'une fusion — il faut que l'influx descende par le Kent ET par le nœud en même temps.
📖 D'abord le mot — « WPW » ne désigne pas une seule chose
Une préexcitation n'est pas un syndrome de WPW. Le syndrome = la voie accessoire + des tachycardies. Sans tachycardie, il n'y a qu'un signe ECG.
Le terme
Ce qu'il désigne exactement
Préexcitation ventriculaire
le signe ECG : une partie du ventricule est dépolarisée en avance par la voie accessoire → PR < 120 ms + onde delta + QRS ≥ 120 ms(> 90 ms chez l'enfant)
Syndrome de WPW
« l'existence congénitale d'une voie de conduction anormale entre une oreillette et un ventricule responsable de la survenue de tachycardies ou tachyarythmies paroxystiques »
📊 Seuls ~20 % des porteurs d'une préexcitation patente feront des accès de tachycardie. Les 80 % restants ont une onde delta et rien d'autre — ce n'est pas un syndrome de WPW, c'est un aspect de préexcitation. Prévalence : préexcitation 1–3 ‰ de la population · syndrome de WPW 0,4 ‰.
Et quand la voie ne se voit pas sur l'ECG — deux situations à ne pas confondre, deux mots différents :
Voie accessoire…
Pourquoi pas de delta
Elle descend ?
Risque en FA
patente
— (le delta est visible)
✅ oui
⚡ oui
masquée
« la voie nodo-hissienne conduit plus rapidement que le faisceau accessoire » → la part préexcitée est infime
✅ oui — elle est juste devancée
⚡ oui
cachée(concealed)
« elle n'est perméable que dans le sens rétrograde » (du ventricule à l'oreillette)
❌ non
✔️ non
⚠️ C'est la distinction qui compte le plus de tout le chapitre. « Pas de delta » recouvre deux réalités opposées : une voie masquée descend — elle est dangereuse en FA ; une voie cachée ne descend pas — elle ne l'est pas. → question ❹.
💡 L'onde delta = fusion : le Kent ET le nœud descendent ensemble
Onde delta = rythme sinusal ou FA préexcitée — l'oreillette descend par les 2 voies (nœud + Kent). 👉 Donc jamais pendant une tachycardie régulière (TRAV / TRIN) : voir ci-dessous.
Le Kent préexcite le début du QRS (delta, lent) ; le nœud → His termine le QRS → il faut les 2 voies en descente pour voir une onde delta distincte. → le tableau complet des 5 situations est juste en dessous.
Rythme sinusal — Kent + nœud descendent ensemble (fusion) → onde delta + PR court. · Orthodromique — descend par le nœud → QRS fin, pas de delta. · Antidromique — descend par le Kent seul → QRS large, préexcitation maximale. 👉 L'onde delta distincte = signature d'une fusion (les 2 voies en descente).
🚨 Le piège n° 1 — pendant la tachycardie, il n'y a PAS d'onde delta
Un WPW ne se diagnostique jamais sur le tracé de crise. Le delta est un signe du rythme sinusal — il disparaît dès que la tachycardie démarre.
Pourquoi : le delta est une fusion — il faut que l'influx descende par le nœud ET par le Kent en même temps. En tachycardie par réentrée, le circuit utilise les deux voies mais chacune dans un seul sens : une seule descend. Pas de descente simultanée → pas de fusion → pas de delta.
Même patient, deux moments. En crise, le ventricule est dépolarisé par le nœud seul → QRS fin, pas de delta. Après réduction, le Kent redescend en parallèle du nœud → la fusion réapparaît, et avec elle le delta et le PR court.
Ce que je regarde
Qui descend au ventricule
Aspect du QRS
Onde delta ?
Rythme sinusal(ECG de repos)
nœud + Kent (fusion)
delta + PR court + QRS élargi
✅ OUI — le seul tracé qui fait le diagnostic
TRAV orthodromique(la tachycardie du WPW, la + fréquente)
nœud seul
fin, régulier, 120–250/min
❌ NON — le Kent ne fait que remonter
TRIN
nœud seul(pas de Kent)
fin, régulier
❌ NON — pas de Kent du tout
TRAV antidromique(rare)
Kent seul
large, régulier
❌ pas de delta distinct — plus de fusion : tout le QRS est préexcité
FA préexcitée⚡
les deux, mais la part de chacun change à chaque battement
irrégulier, larges + fins « en accordéon », très rapide — jusqu'à 250–300/min
⚠️ préexcitation visible, mais ce n'est pas un « delta » propre — c'est l'irrégularité qui doit alerter
⚡ Pourquoi la FA préexcitée est si rapide ET si large : le Kent ne se ralentit pas quand on l'accélère — le nœud AV, si. Seule la période réfractaire du Kent le limite, et si elle est courte il déverse la FA sur le ventricule à 250–300/min. Et plus la part du ventricule dépolarisée par le Kent est grande, plus le QRS est large — cette part change d'un battement à l'autre, d'où l'accordéon.
Les 2 réflexes qui en découlent :
1️⃣ Toujours refaire un ECG 12 dérivations après réduction (adénosine, manœuvres, choc) : c'est là — et nulle part ailleurs — que le delta peut apparaître.
2️⃣ Et l'inverse est vrai aussi : un tracé de repos sans delta n'exclut pas une voie accessoire — elle peut être cachée (rétrograde pure), intermittente ou très discrète. Voir aussi « Sans delta = Bouveret ? ».
💡 Antérograde vs rétrograde — juste un sens de circulation
Le sens normal du cœur va d'en haut (oreillettes) vers le bas (ventricules).
• Antérograde = descend (sens normal), vers le ventricule (comme l'eau qui descend la rivière).
• Rétrograde = remonte (sens inverse), vers l'oreillette (remonter le courant).
C'est un vocabulaire de sens de circulation, rien de plus — il décrit ce qu'une voie sait faire. ⚠️ Ne pas le confondre avec « ortho / antidromique », qui décrit le sens de la boucle pendant la crise : c'est l'objet de la question ❼. 🔗 Même idée que la P rétrograde des jonctionnelles : l'oreillette est activée d'en bas (le courant remonte).
❓ Les questions qui reviennent — le faisceau accessoire
4Peut-on avoir un WPW sans onde delta ?
OUIQuand la voie accessoire ne conduit que de bas en haut (rétrograde) : c'est un Kent « caché » (concealed). Rien ne descend par le Kent → rien à préexciter → pas de delta.
Pourquoi : l'onde delta est la signature d'une fusion — il faut que l'influx descende en même temps par le nœud et par le Kent (voir WPW & préexcitation). Pas de descente par le Kent, pas de fusion, pas de delta. Le faisceau existe pourtant : il fera tourner des TRAV orthodromiques.
Les 3 profils de faisceau accessoire
antérograde = descend (→ delta) rétrograde = remonte (→ pas de delta)
Bidirectionnelle
le plus fréquent
Descend et remonte. C'est le WPW « classique ».
delta OUITRAV orthoFA préexcitée ⚡
Antérograde exclusive
rare
Ne fait que descendre. Pas de boucle ortho (elle exige une remontée par le Kent) — mais la boucle antidromique, elle, reste possible : elle descend par le Kent et remonte par le nœud.
delta OUIpas de TRAV orthoTRAV antidro. possibleFA préexcitée ⚡
Rétrograde exclusive = Kent « caché »
le cas de cette question
Ne fait que remonter. ECG de repos strictement normal — et pourtant le faisceau est là.
delta NONTRAV orthopas de risque en FA
⚠️ Le delta peut aussi manquer alors qu'il y a bien une conduction antérograde
• Préexcitation intermittente : le delta apparaît et disparaît d'un tracé à l'autre (voire d'un battement à l'autre).
• Voie masquée : « la voie nodo-hissienne conduit plus rapidement que le faisceau accessoire » — la part préexcitée est infime → delta très discret, voire invisible. Typiquement un Kent latéral gauche, loin du nœud sinusal.
⚡ Dans ces deux cas la voie descend — le risque de FA préexcitée est bien réel, contrairement à la voie cachée. → les trois mots.
💡 Conséquence pratique
Un ECG sinusal normal n'élimine pas une TRAV : le faisceau peut être caché (rétrograde pur), et ce patient fait quand même des TRAV orthodromiques. On ne dit alors pas « WPW » mais « voie accessoire cachée » — le vocabulaire est en tête de chapitre.
5Un faisceau accessoire peut-il conduire dans les deux sens ?
OUIC'est même le cas le plus fréquent : delta au repos + capacité à faire des tachycardies orthodromiques.
Profil du Kent
Delta au repos ?
Quelle TRAV est possible ?
Risque en FA
Bidirectionnel(le plus fréquent)
✅ oui
✅ ortho(la règle) · ✅ antidromique (rare)
⚡ oui
Antérograde seul(rare)
✅ oui
❌ pas d'ortho (rien ne remonte par le Kent) · ✅ antidromique(descend Kent, remonte nœud)
⚡ oui
Rétrograde seul — caché
❌ non
✅ ortho · ❌ pas d'antidromique (rien ne descend par le Kent)
✔️ non
🔑 « Un Kent qui ne va que dans un sens, ça donne encore une tachycardie ? » — OUI, dans les deux cas
Une réentrée a besoin de deux chemins, chacun emprunté dans un seul sens. Un Kent à sens unique fournit exactement ça : lui dans son sens, le nœud dans l'autre. La boucle se referme.
Kent qui ne fait que REMONTER(rétrograde pur, « caché »)
✅ oreillette → nœud (descend) → ventricule → Kent (remonte) → oreillette — ça tourne.
👉 C'est la TRAV orthodromique, QRS fins. La plus fréquente de toutes.
❌ Ce qui est impossible chez lui : la TRAV antidromique — elle voudrait descendre par le Kent, et il ne descend pas. Pour la même raison : pas d'onde delta au repos et pas de FA préexcitée(c'est le profil bénin).
Kent qui ne fait que DESCENDRE(antérograde pur)
✅ oreillette → Kent (descend) → ventricule → nœud (remonte) → oreillette — ça tourne aussi.
👉 C'est la TRAV antidromique, QRS larges. Rare, mais parfaitement possible. Le nœud AV sait remonter : ce n'est pas une valve à sens unique.
❌ Ce qui est impossible chez lui : la TRAV orthodromique — elle voudrait remonter par le Kent, et il ne remonte pas. En revanche il descend, donc delta au repos et FA préexcitée ⚡ : c'est le profil dangereux.
🔒 Un Kent à sens unique ne supprime jamais la réentrée — il choisit laquelle. Aucun profil de Kent n'interdit toute tachycardie. Ce qui change d'un profil à l'autre, ce n'est pas « tachycardie ou pas », c'est laquelle — et surtout le risque en FA, qui ne dépend que de la descente.
🧭 Un Kent rétrograde pur peut-il devenir antérograde plus tard ?Non. Le sens de conduction est une propriété du faisceau lui-même — un faisceau caché ne conduit pas en antérograde, et il le reste. L'évolution spontanée va plutôt dans l'autre sens : une voie manifeste peut, avec l'âge, perdre sa conduction antérograde et voir son delta disparaître.
⚠️ Le piège est ailleurs : la voie masquée conduit bien en antérograde, mais la voie nodo-hissienne conduit plus vite qu'elle — la part préexcitée est infime et le delta invisible au repos (typiquement un Kent latéral gauche). Elle peut se démasquer sous adénosine ou à la stimulation atriale. Ce n'est pas un faisceau qui a changé de nature, c'est un faisceau qu'on ne voyait pas — et lui expose bel et bien à la FA préexcitée.
⚡ Le point qui compte vraiment : la dangerosité ne dépend QUE de la conduction antérograde
Une voie qui conduit vite en antérograde peut déverser une FA sur le ventricule à fréquence dangereuse (FA préexcitée → risque de FV). C'est pour ça qu'on cherche sa période réfractaire antérograde — plus elle est courte, plus la voie est « rapide », plus c'est dangereux (repère ECG : RR préexcité le plus court < 250 ms).
À l'inverse, une voie purement rétrograde ne peut rien déverser sur le ventricule → pas ce risque-là. Elle reste capable de faire des TRAV orthodromiques (gênantes, mais bénignes).
🔗 Les schémas des 3 profils sont dans la question 4.
6Pourquoi le PR est-il court dans le WPW ?
RÈGLELe PR court et l'onde delta ne sont pas deux signes voisins : c'est le même phénomène. Le Kent court-circuite le délai du nœud AV → le ventricule démarre plus tôt (PR court) et démarre par le muscle (delta).
Les deux tracés sont alignés sur la même onde P. En WPW, le ventricule démarre plus tôt : le QRS empiète en avance sur la fin du PR → le PR se raccourcit et son début devient l'onde delta. Le QRS finit au même moment (le nœud → His termine le travail) : il est donc plus long.
PR court = QUAND le ventricule démarre (tôt) Onde delta = COMMENT il démarre (lentement, par le muscle)
La triade du WPW au repos — trois signes, une seule cause
1 · PR court
< 120 ms
Le ventricule est atteint avant que le nœud AV n'ait fini son délai.
2 · Onde delta
montée empâtée
Le début du QRS se fait par le muscle ventriculaire ordinaire (hors His-Purkinje) → lent.
3 · QRS élargi
> 120 ms
Le delta s'ajoute au QRS : il commence plus tôt et finit pareil → il dure plus longtemps.
Les trois découlent d'une seule cause : une partie du ventricule est dépolarisée en avance (pré-excitée) par la voie accessoire, avant que le nœud AV n'ait fini son délai normal. La préexcitation « mange » la fin du PR — ce qui est perdu par le PR est gagné par le QRS.
7« Antérograde / rétrograde » et « ortho / antidromique » : quel rapport ?
AUCUNLe mot « sens » sert à deux choses différentes, sur deux tracés différents — c'est la confusion la plus fréquente du chapitre.
Sens n° 1 — dans le faisceau
Dans quel sens le Kent sait-il conduire ?
🩺 ECG de repos (sinusal)
Antérograde (il descend) → le ventricule est préexcité → onde delta. Rétrograde seule (il ne fait que remonter) → rien à préexciter → pas de delta.
👉 C'est ça, et rien d'autre, qui décide si je vois une onde delta au repos — et si la FA préexcitée est dangereuse.
Sens n° 2 — dans le circuit
Dans quel sens la boucle tourne-t-elle ?
💓 Pendant la crise seulement
Orthodromique : descend par le nœud, remonte par le Kent → QRS fins. Antidromique : descend par le Kent, remonte par le nœud → QRS larges préexcités.
👉 Ça décrit la tachycardie, pas le tracé de base. Ça ne dit rien sur la présence d'un delta au repos.
🔁 Les 3 tachycardies du WPW
Les voici toutes les trois avant le détail. Tout s'en déduit d'une seule ligne : par où l'influx descend au ventricule.
Type
Descend ↓
Remonte ↑
QRS
Rythme · fréquence
💊 En crise
TRAV orthodromique 95 % des cas · bénigne
nœud AV → His (bon sens)
Kent
fin(His-Purkinje emprunté normalement)
régulier · 120–250/min
vagal → adénosine → inhibiteur calcique
TRAV antidromique ~5 % des cas
Kent
nœud AV
large(His-Purkinje court-circuité)
régulier · rapide
on la traite comme une TV : cardioversion (ou amiodarone). Pas d'adénosine, pas d'inhibiteur calcique.
FA préexcitée⚡ le danger
Kent(+ nœud, en concurrence)
pas de boucle
large, variable(« accordéon »)
irrégulier · 250–300/min
choc électrique. ABCD interdits
TRAV = tachycardie par réentrée atrio-ventriculaire (boucle via le Kent) — ≠ TRIN (réentrée dans le nœud, sans Kent). Ortho / antidromique désignent le sens dans le nœud : ortho = le nœud dans le bon sens.
TRAV orthodromique Bénigne · fréquente
Tachycardie régulière, QRS fin, 120–250/min, P rétrograde après le QRS (RP ≥ 90 ms). L'influx descend par le nœud → His et remonte par le Kent.
💡 Clinique — terrain & présentation
Faisceau accessoire congénital → se révèle tôt :
• dès l'enfance, en général avant 30 ans · prédominance masculine ;
• palpitations régulières rapides (120–250/min), à début et fin brusques (comme la TRIN / maladie de Bouveret) ;
• terrain souvent sain, tachycardie bénigne — le vrai danger n'est pas l'ortho mais la FA préexcitée.
FC 150/min — QRS fins, P rétrogrades négatives en DII/DIII (flèches), RP ≥ 90 ms.
Femme 36 ans, FC 223/min — RP ≥ 90 ms (zooms inférieur + V1) ; après adénosine, une préexcitation (delta) se démasque.
TRAV antidromique Présumer une TV
Rare. L'influx descend par le Kent → ventricule préexcité → QRS large, régulier, rapide. À l'écran, c'est une tachycardie régulière à QRS large → on la présume TV jusqu'à preuve du contraire.
🧠 « Ici aussi le Kent descend — pourquoi n'est-ce pas aussi grave qu'une FA préexcitée ? »
Parce que ce n'est pas le même régime au-dessus. Dans l'antidromique, le nœud AV est toujours dans le circuit — simplement dans la branche qui remonte. Il continue donc à commander la durée du tour, exactement comme dans une orthodromique. En FA préexcitée, il n'y a plus de circuit du tout : l'oreillette fibrille et bombarde, et le Kent est la voie qui n'a pas de frein.
TRAV antidromique (rare)
FA préexcitée ⚡
Ce qui tourne
une boucle — 1 influx par tour
aucune boucle — l'oreillette fibrille à 400–600/min et bombarde
Le nœud AV
DANS le circuit (branche remontante)
court-circuité — il filtre toujours, mais le Kent passe à côté de lui
Ce qui limite la fréquence
le nœud — il ralentit d'autant plus qu'on l'accélère
rien d'autre que la période réfractaire du Kent
Résultat
régulier, fréquence de tachycardie
irrégulier, « accordéon », très rapide — jusqu'à 250–300/min
Le danger
l'erreur de traitement : indiscernable d'une TV → si on donne adénosine ou inhibiteur calcique, on ouvre la porte à la FA préexcitée
la FV — directement
⚠️ Mais attention : le danger voyage avec la VOIE, pas avec la tachycardie. Un patient qui fait une antidromique a, par définition, un Kent qui conduit en antérograde — donc il est dans le groupe à risque de FA préexcitée, qu'il en ait déjà fait une ou non. L'antidromique n'est pas le danger : elle est le panneau indicateur du danger.
👉 C'est pour ça qu'on ne se contente jamais de réduire la crise : on cherche ensuite la période réfractaire antérograde de la voie, et on adresse pour ablation.
💡 Le diagnostic se fait souvent APRÈS la cardioversion
Pendant la crise, le QRS large ne se distingue pas d'une vraie TV — d'où cardioversion, et ni adénosine ni inhibiteur calcique. C'est une fois le rythme sinusal rétabli qu'apparaît une préexcitation (onde delta) qui révèle rétrospectivement la TRAV antidromique (WPW).
Delta bien visible en V3 (aussi III, aVF, V6) — l'empâtement initial du QRS (flèches), signature de la préexcitation.
A — QRS large (FC 211, QRS 160 ms) : présumée TV. · B après cardioversion : préexcitation (delta, flèches) nette en V3 (aussi III, aVF, V6) → TRAV antidromique.
FA préexcitée = le piège mortel de la tachycardie à QRS large. Ne jamais dire « TV » sans l'avoir éliminée : bloquer le nœud AV ici tue.
💡 La FA n'est pas une étape du WPW — c'est un accident qui peut lui arriver
Un WPW n'a pas besoin de FA pour exister, et la plupart des porteurs n'en font jamais. Le faisceau est congénital : il est là depuis toujours, et il se manifeste de trois façons indépendantes les unes des autres —
Comment un WPW se révèle
Ce qu'on voit
Gravité
Rien du tout(le plus banal)
une onde delta découverte sur un ECG fait pour autre chose
👉 Donc oui : l'étiquette « FA préexcitée = mort subite » désigne bien la seule voie du décès. Un WPW sans FA reste, sur le plan vital, une affaire bénigne.
⚠️ Mais ce n'est pas une garantie individuelle. La FA n'a pas besoin d'être connue pour survenir — le premier épisode d'une vie peut être celui-là, et le porteur de WPW en fait plus que la population générale.
👉 C'est pourquoi on ne stratifie jamais sur « en a-t-il déjà fait », mais sur la capacité de la voie à descendre (période réfractaire antérograde, repère ECG RR préexcité le plus court < 250 ms). Le seul profil hors d'atteinte est le Kent rétrograde pur : une FA peut bien survenir, elle ne trouvera pas le chemin.
FA préexcitée
L'essentiel
👁️ Reconnaître
Irrégulier + QRS large + « en accordéon » (largeur qui change d'un battement à l'autre) + très rapide (250–300/min). ≠ TV monomorphe, régulière et de morphologie constante → devant un large + rapide + irrégulier, penser FA préexcitée avant TV (« toute tachyarythmie complète est une FA »).
⚙️ Mécanisme
La FA descend par le Kent, sans le frein du nœud (1:1). QRS large préexcité = Kent antérograde (un Kent rétrograde ne ferait que du fin).
⚠️ Danger
RR préexcité le plus court < 250 ms = risque de FV / mort subite.
💊 Traitement
Choc électrique externe (cardioversion synchronisée) = traitement de choix — d'emblée si instable, souvent préféré même stable. Si stable : procaïnamide ou ibutilide (bloque le Kent). ⚠️ Procaïnamide non dispo en Suisse ni en France.
🚫 Interdits
Tous les freinateurs du nœud AV = ABCD (Adénosine, Bêtabloquants, Calcium-bloqueurs, Digoxine) + amiodarone IV → poussent l'influx dans le Kent → FV.
Exemples — FA préexcitée
QRS larges irréguliers, préexcitation variable
Très rapide — imite une TV, mais irrégulier
Tachyarythmie complète (FA), 174/min — la largeur des QRS n'est pas constante (≠ BBG, qui serait fixe) = préexcitation variable du WPW (fusion nœud + Kent battement par battement). Danger.
Homme 32 ans — FA préexcitée, 150–250/min, QRS ≥ 160 ms de largeur variable ; la FA descend par le nœud et le Kent. En bas, retour en sinusal → la préexcitation (delta) se démasque.
QRS « en accordéon » — tachyarythmie ≥ 150/min (jusqu'à 300) dont la largeur change d'un QRS à l'autre ; le début empâté (delta) trahit la préexcitation variable.
FA préexcitée 150–200/min — préexcitation variable ; les flèches montrent le début empâté (delta), dont l'ampleur change d'un QRS à l'autre.
Exception à « irrégulier = FA » : la TV polymorphe (torsades de pointes) est elle aussi irrégulière.
TV ou TSV à QRS large ? Présumer TV
⚠️ TV jusqu'à preuve du contraire
🔻 Risque d'aggravation rapide (TV → FV)💊 Danger des médicaments « TSV » (vérapamil, β-bloquant)
Tachycardie à QRS large (≥ 120 ms, FC > 100) = soit une TV (l'influx naît du ventricule), soit une TSV à QRS large (supraventriculaire + bloc de branche pré-existant ou fréquence-dépendant = aberration, ou WPW).
Les 3 mécanismes d'une tachycardie à QRS large
TSV (g.) — supraventriculaire : jonctionnelle (TRIN), flutter, atriale focale, ou TRAV orthodromique (remonte par le Kent rétrograde) ; QRS large seulement si un bloc de branche s'y ajoute. · TV (centre) — naît du VD ou du VG (ischémique, fasciculaire, infundibulaire, branche-à-branche, cardiomyopathie, Purkinje) ; origine VD → retard gauche, origine VG → retard droit. · TSV préexcitée (d.) — TRAV antidromique : descend par le Kent antérograde et dépolarise d'abord le ventricule → la grande trompeuse de la TV.
💊 Traitement — l'erreur grave n'existe que dans UN sens
comme TSV (vérapamil, β-bloquant) → collapsus, FV, arrêt ⚠️
TSV large(BdB/aberration)
vagal, adénosine, puis ralentisseurs du nœud
comme TV (amiodarone, choc) → en général sans gravité
👉 Présumer une TV jusqu'à preuve du contraire.
💡 La méthode — regarder le DÉBUT du QRS
Une aberration (TSV) emprunte une branche fonctionnelle → elle ne modifie pas le début du QRS (ondes R similaires dans les frontales) ; seule la fin est retardée.
Une ectopie / TV naît du ventricule → tout le début change (axe, amplitude, largeur).
⚠️ Du côté du bloc, le début du QRS est trompeur — ex : un retard droit (BBD) déforme V1–V2. → Lire les dérivations frontales ou opposées au siège du bloc.
💀 En pratique — présumer TV et traiter comme telle
Une TV peut dégénérer en FV / arrêt ; une TSV traitée comme TV est en général sans gravité → dans le doute, on traite comme une TV, sans s'acharner à trancher.
⚠️ Seule exception = FA préexcitée (WPW) : la seule TSV « killer ». Ne PAS donner de ralentisseurs du nœud (adénosine, β-bloquant, inhibiteur calcique, digoxine) → sinon tout passe par le Kent → 250–300/min, sans le frein du nœud → FV.
Tachycardie large + rapide — arbre décisionnel
Régulier ou irrégulier ? → régulier + ondes F = flutter+BdB · régulier sans ondes F = TV · irrégulier « accordéon » = FA préexcitée (☠ ABCD interdits). Le bas explique QRS constant (1 voie fixe) vs accordéon (2 voies en concurrence).
💊 Traitement des tachycardies larges
Entité
Interdits
Pourquoi interdit
Traitement adapté
FA préexcitée
Adénosine · Bêta-bloquants · Calcium-bloqueurs (vérapamil/diltiazem) · Digoxine (tous les ralentisseurs du nœud)
bloquer le nœud pousse l'influx dans le Kent → accélération → FV
Instable : choc électrique synchronisé. Stable : antiarythmique qui bloque le Kent (procaïnamide, ibutilide)
Instable : choc synchronisé. Stable : amiodarone. Adénosine (A) relativement sûre — possible comme test si régulier / monomorphe. ⚠️ jamais si irrégulier (FA préexcitée) : elle bloque le nœud → tout passe par le Kent → FV.
Flutter + bloc de branche (BdB)
rien de spécial — c'est une TSV
le nœud freine sans danger (pas de Kent, pas de collapsus)
manœuvres vagales / adénosine (démasquer les ondes F), ralentisseurs du nœud, cardioversion (~50 J)
Extrasystoles ventriculaires (ESV) Bénigne si cœur sain
💡 Mécanisme — QRS large à début lent
L'ESV naît du ventricule → l'influx se propage de proche en proche par la voie musculaire lente (~0,7 m/s) au lieu du réseau His-Purkinje rapide (~2,5 m/s).
→ QRS large, début lent (déflexion initiale ≥ 70 ms), pas d'onde P sinusale devant, suivi d'un repos compensateur.
Activation des ventricules — His-Purkinje rapide (bleu) vs voie musculaire lente (rouge). Ex : ESV du VD → retard gauche (QS en V1, début ≥ 70 ms)
💡 La morphologie en V1 = le ventricule d'origine
QRS en V1
On appelle ça
Le ventricule en retard
Donc l'ESV part du…
positif ⬆️ (R dominante)
retard droit(aspect BBD)
ventricule droit
ventricule gauche
négatif ⬇️ (QS, rS)
retard gauche(aspect BBG)
ventricule gauche
ventricule droit
👉 La logique : V1 regarde le cœur droit. Le ventricule qui se dépolarise en dernier donne la dernière portion du QRS — c'est celui qui est « en retard ». L'ESV part donc de l'autre côté. Le nom (« retard droit / gauche ») désigne le ventricule tardif, pas l'origine — d'où l'inversion.
🔑 LE réflexe qui tient toute la lecture — l'onde R en V6 = la conduction au VG
Un vrai bloc de branche garde TOUJOURS une R dominante en V6. Pas de R dominante en V6 ⇒ ce n'est pas un simple bloc → origine ventriculaire (ESV/TV) ou battement stimulé.
V6 regarde la paroi latérale du VG. Une R dominante en V6 = le VG est dépolarisé vers cette paroi, donc dans le bon sens, par les branches (His-Purkinje) — vrai même en cas de bloc (BBG : R large ; BBD : R > S).
👉 Donc R absente ou rabotée en V6 (QS, QR) = le VG n'est pas activé par les branches → activation cellule-à-cellule depuis un foyer = origine ventriculaire (ESV/TV), ou battement stimulé (tous court-circuitent le His-Purkinje). ⚠️ Seule fausse piste : une vieille séquelle d'infarctus latérale peut aussi raboter la R en V6 sur un battement pourtant conduit.
Le mécanisme. Le bloc retarde l'activation, il ne change pas la route : le VG reste servi par une branche, donc le front va toujours vers V6.Les vrais tracés.BBD — R ample et fine + S traînante. · BBG — R large et crochetée (RR′), sans S. Deux dessins opposés, une constante : la R domine. Tracés Taboulet / e-cardiogram, recadrés sur V6.
📍 Et si la R est rabotée, d'où part le foyer ? C'est le même principe qu'en V1 — une électrode voit négatif ce qui s'éloigne d'elle. Un QS en V6 dit donc que le front part de la région que V6 regarde : le foyer est du côté gauche, dans la paroi latérale / l'apex du VG.
👉 Inversement, une ESV du VD envoie son front vers V6 → elle y garde une R. C'est pour ça que le critère est spécifique mais pas sensible : une R présente en V6 n'élimine pas une TV.
Les 4 cas comparés — bloc de branche vs extrasystole
La morphologie (quel ventricule est en retard) dit quelle branche est bloquée / d'où part le foyer ; la vitesse du début du QRS sépare le bloc (rapide, une branche conduit) de l'ESV/TV (lent ≥ 70 ms). His-Purkinje rapide (bleu) vs voie musculaire lente (rouge).
Aberration ou ESV ? — la comparaison
🔑 D'abord le mot : une aberration est un bloc de branche — juste passager
Aberration = bloc de branche fonctionnel, sur un battement ou quelques-uns. Même trajet, même dessin qu'un vrai bloc — mais la branche n'est pas malade : elle est seulement encore réfractaire au moment où l'influx se présente.
Un QRS large sur le tracé, ce sont donc trois possibilités, pas deux :
Bloc de branche (vrai, fixe)
Aberration (bloc fonctionnel)
ESV / TV
D'où part l'influx
d'en haut — c'est un battement supraventriculaire
d'un foyer dans le muscle ventriculaire
Par où il passe
par une branche du His-Purkinje — l'autre ne conduit pas
de proche en proche, hors His-Purkinje
Pourquoi la branche ne conduit pas
elle est malade(fibrose, ischémie…)
elle est encore réfractaire — l'influx est arrivé trop tôt pour elle
sans objet
Ça dure
tout le temps — sur tous les battements
le temps que ça dure : 1 battement (Ashman), une salve, ou toute une tachycardie rapide
le temps de l'extrasystole ou de la TV
Aspect du QRS
identiques — un BBD ou un BBG typique, R dominante en V6
morphologie quelconque, souvent pas celle d'un bloc
Gravité
c'est un battement normal, mal habillé
origine ventriculaire — c'est ce qu'il faut repérer
D'où le critère unique — tout se joue au DÉBUT du QRS, comparé à celui des QRS fins voisins :
• Bloc ou aberration — l'influx passe encore par une branche → début identique, seule la fin traîne → rassurant.
• ESV / TV — l'influx part du muscle → le début change d'emblée (axe, amplitude, largeur), montée lente et empâtée → ventriculaire. 👉 Le début du QRS ne distingue donc pas le bloc de l'aberration — et c'est normal : c'est la même chose. Il sépare ce qui vient d'en haut de ce qui vient d'en bas.
Pourquoi ça compte — la prise en charge est opposée
Aberration (TSV)→ bénin
ESV / TV → ventriculaire
Tachycardie régulière à QRS large(enjeu vital)
= TSV aberrante
= TV
💊 En aigu
manœuvres vagales → adénosine IV → si échec, inhibiteur calcique injectable (vérapamil / diltiazem) ou β-bloquant
amiodarone / cardioversion
⚠️ Le piège mortel
Bloqueur du nœud (inhibiteur calcique) donné à une TV prise pour une TSV = collapsus / dégénérescence. → règle : QRS large régulier = on présume TV. TV ou TSV ?
bilan (holter, écho) si nombreuses / polymorphes / salves / symptomatiques ; parfois bêtabloquant / ablation
Comment les distinguer sur l'ECG
Aberration (TSV + bloc de branche)→ rassurant
ESV / TV → ventriculaire
Origine
supraventriculaire ; passe par une branche du His-Purkinje
foyer dans le muscle ventriculaire
Début du QRS
identique aux QRS fins voisins (R initiale préservée)
modifié d'emblée — axe, amplitude et largeur changent dès le départ
Ce qui traîne
seulement la fin du QRS (le S retardé)
tout le QRS, dès la première déflexion
TIR(début QRS → sommet R, en V6/DI)
< 50 ms — la R « colle au front »
≥ 50 ms — montée empâtée, sommet retardé
R en V6
dominante (R > S) — VG activé par la branche
rabotée / absente (QS, QR), ou concordance
Où lire le critère
V1 nomme le retard (droit si V1 +, gauche si V1 −) mais ne tranche pas : cette fin tardive, un vrai bloc de branche la fait aussi. On lit la montée du ventricule d'origine, à l'opposé du retard : retard droit → V6 / DI ; retard gauche → V1 / V2. Montée rapide (TIR < 50 ms) = aberration · lente / empâtée (≥ 50 ms, ou Q/QS) = ESV. → détail par dérivation plus bas.
Même FA — rouge = ESV (début du QRS modifié) vs bleu = aberration (début préservé).
Autres exemples — le début du QRS en pratique
Aberration sur FA — début du QRS préservé (R similaires en frontales) ; V1 = siège du bloc, ne pas y comparer
Ectopie / ESV — R amples et larges, changement d'axe/amplitude/largeur dès le début du QRS
Salve de TV — départ brutal, changement net d'axe, d'amplitude et de largeur du QRS (vs sinusal à gauche)
Même patient à 3 j — FA (g., 178/min) ↔ TSV/flutter + BBD (d., 191/min) : début du QRS identique, seule la fin change → aberration. Une ESV, elle, modifie amplitude, durée ET axe dès le début. BBD : éviter V1–V3.
Autre cas, précordiales V1–V6 — FA à aberration variable (g.) vs TSV/flutter + BBD (d.) : début du QRS identique → aberration
💀 Confirmer une TV — la hiérarchie des preuves
Ces signes prouvent l'origine ventriculaire (aucun obligatoire seul ; réunis = certitude).
① Preuve reine — la dissociation AV, et les deux battements qui la trahissent :
L'idée : en TV, il y a deux commandes en même temps — le foyer ventriculaire qui bat vite, et le nœud sinusal qui continue son travail au-dessus, sans rapport avec lui. C'est ça, la dissociation AV. De temps en temps, une impulsion sinusale trouve le nœud AV libre, descend, et vient se mêler au rythme du foyer. Ce télescopage laisse une trace sur le tracé.
Ce qu'on voit
Ce que c'est
Ce que ça prouve
Ondes P qui défilent
des P à leur propre rythme, sans rapport fixe avec les QRS — parfois dans un QRS, parfois dans un T
les oreillettes ne commandent pas les ventricules → la tachycardie naît en dessous
Capture(battement de Dressler)
une impulsion sinusale descend entièrement par les voies normales et « capture » les ventricules pour un battement : un QRS fin, qui arrive en avance sur le rythme de la tachycardie
il existe une 2e commande, indépendante, au-dessus → dissociation
Fusion
la même chose, mais à moitié : l'impulsion sinusale et le foyer ventriculaire dépolarisent le ventricule en même temps, chacun sa part → un QRS hybride, entre le fin et le large
idem — et c'est la preuve la plus imagée : on voit les deux commandes se partager un battement
⚠️ Un QRS fin au milieu des larges — ce qu'il prouve, et ce qu'il ne prouve pas.
Il prouve…
Pourquoi
✅ qu'il n'y a pas de bloc de branche fixe
avec un vrai bloc, tous les QRS seraient larges — un QRS fin serait impossible. La conduction sait donc encore faire un complexe fin à cette fréquence.
l'aberration est fonctionnelle, fréquence-dépendante : il suffit que le cycle s'allonge un peu pour que la branche récupère et qu'un battement redevienne fin. Ce n'est pas une capture, c'est une aberration qui se lève.
👉 Ce qui en fait une capture — donc une preuve de TV — c'est le contexte, pas la finesse du QRS :
Capture (TV)
Aberration qui se lève (TSV)
Le QRS fin arrive…
en avance — il devance le rythme de la tachycardie
après un cycle plus long — la branche a eu le temps de récupérer
Les oreillettes
dissociées — elles ont leur propre rythme
aux commandes — chaque QRS descend d'elles
Ce que ça dit
deux commandes concurrentes → TV
une seule commande, d'en haut → TSV
② Signes morphologiques « anti-bloc »(= choses qu'un vrai bloc de branche ne fait jamais → donc origine ventriculaire) :
Signe
Où
En TV
Pourquoi
Pava +
DII
TIR (temps d'inscription de la R : début QRS → sommet R) ≥ 50 ms
DII regarde l'apex : par les branches, le sommet de R serait précoce ; son retard = départ lent, voie musculaire (pas His-Purkinje) → ventriculaire
Vereckei +
aVR
grande R initiale (r/q > 40 ms, descente crochetée)
le front remonte vers aVR = part d'en bas (ventricule)
R rabotée
V6
QS / QR (R non dominante)
V6 regarde la paroi latérale du VG ; un vrai bloc garde toujours une R dominante → R qui disparaît = VG pas activé par les branches. ⚠️ spécifique, pas sensible : R présente n'exclut pas une TV (ex : TV du VD)
Concordance
V1–V6
tous les QRS du même sens
foyer ventriculaire unique (pas de transition normale). Le vecteur va avant↔arrière (apex/base), aucune précordiale n'est perpendiculaire → pas de nul ; concordance − = foyer apical, + = basal/postérieur.
Double retard
V1 + DI
retard droit ET gauche ensemble
un vrai bloc = l'un OU l'autre, jamais les deux (bloquer les 2 branches = BAV complet, plus de conduction)
Pava (DII) — TIR ≥ 50 ms → TVVereckei (aVR) — R initiale, r/q > 40 ms → TV
⚠️ À l'inverse, une TSV se confirme par les ondes P (ex : flutter 2:1). Score complet → TV ou TSV à QRS large ?
Retard droit (QRS + en V1, origine VG) — ESV/TV vs vrai BBD
💡 LE principe — la vitesse du DÉBUT du QRS (TIR) sépare BBD et ESV
Le TIR (temps d'inscription de l'onde R) = temps du début du QRS au sommet de la R (en dérivation gauche V6/DI). Il dit comment le VG a été activé :
Vrai BBD→ VG activé par la branche gauche + His-Purkinje → montée RAPIDE (la R « colle au front ») → TIR < 50 ms · ✅ rassurant
ESV / TV→ part du muscle (de proche en proche, lent) → montée LENTE, empâtée, crochetée → TIR > 50–60 ms · ⚠️ ventriculaire
En BBD la partie lente est seulement terminale (le S retardé) ; le début, lui, reste rapide. 👉 C'est ce TIR qu'on lit dans le tableau ci-dessous.
💡 Lire un retard droit — V1 ne sert qu'à flairer, on tranche dans les dérivations GAUCHES (V6/DI)
V1–V2–V3 sont du côté du bloc → début du QRS déformé, non discriminant. On lit dans l'ordre et on s'arrête dès qu'on a tranché :
Où (dans l'ordre)
Vrai BBD / aberration → rassurant
ESV / TV
1. V1 — flairer
rSR′ typique (R < R′)
R monophasique, qR, R > R′ (oreilles inversées), pente crochetée
2. V6 / DI — on tranche
R fine, colle au front, TIR < 50 ms, R > S
R rabotée / absente (QR, QS), empâtée, sommet retardé, ou concordance
3. DII — Pava
TIR < 50 ms
TIR ≥ 50 ms, ou QS profonde (apex non activé par la branche)
4. aVR — Vereckei
q initiale (trajet base → apex)
R initiale positive (remonte de la pointe) → TV
5. Doute
→ preuves ventriculaires : dissociation AV · capture · fusion → Confirmer une TV
Rappel BBD « pur » : rSR′ avec R < R′ en V1, R > S en V6 — tout le reste oriente ESV/TV.
ESV/TV vs vrai BBD — morphologie V1 & V6
BBD vs ESV — en haut le vrai bloc, en bas l'ESV : l'onde R des dérivations gauches est bien plus empâtée (TIR > 50–60 ms).
Aberration (retard droit) — l'onde R reste FINE en dérivation gauche
5 aberrations (retard droit) — dans chacune, l'onde R en V6/DII reste fine, identique et colle au front de dépolarisation (trait pointillé), TIR < 50 ms. On ne regarde pas V1–V3 (siège du bloc) : on confirme dans les dérivations gauches. Ces aberrations sont toutes rassurantes.
Piège — vraie aberration (BBD) où l'onde R des dérivations gauches conduit bien tout de suite mais reste peu voltée : non pas une ESV, mais une séquelle d'infarctus inféro-latérale. ⚠️ Dans les aberrations, des variabilités liées à d'anciennes séquelles peuvent tromper — vérifier la cohérence du début du QRS.
6 ESV (retard droit) — col. 1 = vrai BBD (référence). Col. 2 : oreille gauche plus HAUTE que la droite (inversée). Col. 3 : Q profonde + R chétive, R absente en DII, crochetage de la pente descendante. Col. 4 : QRS concordant dans les 6 dérivations, R empâtée. Col. 5–6 : même concordance, onde R très retardée. → tout l'inverse d'un BBD.
Aberration vs ESV (retard droit) — le TIR (en V6/DI) tranche
Aberration ou ESV ? Le critère qui tranche = TIR (temps d'inscription de la R). À gauche aberration droite : TIR < 50 ms (R rapide, rassurante). À droite ESV droites bigéminées : TIR ≥ 50 ms (R retardée, flèche).
ESV (g.) vs aberration (d.) en retard droit — lire V6/DI : à gauche R rabotée/empâtée + QS en DIII = ESV ; à droite R fine qui colle = aberration.
💀 LE tracé-récap — une TV qui coche toutes les cases
FC 178/min, QRS 146 ms. Tous les critères tombent ensemble :
• Concordance V1–V6 (QRS de même sens dans les 6 précordiales) ;
• V1 QS et surtout V6 QS — pas d'onde R en V6 = le VG n'est pas conduit par les branches ;
• R > 40 ms + Vereckei + (R initiale positive empâtée en aVR) ;
• TIR ≥ 50 ms = Pava + (sommet de R trop retardé en DII). Aucun n'est obligatoire isolément — mais réunis, « il n'y a pas photo ».
TV à 178/min (QRS 146 ms) — concordance V1–V6, V1 QS & V6 QS (pas de R en V6 = pas de conduction au VG), Pava + (TIR ≥ 50 ms), Vereckei + (R > 40 ms en aVR).
✅ La preuve reine — capture & fusion (dissociation AV)
Mécanisme détaillé → Confirmer une TV. Exemple ci-contre : au milieu des QRS larges surgissent des QRS fins en avance sur le rythme de la tachycardie — des captures. Il existe donc une commande indépendante au-dessus (dissociation AV) → les complexes larges sont ventriculaires. Un QRS fin prouve déjà qu'il n'y a pas de bloc fixe ; c'est l'avance qui en fait une capture — s'il arrivait après un cycle plus long, ce serait une simple aberration qui se lève. Capture + fusion = les signes les plus spécifiques de TV.
TV à 165/min (QRS 136 ms) — ici la fin du QRS est plus rapide que le début (micro-R, départ ambigu) = signature d'origine ventriculaire (l'inverse d'un bloc). On tranche à gauche : retard d'inscription de R en DI, front très ralenti / QS en DII, Q large en aVR (remontée depuis l'apex). Et surtout, à droite, des QRS fins = captures → dissociation AV = TV certaine.
💡 Un sous-type à connaître — la TV infundibulaire (chambre de chasse du VD)
TV souvent idiopathique sur cœur sain, sujet plutôt jeune, déclenchée par l'effort / les catécholamines, de meilleur pronostic — mais ça reste une TV.
🔑 Signature à reconnaître = retard gauche + axe droit :
• retard gauche (V1 négatif) → origine ventricule droit ;
• axe droit / inférieur (grandes R en DII–DIII–aVF) → la chambre de chasse est en haut, le front part vers le bas.
Ici, TV confirmée : Pava + (TIR ≥ 50 ms), Vereckei + (Q > 40 ms) et surtout de nombreuses fusions + dissociation AV.
TV infundibulaire — retard gauche (V1 −, origine VD) + axe droit/inférieur (chambre de chasse). TV confirmée : Pava + (TIR ≥ 50 ms), Vereckei + (Q > 40 ms), nombreuses fusions + dissociation AV.
Retard gauche (QRS − en V1, origine VD) — ESV/TV vs vrai BBG
💡 Lire un retard gauche — le DÉBUT du QRS se lit DIRECTEMENT en V1–V2 (plus facile)
On juge la vitesse du DÉBUT du QRS. En retard gauche, ce début se lit directement en V1–V2 — inutile de passer par les dérivations gauches.
Où
Vrai BBG / aberration → rassurant
ESV / TV
V1–V2 — le début (direct)
début rapide, descente nette de S
R ≥ 40 ms, nadir de S ≥ 70 ms, descente crochetée (voire R monophasique > 100 ms)
V6
R monophasique d'aspect normal (sans q)
R monophasique LARGE / empâtée, sommet retardé, ou onde Q (QR/QS). ⚠️ la R monophasique seule ne tranche pas (existe aussi en BBG)
RR′ (largeur)
—
≥ 130 ms
Doute
→ preuves ventriculaires : dissociation AV · capture · fusion → Confirmer une TV
aVR / DII (Vereckei) = moins utiles ici. Rappel BBG « pur » : début rapide en V1 (seule la fin traîne), R monophasique nette en V6.
ESV vs BBG en retard gauche — V1 : R ≥ 40 ms, nadir de S ≥ 70 ms ; V6 : R monophasique ou onde Q ; RR′ ≥ 130 ms.
ESV en retard gauche — exemples (progression, puis vs vrais blocs)
Col. 1 = BBG normal (début rapide, pente nette). Col. 2 : ESV, début empâté/lent (R ≥ 50 ms). Col. 3 : retard d'activation de R > 30–40 ms. Col. 4 : R monophasique + retard d'inscription de R en DII. Col. 5–6 : QRS triphasique très anormal, début chaotique.
Vrais blocs (BBG · BBD · BIG) vs ESV. 🔑 En V1–V2 : un début empâté, crocheté ou à sommet triangulaire = ESV ; le vrai bloc, lui, a un début net et rapide.
ESV (g.) vs vrai BBG (d.) en retard gauche — les deux ont une R monophasique en V6 (d'où le piège) : on ne tranche pas là-dessus. La différence = le début (lent/empâté, sommet retardé pour l'ESV) et l'éventuelle onde Q.
ESV multiples sur FA. Par la technique du front de dépolarisation initial : presque tous les QRS sont des ESV — retard gauche (début crocheté en V1–V2, pas de R en V6) + une ESV retard droit (QRS triphasique empâté). Un seul QRS est supraventriculaire (conduit). Les spikes pointus sont des features d'ESV (le ventricule « donne le pace »), pas un boîtier.
Le cas miroir — vrai pacemaker (bipolaire) + ESV. Les flèches pointent les spikes de stimulation : fins (bipolaire ≠ unipolaire à grand spike), juste avant le QRS stimulé (retard gauche, pas de R en V6 — le VG n'est pas activé par les branches). Les 2 complexes ESV sont des extrasystoles. ≠ image précédente où les « spikes » étaient des features d'ESV, sans boîtier.
Aberration (retard gauche) — début rapide, « Ab » = rassurant
5 aberrations (retard gauche) — BIG (bloc incomplet gauche) ou BBG fréquence-dépendant. Début rapide, descente nette de S : aberration rassurante (≠ ESV/TV).
💡 BIG vs hémibloc (HBAG/HBPG) vs BBG complet — ce n'est pas la même chose
La branche gauche = un tronc qui se divise en 2 fascicules (antérieur + postérieur).
Entité
Siège du bloc
QRS
Effet / signe
Hémibloc (HBAG / HBPG)
1 seul fascicule (l'autre conduit)
fin < 120 ms
change surtout l'AXE : gauche = HBAG, droit = HBPG
BIG (bloc incomplet gauche)
tronc gauche, incomplet (juste ralenti)
110–119 ms
morphologie de BBG mais QRS pas encore large
BBG complet
tronc gauche, les 2 fascicules d'un coup
large ≥ 120 ms
VG activé en trans-septal depuis la droite
👉 En clair : le BIG, c'est les 2 fascicules touchés mais pas à fond (le tronc, en amont de la division) — alors que l'hémibloc, c'est un seul fascicule, à fond.
FA + BBG — la régularité est trompeuse
⚠️ Piège — une FA + BBG peut paraître RÉGULIÈRE
Une FA conduite avec BBG peut sembler régulière et large → on pense à tort à une TV monomorphe. Pour affirmer FA + BBG :
• 🔑 Arythmie complète — en mesurant, les RR sont irréguliers (sans rapport entre eux), même si l'œil voit du régulier → toute arythmie complète = FA. C'est l'argument décisif.
• Morphologie de BBG complet typique : QRS ≥ 130 ms, R crochetée (RR'), temps d'inscription de R prolongé (> 60 ms) dans les dérivations latérales = signature d'un vrai BBG.
• Début rapide en V1–V2 (descente nette de S) = conduction par le système → aberration, pas une ESV/TV (qui aurait un début lent).
→ FA + BBG (aberration), pas une TV.
FA + BBG — aspect assez régulier (piège) ; mais morphologie de vrai BBG (QRS ≥ 130 ms, R crochetée RR', TIR de R > 60 ms latéral) et RR irréguliers → FA, pas une TV.
💡 FA + BBG vs FA préexcitée — comment trancher
Les deux sont irrégulières (c'est une FA) et à QRS large ; c'est la logique « QRS constant vs accordéon » qui tranche :
FA + BBG (aberration)
FA préexcitée (WPW)
Morphologie QRS
constante — toujours le même BBG typique (1 voie fixe : nœud→His→branche)
change à chaque battement (« accordéon ») — 2 voies nœud + Kent, aspect bizarre, pas un vrai BBG
Fréquence
modérée, freinée par le nœud (rarement > 200)
très rapide 250–300, RR le plus court < 250 ms
Aspect
vrai bloc : rSR′ en V1 (BBD) / R large monophasique en V6 (BBG)
ondes delta, QRS dysmorphiques, parfois fins + larges (fusions)
ECG sinusal(si dispo)
le BBG s'y voit aussi
onde delta (WPW)
👉 QRS large régulièrement typé BBG + fréquence modérée = FA + BBG · large qui change de forme + ultra-rapide = FA préexcitée (💀 ABCD interdits).
RIVA sur BAV de haut degré — FC 60/min. QRS large d'origine ventriculaire (oreille du lapin en V1). P sinusales dissociées (flèches) et P rétrograde après certains QRS (conduction ventriculo-atriale).
💡 Un foyer ventriculaire qui « prend la main »
Foyer ventriculaire à automatisme accru qui dépasse transitoirement le rythme sus-jacent. Deux caractères le définissent — idio-Ventriculaire (QRS large) et Accéléré (60–100/min) — et chacun exclut une confusion :
Ce n'est pas…
Pourquoi
un échappement jonctionnel
le jonctionnel donne des QRS fins (emprunte le His-Purkinje). Ici QRS large (188 ms, oreille du lapin en V1) → le foyer naît dans le ventricule = idio-ventriculaire.
un vrai rythme d'échappement (passif)
un échappement ventriculaire passif bat ~30–40/min. Ici 60–100/min : le foyer est trop rapide, il « prend la main » activement → accéléré, pas un simple filet de sécurité.
une TV
trop lent : une TV est > 100–120/min. Le RIVA reste 60–100 → le plus souvent bénin et transitoire.
un BBG/BBD conduit
dissociation AV : les P sinusales défilent indépendamment (flèches). Le rythme naît sous le nœud, il n'est pas conduit depuis l'oreillette.
C'est…
En clair
Origine
foyer ventriculaire à automatisme accru → QRS large.
Fréquence
60–100/min (« accéléré » : plus vite qu'un échappement passif, moins qu'une TV).
Rapport aux oreillettes
dissociation AV (P indépendantes) ; possibles captures/fusions et P rétrograde.
Conduite :surveiller, ne pas l'écraser par un anti-arythmique (surtout s'il est le seul rythme d'échappement). Marqueur de reperfusion (post-IDM, thrombolyse) ou échappement sur BAV de haut degré. → Aussi listé dans le DD du BBD.
💡 Pava & Vereckei sur ce RIVA
Définitions et raisonnement → Confirmer une TV. Ci-contre, les deux signes ventriculaires sont + (cohérent : le RIVA est un rythme ventriculaire) : retard d'inscription de R en DII (Pava +) et descente crochetée en aVR (Vereckei +).
RIVA — FC 70 bpm, QRS 188 ms. Tous les critères ventriculaires + : Pava + (TIR en DII > 50 ms), Vereckei + (aVR descente crochetée), R-S ≥ 70 ms. Pas d'onde P, QRS ectopique → RIVA.
🧭 Axe du cœur
Méthode des 2 dérivations
Lecture en DI et aVF — méthode des 2 dérivations. Utiliser DII pour affiner la limite à −30°.
Les 6 dérivations frontales — axe normal −30° → +90° (trait plein = pôle +, pointillé = pôle −)
💡 Le rôle de DII pour la limite −30°
Entre 0° et −30° (normal limite), aVF est déjà légèrement négatif — c'est DII qui tranche : si DII > 0, l'axe reste dans la norme. Si DII < 0, la déviation gauche est franche (< −30°). À −30° exactement, DII est isoélectrique.
Pièges & déviation axiale
💡 BBD et axe
Le bloc droit ne change pas l'axe — c'est la branche gauche qui dépolarise le septum en premier et détermine la partie initiale du QRS, donc l'axe. Un BBD avec axe dévié = bloc bifasciculaire (BBD + HBAG si axe gauche, BBD + HBPG si axe droit).
⚠️ Axe gauche au-delà de −30°
Déviation axiale gauche franche (R en aVL > R en DI, DII négatif) → penser à un HBAG avant d'évoquer une HVG seule.
🔗 Conduction AV & BAV
Les types de BAV
PR normal : 120–200 ms (3–5 petits carreaux).
Bloc
PR
QRS bloqués
Caractéristique
BAV IBénin
PR > 200 ms — constant
Aucun
Tous les P conduisent. Simple ralentissement nodal.
BAV II Möbitz IWenckebach
PR s'allonge progressivement
1 P bloquée puis reset
Bloc nodal (His proximal). Relativement bénin. PR croissant → onde P bloquée → cycle recommence.
BAV II Möbitz II⚠️ Haut risque
PR constant (pas forcément long)
Ondes P bloquées « à l'emporte-pièce »
Bloc infrahissien (faisceau de His ou branches). Risque élevé de passage en BAV III. Pacemaker souvent nécessaire.
BAV II 2:1
Unique PR visible
1 P sur 2 bloquée
Impossible à typer I vs II : le typage exige 2 PR conduits consécutifs (croissant → I, fixe → II) ; en 2:1 jamais 2 QRS de suite → comparaison impossible.
BAV IIIComplet
Dissociation complète
Tous
QRS totalement indépendants des ondes P. Rythme d'échappement jonctionnel (QRS fins) ou ventriculaire (QRS larges).
BAV I · BAV II Möbitz I (Wenckebach) · BAV II Möbitz II · BAV III — tracés types
Rythmes d'échappement
Un rythme d'échappement est un pacemaker de secours passif : un foyer sous-jacent « s'échappe » seulement quand l'étage au-dessus défaille ou ralentit trop. Plus on descend, plus c'est lent et fragile — mais ça protège de l'asystolie. Ne jamais le supprimer(ni anti-arythmique, ni surstimulation).
Foyer de secours
Fréquence
QRS
Se démasque quand…
Nœud sinusal(référence)
60–100/min
fin
— (rythme normal)
Jonctionnel (nœud AV / His)
40–60/min
fin (via His-Purkinje)
le sinus s'arrête ou ralentit trop
Ventriculaire
20–40/min
large (origine ventricule)
sinus et jonction défaillent
⚡ Si un foyer ventriculaire bat plus vite que sa fréquence d'échappement (60–100/min), ce n'est plus un échappement mais un RIVA.
Échappement jonctionnel — QRS fins, ~40-60/min Bien toléré
Le nœud AV prend le relais quand le sinus est trop lent ou pausé. QRS fins (emprunte le His-Purkinje). Souvent une P rétrograde : la jonction dépolarise l'oreillette à rebours → P négative en inférieur, juste avant/après le QRS ou noyée dedans.
Échappement jonctionnel 50/min — P rétrograde
Jonctionnel en compétition avec le sinus Bénin
Quand le foyer jonctionnel et le sinus battent à fréquence proche, les deux alternent (dissociation isorythmique) : le sinus mène dès qu'il accélère, la jonction « s'échappe » dès qu'il ralentit. QRS fins dans les deux cas.
Jonctionnel en compétition avec rythme sinusal
Échappement ventriculaire — QRS larges, ~20-40/min Fragile · haut risque
Le dernier filet de sécurité, le plus bas et le plus lent. QRS larges (origine ventriculaire, propagation cellule-à-cellule hors du réseau rapide). Rythme fragile et souvent mal toléré → pacing / isoprénaline si symptomatique.
Échappement ventriculaire — QRS larges
BAV III — l'échappement démasqué par le bloc complet Danger
Aucune P ne passe → un échappement sous-jacent maintient seul les ventricules, totalement dissocié des P (qui défilent indépendamment). La largeur du QRS localise le foyer : fin = jonctionnel (bloc haut, mieux toléré) ; large = ventriculaire (bloc bas, plus dangereux). Ici sur IDM inférieur.
💡 IDM inférieur + BAV — pourquoi ?
La coronaire droite (RCA) vascularise le territoire inférieur (DII/DIII/aVF) et le nœud AV (~90 % des cas) → une occlusion RCA peut donner IDM inférieur ET BAV. Ce bloc est nodal : QRS fins, échappement stable, souvent transitoire.
👉 Comparaison complète (nodal vs infra-hisien, et pourquoi l'antérieur est plus grave) → tableau antérieur / inférieur.
BAV III — P régulières + QRS réguliers totalement déconnectés, IDM inférieur
💡 Échappement passif ou RIVA ?
Un échappement est passif : il ne bat qu'à sa fréquence intrinsèque lente (jonctionnel ~40-60/min, ventriculaire ~30-40/min). Si le foyer ventriculaire bat 60-100/min, ce n'est plus un simple échappement mais un automatisme accru qui « prend la main » → RIVA (même famille, version « accélérée »).
Anatomie — Fx antérieur (peu solide) · postérieur (très solide) · septal (exception) · Droit (VD)
BBG — Bloc de Branche Gauche Toujours pathologique
QRS large > 120 ms
QRS négatif en V1–V2 (aspect QS ou rS)
R large et crocheté en V5–V6 (aspect en M)
Absence d'onde Q septale en V5–V6
BBG — schéma anatomique, vecteurs de dépolarisation
ECG normal vs BBG — discordance ST/QRS, R crochetée en V6
⚙️ Mécanisme BBG — 3 étapes1. Septum — Activation inversée D→G (branche gauche bloquée) : vecteur initial vers la gauche → négatif en V1, positif en V6. La petite onde q physiologique de V5–V6 disparaît : le vecteur part vers V6 au lieu de s'en éloigner. 2. VD (modeste) — Dépolarisation via branche droite intacte, contribution faible. 3. VG (tardif, dominant) — Dépolarisation retardée et très lente par voie transseptale : grand vecteur vers la gauche → QS en V1 (entièrement négatif), R' large et crochetée en V6 (oreilles de lapin en V6 = RR').
→ Aspect final : QS en V1 / RR' en V6
💡 Causes d'un BBG — presque toujours une cardiopathie structurelle
Contrairement au BBD (souvent bénin/isolé sur cœur sain), le BBG traduit quasi toujours une atteinte structurelle : la branche gauche est épaisse et à vascularisation proximale, il faut une atteinte importante pour la bloquer.
• Cardiopathie hypertensive (HTA → HVG → fibrose) — la plus fréquente • Cardiopathie ischémique chronique — coronaropathie, séquelle d'IDM • Cardiomyopathie dilatée — le BBG fait partie du tableau (dyssynchronie → resynchronisation / CRT) • Valvulopathie aortique — RAC calcifié gagnant le septum • Fibrose dégénérative du tissu de conduction — maladie de Lenègre (idiopathique) / Lev (calcification), sujet âgé • Iatrogène — post-TAVI ++, chirurgie valvulaire, alcoolisation septale • Plus rare — sarcoïdose cardiaque, myocardite ; forme fréquence-dépendante (réversible)
⚠️ BBG récent + douleur thoracique = équivalent STEMI (occlusion IVA proximale ou tronc commun — la seule cause aiguë, il faut un IDM massif) → critères de Sgarbossa.
⚠️ Le réflexe qui tranche — BBG vs HVG : l'onde q en V5–V6
BBG et HVG partagent tout : QRS larges, R ample en V5–V6, ST↓ et T négatives latérales. Un seul détail les sépare — la petite onde q septale en V5–V6.
PAS de q en V5–V6
BBG complet
Septum activé D→G (voie transseptale) : le vecteur initial part vers V5–V6 → la q disparaît. R large et crochetée (RR′).
q PRÉSENTE en V5–V6
HVG (bloc focal)
La branche gauche n'est pas totalement bloquée : le septum se dépolarise encore G→D → la q septale est respectée.
q visible en V5–V6 → ce n'est PAS un BBG complet
(une dépolarisation septale normale est incompatible avec un BBG)
Exemple — q présente en V5–V6 (×4), QRS 130 ms, voltages élevés : HVG avec bloc focal, pas un BBG.
En pratique : devant un QRS large + grande R en V5–V6, cherche la q septale. Présente → HVG (bloc focal) · absente → BBG complet. L'exemple ci-contre : q conservée, QRS 130 ms, voltages élevés → HVG.
⚠️ BBG masque l'ischémie et les séquelles d'infarctus
Les ondes Q pathologiques signent une zone électriquement silencieuse (myocarde nécrosé). Dans le BBG, ce signe devient inutilisable — trois raisons :
Où
Pourquoi le signe est inutilisable
Antérieur (V1–V4)
l'aspect QS est déjà présent par définition du BBG → une nécrose antérieure ne crée pas de Q détectables en plus.
Latéral (V5–V6)
les petites q septales ont déjà disparu (inversion de l'activation septale) → leur absence ne signe plus une nécrose.
Repolarisation
la discordance ST-T propre au BBG (T opposées au QRS) masque les modifications ST-T ischémiques.
→ Comment quand même diagnostiquer un IDM sur BBG ? Critères de Sgarbossa → section Ischémie / SCA.
💡 Effet Chatterjee — mémoire en T
BBG fréq.-dépendant — T<0 résiduelle après retour en rythme normal (Chatterjee)
Après une période d'activation ventriculaire anormale (BBG, stimulation par PM, TV), quand la conduction normale reprend, les ondes T restent négatives pendant quelques heures à quelques jours — même si le QRS est redevenu normal. Les canaux ioniques (courant Ito) ont "mémorisé" la repolarisation anormale.
→ Piège majeur : peut être confondu avec un syndrome de Wellens (ischémie critique sur IVA). Toujours chercher un contexte de BBG intermittent, de cardioversion ou de stimulation antérieure avant de conclure à une ischémie.
Diagnostics différentiels du BBG
Tout QRS large négatif en V1 (aspect QS/rS) peut mimer un BBG. Ce qui tranche :
À distinguer d'un BBG
Ce qui tranche
HVG (bloc focal)
q septale présente en V5–V6 → ce n'est pas un BBG complet (voir le réflexe « q » ci-dessus).
Rythme électro-entraîné (pacemaker VD)
spicule de stimulation avant chaque QRS ; morphologie type BBG car le VD est stimulé.
ESV / TV / RIVA (retard gauche, origine VD)
dissociation AV, début du QRS empâté/lent, pas de contexte de BBG connu → retard gauche.
WPW (voie latérale gauche)
PR court + onde delta (empâtement initial), pas de vrai retard de conduction.
Hyperkaliémie
QRS élargi diffus + T amples et pointues, ondes P aplaties.
BBD — Bloc de Branche Droit Souvent bénin
QRS large > 120 ms
rSR' en V1–V2 (aspect « oreilles de lapin »)
Onde S traînante > 40 ms en DI et V6
BBD — schéma de dépolarisation
BBD — critères et tracés ECG annotés
⚙️ Mécanisme BBD — 3 étapes1. Septum — Activation normale G→D : petit vecteur vers la droite → r en V1, q en V6. 2. VG (dominant) — Dépolarisation normale via branche gauche intacte : grand vecteur vers la gauche → S en V1, R en V6. 3. VD (retardé) — Branche droite bloquée, dépolarisation tardive et lente par voie transseptale : vecteur terminal vers la droite → R' en V1 (oreilles de lapin en V1 = rSR'), S terminale en V6.
→ Aspect final : rSR' en V1 / S terminale en V6
💡 BBD et début du QRS
Le BBD ne modifie pas le début du QRS — la branche gauche dépolarise le septum en premier. La partie terminale du QRS est retardée (R' en V1). Conséquence : le BBD ne masque pas une nécrose septale (onde Q visible).
Blocs bifasciculaires Risque BAV complet
Association
Axe
Indice
BBD + HBAG
Gauche (> −30°)
R en aVL > R en DI, DII < 0
BBD + HBPG
Droit (> +90°)
Diagnostic d'exclusion — rare
Diagnostics différentiels du BBD
Diagnostic
Critère clé vs BBD
HVD
Axe droit > +90° · RV1 ≥ 7 mm ou RV1+SV6 > 10,5 mm
Préexcitation (WPW type A)
PR court < 120 ms · onde delta (montée empâtée)
Brugada type 1 Killer
ST en dôme ("coved") + T négative en V1–V2 — pas un R' terminal
BAV complet (échappement VG)
P dissociées · morphologie BBD = foyer VG (VD activate en retard)
ESV
R > R' en V1 · R < S en V6 · pas de P sinusale avant
RIVA
Dissociation AV · complexes de fusion · 60–100/min · signe de reperfusion IDM
HBAG + BBD fréq-dépendant
QRS étroit si RR long · large si RR court (branche D réfractaire) · axe gauche permanent
🚨 Brugada — ne pas confondre avec BBD
Pas de vrai R' terminal : c'est un ST en dôme (type 1) ou en selle de cheval (type 2) en V1–V2. Ne jamais conclure à « BBD + anomalie de repolarisation » sans évoquer Brugada. → Les 3 types détaillés § ECG Killers.
HVD — axe droit, RV1 ≥ 7 mmWPW — PR court, onde deltaBBD vs Brugada type 1Brugada type 1 vs type 2BAV complet — échappement VGESV — R > R' en V1RIVA — reperfusion IDM (détail § RIVA)HBAG + BBD fréq-dép + ESV — QRS 1 (HBAG), QRS 2 (BBD si RR ≤ 750 ms), QRS 3 (ESV : début large DII/V2–V6 + repos compensateur). QRS 1 et 2 ont la même partie initiale.
Bloc droit incomplet Peut être normal
BID sur EP — rsR' V1, QRS 118ms, SIQIII, T↓ V1–V4
QRS < 120 ms
Aspect rSr' en V1–V2, sommet de R > 50 ms
S > 40 ms en DI ou V6
Peut être normal (variante anatomique chez le sportif)
HBAG — Hémibloc antérieur gauche Fréquent
🎯 Signe directaVL > DI → axe hypergauche. Pas besoin de calculer l'axe — un coup d'œil suffit.
QRS < 120 ms
Axe gauche au-delà de −30°
qR en DI et aVL ; rS en DII, DIII, aVF
Pas de modification des amplitudes précordiales
⚠️ Bloc trifasciculaire BAV complet imminent
BBD + HBAG + PR long (BAV I) = atteinte des 3 fascicules. Risque de BAV complet. Avis cardio urgent.
Bloc bifasciculaire — BBD + HBAG : axe −58°, aVL > DI, QRS 167 ms. Noter le PR long (BAV I associé)
Bloc trifasciculaire — BBD (172 ms) + HBAG + PR 350 ms (BAV I). Rythme sinusal 41/min. Risque de BAV complet imminent.
⚠️ Avant tout : un diagnostic d'EXCLUSION
Le fascicule postérieur gauche est épais, court et à double vascularisation → très difficile à bloquer : le HBPG isolé est rare. Or la déviation axiale droite a des causes bien plus fréquentes. Règle : on ne retient un HBPG qu'après avoir éliminé toutes les autres causes de déviation axiale droite (HVD en premier).
Aucun signe n'est pathognomonique — le diagnostic = le pattern + l'exclusion.
Le pattern (nécessaire, mais pas suffisant)
QRS < 120 ms — c'est un hémibloc, pas un vrai bloc de branche (sauf BBD associé)
Déviation axiale droite — souvent ≥ +100 à +110°
rS en DI et aVL (S dominante) + qR en DII, DIII, aVF, avec R en DIII > R en DII
Aucune autre explication à la déviation axiale droite (cf. tableau ci-dessous)
À éliminer d'abord — causes de déviation axiale droite
Cause
Ce qui l'oriente (≠ HBPG)
HVD— la n°1 à éliminer
R dominante en V1 (R/S > 1), S profondes en V5–V6, signes d'HTP / cœur pulmonaire, HAD (P pulmonaire)
S1Q3T3, tachycardie, T négatives V1–V3, contexte de dyspnée aiguë
IDM latéral
ondes Q en DI / aVL (perte des forces latérales), séquelle connue
WPW / préexcitation
onde delta, PR court
BPCO / cœur pulmonaire chronique
microvoltage, P pulmonaire, axe droit d'installation progressive
Dextrocardie / inversion des électrodes de bras
P négative en DI, progression anormale des R en précordiales
⚠️ BBD + HBPG = bloc bifasciculaire
L'association d'un bloc de branche droit et d'un HBPG = bloc bifasciculaire : il ne reste plus qu'un seul fascicule (antérieur gauche) pour conduire → mauvais pronostic, risque de syncope et d'évolution vers un BAV complet. C'est d'ailleurs le contexte le plus fréquent où l'on rencontre un « HBPG » (l'isolé étant rare).
HBPG — déviation axiale droite, vecteur orienté vers aVF (rS en DI/aVL, qR en inférieur)
Bloc bifasciculaire BBD + HBPG — DI < 0, axe hyperdroit 105°, rythme sinusal 84/min. Mauvais pronostic, risque de syncope.
Synthèse — morphologies des complexes QRS-ST-T
A : normal · B : repolarisation atriale · C : onde T masculine · D : repolarisation précoce · E : HVG · F : BBD · G : BBG
📏 Hypertrophies
HVG — Hypertrophie ventriculaire gauche HTA · RAo
Critère de Sokolow-LyonS(V1 ou V2) + R(V5 ou V6) > 35 mm · Indice de Cornell et de Gubner également utilisés
Troubles de repolarisation en V5–V6 : sous-décalage ST asymétrique, ondes T négatives
Peu sensible chez le patient obèse ou en cas d'épanchement péricardique (microvoltage)
Attention : faux positifs — certaines populations, BBG, antécédent de SCA antérieur
HVG — augmentation amplitude QRS, indice de Sokolow-Lyon
HVG → déviation axiale gauche
💡 L'onde T dit le type d'HVG
Onde T
Type d'HVG
Mécanisme
T négative
HVG systolique épaississement de la paroi — HTA, rétrécissement aortique
la paroi épaissie crée une ischémie sous-endocardique relative → la repolarisation s'inverse.
T positive
HVG diastolique dilatation de cavité sans épaississement — insuffisance aortique
la paroi ne s'épaissit pas → la repolarisation reste normale (T positive).
HVG systolique (épaississement → T négative) vs HVG diastolique (dilatation → T positive)
R > S en V1 (QRS positif en V1 — normalement négatif)
S profonde persistante en V5–V6 (S > R)
HAD fréquemment associée
Troubles de repolarisation en précordiales droites (V1–V3)
⚠️ EP aiguë — surcharge droite aiguë (≠ HVD vraie)S1Q3T3 : S en DI + Q et T négative en DIII — peu sensible (~20 %) mais spécifique.
Chercher aussi : tachycardie sinusale · bloc droit incomplet · T négatives V1–V3.
HVD vraie = chronique (HTAP, BPCO, cardiopathie congénitale).
HVD — rationnel : VD dominant → R>S en V1, S>R en V6
HVD → déviation axiale droite
HVD — tracé ECG 12 dérivations
Hypertrophies atriales — HAD vs HAG
Une oreillette surchargée déforme l'onde P. Le côté se lit sur ce qui change — amplitude (droite) ou durée (gauche) :
HAD — oreillette droite
HAG — oreillette gauche
Ce qui change
↑ AMPLITUDE de P (durée normale)
↑ DURÉE de P (> 120 ms)
DII
P pointue et ample > 2,5 mm (« P pulmonaire »)
P bifide, double bosse(« P mitrale »)
V1
composante positive dominante
composante négative large (> 40 ms, > 1 mm)
Contexte
cœur pulmonaire · HTAP · EP/BPCO
valvulopathie gauche (RM) · HTA
Rationnel — HAD = ↑ amplitude onde P (durée inchangée) · HAG = allongement de l'onde P
HAD (onde P ample en DII · composante négative V1) vs HAG (double bosse DII · composante négative > 40 ms V1)
HAD — Hypertrophie atriale droite Cœur pulmonaire
Onde P > 2,5 mm en DII (P pulmonaire — aspect pointu et ample)
> 1,5 mm en V1–V2
Durée normale (< 120 ms)
Composante positive dominante en V1
Repolarisation atriale (onde Ta) souvent visible : downsloping du PR en inférieur — plus la P est ample, plus la Ta est grande
HAD + repolarisation atriale — emphysème, axe droit, V6 R<S
Repolarisation atriale (Ta) — arc négatif sous la baseline en inférieur, plus visible en BAV quand la P n'est pas suivie de QRS
HAG — Hypertrophie atriale gauche Valvulopathie G
Onde P > 120 ms en DII (P mitrale — aspect en double bosse)
Composante négative > 40 ms en V1
〰️ Repolarisation & QTc
Repolarisation normale
Segment ST isoélectrique
Ondes T positives et concordantes au QRS
Pas de sus- ou sous-décalage ST
Pas d'onde T négative ischémique
Pas de S1Q3T3
💡 Signe du hamac = ST concave = bénin
La ligne pointillée relie le point J au pied de l'onde T — si le ST passe en dessous = bol = hamac = bénin · si le ST passe au-dessus = dôme = STEMI jusqu'à preuve du contraire
Variantes normales de la repolarisation Normal
Ces 4 patterns sont normaux — ne pas les confondre avec une ischémie, ne pas contre-indiquer le sport.
Juvénile — T négatives en V1–V3 normales jusqu'à ~30 ans, surtout chez la femme. Ne pas confondre avec ischémie antérieure
Précoce (Early repolarization) — encoche/crochet en fin de QRS, ST légèrement surélevé en latérales ou inférieures. Fréquente chez le sportif jeune. Bénigne dans la grande majorité des cas
Masculine — T amples et positives en précordiales (T++). Normale chez l'homme jeune actif
Afrique — ST+ et T− en précordiales latérales. Normale chez les sujets d'origine africaine, peut mimer un BBG ou une HVG avec surcharge
A = STEMI (J 6 mm, T > 75% QRS) · B = variante de repolarisation précoce — crochetage terminal des R + ST en hamac
Boxeur 31 ans, asymptomatique — bradycardie sinusale, arythmie resp., BID, EJ, T masculines
QTc — valeurs normales Risque TdP
Sexe
Normal
Allongé (risque TdP)
Homme
< 450 ms
> 500 ms = danger
Femme
< 460 ms
> 500 ms = danger
⚠️ QT long — torsades de pointes
Revoir les médicaments (amiodarone, certains antibiotiques, antipsychotiques, antiémétiques). Corriger hypokaliémie et hypomagnésémie. QTc > 500 ms = risque immédiat.
🩸 Ischémie / SCA
🎯 Comment diagnostiquer un IDM sur un BBG ? — critères de Sgarbossa
💡 Chercher une concordance ST/QRS anormale
Le BBG rend les ondes Q et les modifications ST-T ininterprétables (pourquoi, § Blocs de branche). Devant une douleur thoracique + BBG (récent ou présumé récent), on cherche une concordance ST/QRS anormale :
Critère
Signe
Seuil
1
Sus-décalage ST concordant (même sens que le QRS dominant)
≥ 1 mm
2
Sous-décalage ST concordant en V1–V3
≥ 1 mm
3
Sus-décalage ST excessivement discordant (QRS négatif)
≥ 5 mm — ou Smith modifié : |ST|/|S| ≥ 0,25 (plus spécifique)
Critères de Sgarbossa — schéma des 3 critères (concordance ST/QRS)
Critères de Sgarbossa — exemples de tracés annotés
Progression des ondes R en précordiales
Progression normale — l'onde R grandit régulièrement de V1 à V5–V6 ; la zone de transition (R = S) est en V3–V4 :
V1 : aspect rS (petite R, grande S)
V3–V4 : zone de transition (R ≈ S)
V5–V6 : onde R dominante, aspect qR
Onde S régresse de V1 → V6
⚠️ Mauvaise progression des R
Les R restent basses en précordiales droites (transition tardive ou absente). Cause principale : IDM antérieur ancien (perte des forces antérieures). Autres : HVG, HVD, BPCO/emphysème, mauvais placement des électrodes, cardiomyopathie, dextrocardie, WPW. Peu spécifique isolément — à interpréter dans le contexte.
(A) Progression normale des R (V1→V6). (B) Progression anormale : R basses par IDM de la paroi antérieure.
Diagnostic différentiel — Péricardite aiguë ST diffus · concave
💡 Péricardite vs STEMI — 5 points clés1. ST↑ diffus — touche tous les territoires à la fois (pas de distribution coronaire) 2. PR/PQ sous-décalé — pathognomonique de la péricardite, absent dans le STEMI 3. ST concave — en bol (vs convexe en dôme dans le STEMI) 4. Pas d'image miroir franche — le ST↑ étant diffus, les miroirs s'annulent entre eux : aucune dérivation ne montre de ST↓ réciproque net (contrairement au STEMI où le miroir est toujours présent dans le territoire opposé) 5. QRS respectés — pas d'onde Q, pas de perte de R
Péricardite aiguë — ST↑ diffus, PQ↓, tachycardie · les 6 repères de Taboulet
Autre exemple — le piège « la machine conclut IDM »
Péricardite — machine dit "IDM aigu" ⚠️, PQ↓, QRS respectés
Équivalents ST+ Indispensable SMUR
⚠️ 25 % des occlusions coronaires aiguës
Ces patients ont le même pronostic qu'un STEMI mais sans sus-décalage de ST classique. Les rater = les exposer à une mortalité évitable. Khan AR. Eur Heart J. 2017 — NSTEMI avec occlusion totale sur angiographie : risque de mortalité et MACE majoré.
Infarctus par occlusion coronaire aiguë, sans le sus-décalage de ST qui définit un infarctus ST+.
1. Ondes T hyperaiguës — T très amples, larges, symétriques, avant l'apparition du ST↑ : stade ultra-précoce, fenêtre étroite
2. ST+ subtil — J+ < 1 mm ou < 1,5–2,5 mm en V2–V3
3. ST− isolé V1–V3(V4) + ST+ V8–V9 — miroir d'un infarctus postérieur (retourner l'ECG de 180°)
4. ST↓ ≥ 6 dérivations + ST↑ VR > 0,5 mm — tronc commun gauche ou IVA très proximale
5. De Winter — ST↓ ascendant en V1–V6 + T pointues symétriques : occlusion IVA proximale
6. Perte de la discordance appropriée — si QRS larges (BBG, PM) ou HVG : concordance QRS/ST ou ratio |ST|/|S| ≥ 0,25 (Sgarbossa–Smith) — critères détaillés § BBG
Un tracé par équivalent — dans l'ordre (cliquer pour agrandir)
1. T hyperaiguës — T > QRS en DIII/aVF, miroir V1–V3 (machine aveugle)
💡 aVR = le miroir du sous-décalage global
Pas de miroir « focal » ici : ce n'est pas un STEMI d'une paroi mais une ischémie sous-endocardique circonférentielle (tronc commun, IVA très proximale, tritronculaire). Le vecteur de lésion pointe vers la cavité → ST↓ dans toutes les dérivations qui regardent le VG. Seule aVR, qui voit le cœur « de l'intérieur », voit le vecteur venir vers elle → ST↑. Ce ST↑ en aVR EST le miroir du sous-décalage diffus.
5. De Winter (schéma) — ST↓ ascendant + T pointues symétriques (V3)
6. Perte de la discordance appropriée — BBG normal (g.) vs ischémique (d.)
🗺️ Territoires coronaires
Cartographie des territoires sur tracé ECG 12 dérivations
DII · DIII · aVF
Territoire inférieur
Coronaire droite (RCA)
DI · aVL
Territoire haut latéral
Circonflexe (branches)
V1 · V2 · V3
Territoire antérieur
IVA proximale
V4
Territoire apical
IVA (interventriculaire antérieure)
V5 · V6
Territoire latéral bas
Branches de la circonflexe
💡 Images miroir (réciproques)
Un STEMI produit toujours un ST↑ dans son territoire et un ST↓ en miroir dans le territoire opposé. Chercher le miroir permet de confirmer un ST↑ douteux — et de ne pas rater un IDM postérieur pur.
• ST↑ DIII → chercher ST↓ en aVL (miroir latéral haut)
• ST↑ DII/DIII/aVF (inférieur) → ST↓ réciproque souvent visible en DI et aVL
• ST↑ V1–V4 (antérieur) → chercher image miroir en V7–V9 (dérivations postérieures)
• ST↓ isolé V1–V3 sans ST↑ → penser IDM postérieur pur : poser V7–V9 pour confirmer — inutile si V1–V3 normaux (le ST↓ antérieur est déjà le miroir du ST↑ postérieur)
Atteinte antérieure vs inférieure — pourquoi l'antérieure est plus grave
Antérieure — V1–V4
Inférieure — DII · DIII · aVF
Artère
IVA (souvent proximale)
Coronaire droite (RCA)
Territoire
Paroi antérieure + septum + apex + grande masse du VG
BAV nodal : échappement jonctionnel fin, stable, souvent bien toléré (transitoire) — si mal toléré, répond à l'atropine
Fonction VG
Dysfonction sévère → choc cardiogénique
Généralement mieux tolérée
À rechercher
Miroir postérieur V7–V9
Extension VD V3R–V4R (V4R > 1 mm)
Pronostic
Plus grave
Meilleur (si isolée)
💡 Pourquoi l'atropine marche dans l'inférieur, pas dans l'antérieurLe niveau du bloc fait tout. Le nœud AV est freiné par le nerf vague ; dans l'IDM inférieur, l'ischémie exagère ce frein (réflexe de Bezold-Jarisch) → bradycardie + bloc nodal. L'atropine (vagolytique) lève ce frein → le nœud reconduit (les P repassent vers les ventricules). Effet temporaire (~15–30 min, un pont) le temps que l'ischémie régresse — le bloc part ensuite tout seul.
⚠️ On ne traite que si mal toléré (hypotension, malaise) : un échappement fin, stable et asymptomatique = simple surveillance.
Dans l'IDM antérieur, le bloc siège sous le His, dans un tissu nécrosé et non innervé par le vague → aucun frein à lever, l'atropine est inutile (elle peut même aggraver le ratio de bloc) → pacing d'emblée.
ECG 18 dérivations — les dérivations complémentaires
💡 Pourquoi une artère « gauche » (IVA) donne-t-elle un bloc de branche droite ?
Les deux branches du faisceau de His courent dans le septum, qui est du territoire de l'IVA. « Droite / gauche » désigne le côté du septum où passe la fibre, pas l'artère qui la nourrit. La branche droite et le faisceau antérieur gauche dépendent des perforantes septales de l'IVA (le faisceau postérieur gauche a une double vascularisation IVA + CD → plus résistant). D'où le BBD + hémibloc antérieur classique de l'IDM antérieur.
💀 ECG Killers Mort subite
Les 5 patterns mortels
Pathologies à ne jamais rater à l'ECG — chacune peut provoquer une mort subite par fibrillation ventriculaire. Reconnaître le pattern = sauver une vie.
Chaque pattern = une maladie qui peut donner une fibrillation ventriculaire. Explication + tracé caractéristique (cliquer pour agrandir).
WPW — Wolff-Parkinson-White
Une voie électrique accessoire (faisceau de Kent) court-circuite le nœud AV. Danger : en cas de FA, l'influx file par cette voie, sans le frein du nœud → fréquence ventriculaire énorme → FV. ECG : onde delta (montée lente au début du QRS) + PR court.
Brugada
Canalopathie génétique (canal sodium), sur cœur structurellement normal. Danger : FV spontanée, souvent nocturne — à évoquer devant syncope ou mort subite familiale. ECG (V1–V3) : type 1 (diagnostique) = ST en dôme ≥ 2 mm + T négative · type 2 = ST en selle de cheval ≥ 2 mm · type 3 < 1 mm (non diagnostique).
QT long
Repolarisation trop longue (QTc > 450 ms ♂ / 460 ms ♀). Danger : torsade de pointes → FV. Causes : médicaments (voir QTc), hypokaliémie / hypomagnésémie, forme congénitale.
CMH — Cardiomyopathie hypertrophique
Maladie génétique : muscle (surtout le septum) anormalement épais et désorganisé. 1ʳᵉ cause de mort subite du sportif jeune (arythmie à l'effort). ECG : voltages d'HVG + ondes Q « en dague » (fines et profondes) en latéral — à distinguer d'une HVG banale : le Q fin est le drapeau.
DAVD — Dysplasie Arythmogène du VD
Le muscle du ventricule droit est remplacé par du tissu fibro-graisseux → foyer de tachycardie ventriculaire → mort subite à l'effort. ECG (V1–V3) : onde epsilon (petit crochet juste après le QRS) + T négatives + QRS élargi.
Exemples de tracés
8 killers — vue d'ensemble
Brugada types 1 · 2 · 3
🗂️ Ma collection d'ECG
ECG personnels annotés, ajoutés au fur et à mesure des gardes. Scannés avec PM Cardio. Conclusions relues par un médecin chef ; mesures calculées par PMcardio ; patients anonymisés.
Profil : BAV du 3e degré d'origine dégénérative, pacemaker Micra implanté en 2021. Pneumopathie à Mycobacterium kansasii sous traitement d'éradication, BPCO stade 2B.
FC 62/minPR —QRS 152 msQT / QTc 455 / 460 ms
Conclusion de l’ECG 06 Rythme électro-entraîné (pacemaker Micra)
ECG 07
Profil : BPCO stade 3E, hypertension pulmonaire à l'échocardiographie.
FC 76/minPR 165 msQRS 91 msQT / QTc 400 / 433 ms
Conclusion de l’ECG 07 Ondes P pulmonaires
ECG 08
Profil : non renseigné.
FC 63/minPR —QRS 95 msQT / QTc 427 / 435 ms
Conclusion de l’ECG 08 Bigéminisme atrial : onde P qui tombe dans l'onde T, pause compensatoire, axe droit
ECG 09
Profil : Asthme éosinophilique, insuffisance cortico-surrénalienne après corticothérapie prolongée.
FC 76/minPR 155 msQRS 101 msQT / QTc 386 / 419 ms
Conclusion de l’ECG 09 ESV monomorphes
ECG 10
Profil : BPCO stade 4E.
FC 94/minPR 167 msQRS 101 msQT / QTc 368 / 424 ms
Conclusion de l’ECG 10 Hémibloc antérieur gauche + sus-décalage ST apparu par rapport à l’ECG d’arrivée : STEMI, patient transféré