🚑 Trauma
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📖 Source et usage Ces fiches personnelles synthétisent, avec mes propres mots, la prise en charge initiale du traumatisé grave telle qu'elle est enseignée et pratiquée aux urgences. Elles servent à réviser une logique de prise en charge, pas à remplacer une formation certifiante ni les recommandations officielles.
En cas de divergence avec le protocole de votre établissement, c'est le protocole local qui s'applique au lit du patient — et plusieurs de ces chiffres évoluent d'une recommandation à l'autre : vérifier la source à jour avant de citer.

🎯 Évaluation initiale & ABCDE · Ch 1

🧠 À connaître par cœur — le réflexe ABCDE
A
Airway — perméabilité des voies aériennes + protection du rachis cervical
B
Breathing — respiration et ventilation
C
Circulation — hémodynamique + contrôle des hémorragies
D
Disability — état neurologique
E
Exposure / Environmental control — déshabillage + contrôle de l'environnement (hypothermie)

Face à un traumatisé grave, la prise en charge ne cherche pas d'abord le diagnostic exact — il cherche ce qui tue en premier et le traite au fur et à mesure. On déroule toujours le même ordre (ABCDE), et on ne passe à la lettre suivante qu'une fois la précédente sécurisée. C'est le primary survey.

💡 Le principe « Treat first what kills first ». À chaque lettre : on identifie la menace vitale et on la corrige immédiatement avant d'avancer. On ne cherche pas à tout comprendre — on stabilise dans l'ordre de létalité.

Le primary survey en un coup d'œil

LettreOn évalueCe qui tue à cette étape
A — Airway
+ protection rachis cervical
Liberté des voies aériennes : parle ? stridor ? corps étranger, sang, trauma facial Obstruction des voies aériennes
B — Breathing Ampliation, FR, SpO₂, auscultation, percussion, trachée Pneumothorax compressif, pneumothorax ouvert, hémothorax massif
C — Circulation
+ contrôle hémorragie
Pouls, TA, marbrures, TRC, saignements ; sources internes (thorax, abdomen, bassin, fémurs) Choc hémorragique, tamponnade
D — Disability Glasgow, pupilles, glycémie, déficit focal HTIC, engagement, lésion médullaire
E — Exposure Déshabillage complet, log-roll (dos), température Lésions cachées, hypothermie
⚠️ Le « <C> » avant A — hémorragie exsanguinante Devant un saignement externe massif (membre sectionné, hémorragie en jet), on le contrôle en tout premier — compression directe, garrot — avant même les voies aériennes. C'est le <C>ABCDE : un patient peut se vider avant qu'on ait touché à son A.

Points clés par lettre

💊 A — Quand poser une voie aérienne définitive ?
  • GCS ≤ 8 → intubation (tube à ballonnet sécurisé dans la trachée).
  • Absence de mouvement dirigé → intuber pour protéger les voies aériennes.
  • Le moindre doute sur la capacité à maintenir les voies aériennes perméables → voie définitive.
  • Inconscient sans réflexe nauséeux → canule oropharyngée (Guedel) en provisoire (d'abord relever le menton / subluxer la mâchoire).
  • Intubation impossible ou contre-indiquée → voie aérienne chirurgicale.
Protection du rachis : immobiliser la colonne cervicale en permanence (collier rigide). Pour intuber, on ouvre le collier et un équipier maintient tête + cou en immobilisation manuelle en ligne. L'examen neurologique seul n'exclut pas une lésion du rachis.
🚨 B — Pneumothorax compressif : décompresser SANS attendre la radio Triade clinique : bruits respiratoires diminués + hyperrésonance à la percussion + état de choc (± turgescence jugulaire, qui peut manquer si hypovolémie) → décompression immédiate à l'aiguille, puis drain thoracique.
⚠️ Un pneumothorax simple peut se transformer en compressif dès qu'on ventile en pression positive (après intubation), tant que le drain n'est pas posé.
Tamponnade cardiaque : bruits du cœur lointains + TA pincée (différentielle diminuée) + turgescence jugulaire.
💊 C — Hémorragie & coagulopathie
  • Le choc du traumatisé est hémorragique jusqu'à preuve du contraire → contrôler la source (compression, garrot, ceinture pelvienne).
  • Remplissage prudent : bolus 1 L de cristalloïdes réchauffés ; pas de réponse → produits sanguins. Réanimation trop agressive (> 1,5 L de cristalloïdes) → ↑ mortalité.
  • Polytraumatisé grave = haut risque de coagulopathie (cercle vicieux avec la réanimation) → protocole de transfusion massive.
  • Acide tranexamique : dans les 3 h après l'accident ; si administré en préhospitalier, 2ᵉ dose dans les 8 h. (cf. §03)

Adjoints à l'examen primaire

Mis en place pendant la réanimation — jamais en la retardant.

TypeÉlémentsÀ retenir
Monitorage ECG, SpO₂, EtCO₂ (capnographie), gazométrie + lactate, TA, FR, température, débit urinaire ECG : tachycardie inexpliquée / FA / anomalies ST → penser traumatisme cardiaque fermé. AESP → tamponnade, pneumothorax compressif ou hypovolémie sévère. Lactate / excès de bases = marqueurs de choc et d'efficacité de la réanimation.
Sondes Urinaire (débit = reflet de la perfusion rénale), gastrique (décompression, ↓ risque d'inhalation) Contre-indications ci-dessous ⚠️
Imagerie Rx thorax + bassin (face), FAST / e-FAST Ne doit jamais retarder la réanimation ni le transfert.
🚨 Contre-indications des sondes (pièges d'examen)
  • Sonde urinaire : à ne pas poser avant le toucher rectal / examen génital en cas de suspicion de lésion urétrale — sang au méat ou ecchymose périnéale. Au moindre doute → urétrographie rétrograde d'abord.
  • Sonde gastrique : si fracture de la lame criblée de l'ethmoïde (étage antérieur) suspectée → voie orale obligatoire, jamais nasale (risque de passage intracrânien).

Bilan secondaire

Ne commence qu'une fois l'examen primaire (ABCDE) terminé, la réanimation en cours et les fonctions vitales normalisées. C'est un examen de la tête aux pieds + réévaluation de tous les signes vitaux + anamnèse.

🧠 Anamnèse — le réflexe AMPLE
A
Allergies
M
Medications — traitements en cours
P
Past illnesses / Pregnancy — antécédents, grossesse
L
Last meal — dernier repas
E
Events / Environment — mécanisme et circonstances de l'accident
⚠️ Périnée, rectum, vagin — à ne pas oublier Périnée : contusions, hématomes, sang au méat urétral (→ pas de sonde urinaire, cf. plus haut). Toucher rectal : recherche de sang intraluminal, intégrité de la paroi rectale, tonus sphinctérien. Examen vaginal si risque de lésion. Test de grossesse chez toute femme en âge de procréer.
✅ Règle clé — réévaluer sans cesse Le primary survey n'est pas fait une fois. Toute dégradation (chute de la SpO₂, de la TA, du Glasgow) impose de repartir de A pour retrouver la cause. Les évaluations primaire et secondaire sont répétées fréquemment.

💨 Voies aériennes & ventilation · Ch 2

C'est le A et le B du primary survey : d'abord reconnaître l'atteinte (avant qu'elle ne tue), puis agir en maintenant en permanence la protection du rachis cervical.

Reconnaître l'atteinte des voies aériennes

⚠️ Signes objectifs — les pièges
  • Agitation → hypoxie · Somnolence → hypercapnie
  • Patient agressif / opposant = hypoxique jusqu'à preuve du contraire — ne pas mettre sur le compte de l'alcool.
  • Cyanose = signe TARDIF (difficile sur peau pigmentée) → la SpO₂ détecte plus tôt.
  • Le patient qui parle normalement a probablement des voies aériennes libres — mais revérifier.
BruitSignification
Ronflement, gargouillement, stridorOcclusion partielle du pharynx / larynx
Dysphonie (enrouement)Obstruction fonctionnelle du larynx
Respiration bruyante / laborieuseObstruction partielle (peut évoluer vers complète)
Absence de bruit / de respirationObstruction complète

Ventilation inadéquate : asymétrie / amplitude thoracique, auscultation bilatérale (↓ d'un côté → lésion thoracique), tachypnée, EtCO₂. Une lésion médullaire cervicale sous C3 conserve le diaphragme mais perd les intercostaux → respiration paradoxale (bascule thoraco-abdominale).

Prise en charge — escalade

  1. Manœuvres externes : traction du menton (chin lift) ou subluxation mandibulaire (jaw thrust) — sans hyperextension, rachis maintenu.
  2. Canules : oropharyngée (Guedel) ou nasopharyngée, pour maintenir ouvert.
  3. Voie aérienne définitive (tube + ballonnet dans la trachée) si indiquée.
  4. Dispositif supraglottique (masque/tube laryngé, i-gel) si intubation échoue/impossible — non définitif, à remplacer.
  5. Voie chirurgicale (cricothyroïdotomie) en cas d'échec.
⚠️ Canules — pièges
  • Nasopharyngée : contre-indiquée si suspicion de fracture de la lame criblée (risque de fausse route intracrânienne).
  • Oropharyngée (Guedel) : induit nausées/vomissements → prudence chez le patient conscient. Un patient qui tolère une Guedel va probablement nécessiter une intubation. Insertion à l'envers puis rotation 180° — pas chez l'enfant (abaisse-langue).

Voie aérienne définitive

= tube dans la trachée, ballonnet gonflé sous les cordes vocales, relié à une ventilation en O₂ et fixé. Trois types : orotrachéale (1ʳᵉ intention), nasotrachéale (patient en ventilation spontanée), chirurgicale (cricothyroïdotomie / trachéotomie).

Indication — Protéger les voies aériennesIndication — Ventilation / oxygénation
Trauma maxillo-facial sévère · risque d'inhalation (sang, vomissements) Détresse respiratoire inefficace : tachypnée, hypoxie, hypercapnie, cyanose
Trauma du cou : hématome, lésion laryngée/trachéale, brûlure cervico-faciale avec inhalation, stridor, dysphonie Dégradation clinique rapide · muscles accessoires · paralysie musculaire · respiration abdominale
Trauma crânien grave : coma, agressivité TC avec dégradation / engagement · apnée (coma ou paralysie neuromusculaire)
🚨 Règle d'or GCS ≤ 8 = intubation immédiate. Ne jamais retarder une voie aérienne définitive indiquée pour faire l'imagerie du rachis. (Une Rx cervicale de profil n'exclut pas une lésion.)

Anticiper l'intubation difficile

🧠 Critères d'intubation difficile — LEMON
L
Look — inspection externe (facteurs de difficulté)
E
Evaluate 3-3-2 — 3 doigts bouche, 3 doigts hyoïde–menton, 2 doigts plancher–thyroïde
M
Mallampati — visualisation de l'hypopharynx (I → IV)
O
Obstruction — corps étranger, épiglottite, abcès, trauma
N
Neck — mobilité du cou (réduite = difficile ; collier = surdifficulté)

Prédicteurs en trauma : lésion / arthrite du rachis cervical, trauma maxillo-facial ou mandibulaire, petite ouverture de bouche, obésité, rétrognathie / incisives proéminentes / cou court, enfant.

Intubation en séquence rapide (ISR)

Indiquée si contrôle des VA nécessaire mais réflexes nauséeux conservés (risque de vomissement), surtout chez le traumatisé crânien.

💊 Séquence
  1. Stratégie d'échec définie + matériel d'intubation difficile prêt
  2. Aspiration + ventilation en pression positive prêtes
  3. Préoxygénation 100 % O₂
  4. Pression cricoïde (Sellick)
  5. Hypnotique — étomidate 0,3 mg/kg (ou sédation selon protocole)
  6. Succinylcholine 1–2 mg/kg (≈ 100 mg ; délai < 1 min, durée < 5 min)
  7. Intuber (orotrachéale) → gonfler le ballonnet → confirmer (auscultation + CO₂)
  8. Relâcher la pression cricoïde → ventiler
🚨 Succinylcholine — risque d'hyperkaliémie grave Prudence / à éviter : syndrome d'écrasement (crush), brûlures étendues ou électriques, insuffisance rénale chronique, paralysie ou maladie neuromusculaire chronique.
Étomidate : pas d'effet sur TA ni PIC (utile en trauma), mais dépression surrénalienne possible.
✅ Confirmer la position du tube Capnographie : CO₂ présent = tube dans la trachée (mais n'exclut pas une intubation sélective) ; CO₂ absent = intubation œsophagienne jusqu'à preuve du contraire. Auscultation bilatérale + épigastre (borborygmes = œsophage → retirer). Rx thorax = meilleure confirmation de la profondeur. Réévaluer après chaque mobilisation. Cordes non vues → mandrin d'Eschmann (bougie) ; manœuvre BURP pour exposer.

Voie aérienne chirurgicale

💊 Cricothyroïdotomie Indications : œdème de la glotte, fracture du larynx, hémorragie oropharyngée sévère, impossibilité de franchir les cordes. La cricothyroïdotomie chirurgicale est préférée à la trachéotomie (plus simple, plus rapide, moins hémorragique).
À l'aiguille (cathéter 12–14 G, jet-ventilation) = oxygénation temporaire 30–45 min ; l'hypercapnie s'accumule (prudence chez le TC).
⚠️ Coniotomie contre-indiquée chez l'enfant < 12 ans (cartilage cricoïde = seul soutien circulaire de la trachée haute).
⚠️ Ventilation en pression positive Une fois intubé/ventilé, la pression positive peut convertir un pneumothorax simple en pneumothorax compressif → rester vigilant (cf. §04 Thorax et POCUS). Ballon-masque : à 2 opérateurs (4 mains) pour l'étanchéité.

🩸 État de choc & hémorragie · Ch 3

Le choc est une anomalie de la circulation qui ne délivre plus assez d'oxygène aux tissus. En trauma, la démarche tient en deux temps : 1. reconnaître qu'il y a un choc (avant que la tension ne tombe), 2. en identifier la cause. Et une règle domine tout : chez un traumatisé, le choc est hémorragique jusqu'à preuve du contraire.

💡 Ce qui se dégrade en premier La perte de sang est d'abord compensée : tachycardie, vasoconstriction périphérique. Les premiers signes sont donc la tachycardie, le pincement de la pression différentielle (la diastolique monte avant que la systolique ne baisse), la peau froide, marbrée, un temps de recoloration allongé. La tension artérielle systolique est un signe TARDIF : elle ne chute qu'après environ 30 % de perte volémique.

Les quatre classes d'hémorragie

  Classe I Classe II (légère) Classe III (modérée) Classe IV (sévère)
Perte sanguine < 15 %15–30 %31–40 %> 40 %
Fréquence cardiaque normalenormale ou ↑↑↑ ou ↑↑
Pression artérielle normalenormalenormale ou ↓↓
Pression différentielle normale↓↓↓
Fréquence respiratoire normalenormale↑↑
Diurèse normalenormale↓↓↓
Glasgow normalnormal↓↓
Déficit de bases
mEq/L
0 à −2−2 à −6−6 à −10−10 et au-delà
Produits sanguins surveillerpossiblesouiprotocole de transfusion massive

Ce tableau est un repère, pas un verdict : aucun patient ne coche exactement une colonne. Ce qui compte, c'est le sens de la dérive — et la réponse au remplissage.

🚨 Les patients qui ne préviennent pas
  • Le sujet jeune / le sportif : compense très longtemps, puis s'effondre d'un coup. Une TA normale ne rassure pas.
  • La personne âgée sous bêtabloquant : ne tachycardise pas. Et une TA « normale » peut être une hypotension relative chez un hypertendu chronique.
  • La femme enceinte : perd 30 à 35 % de sa volémie avant de faire une hypotension — le fœtus souffre bien avant la mère.
  • L'enfant : réserve physiologique majeure, la chute tensionnelle est terminale.
  • Le patient sous pacemaker : la fréquence est imposée, elle ne raconte rien.
  • L'hypothermie masque et aggrave à la fois.

Où est le sang ?

🧠 Les cinq réservoirs — « par terre, et quatre de plus »
1
Extérieur — plaies, cuir chevelu, membre sectionné (et le sang laissé sur les lieux)
2
Thorax — hémothorax : Rx thorax, POCUS
3
Abdomen — eFAST, TDM si stable
4
Rétropéritoine / bassin — Rx bassin de face (l'eFAST ne le voit pas)
5
Os longs — fémurs surtout, un de chaque côté suffit à faire un choc

Et si ce n'est pas hémorragique ?

CauseCe qui doit y faire penserGeste
Pneumothorax compressif Murmure aboli + tympanisme + choc ± turgescence jugulaire, déviation trachéale Décompression immédiate, sans attendre la radio (cf. §04)
Tamponnade Bruits du cœur assourdis + turgescence jugulaire + TA pincée ; plaie pénétrante thoracique eFAST péricardique → évacuation chirurgicale
Choc cardiogénique Contusion myocardique, infarctus déclenchant l'accident, embolie gazeuse ECG, échographie cardiaque
Choc neurogénique Hypotension SANS tachycardie (voire bradycardie), peau chaude et sèche, lésion médullaire haute Remplissage prudent + vasopresseurs (cf. §07)
Choc septique Tardif — jamais dans les premières heures d'un trauma Ne pas s'y accrocher en salle de déchocage
⚠️ Choc neurogénique ≠ choc spinal Le choc neurogénique est hémodynamique : perte du tonus sympathique → vasoplégie + bradycardie. Le choc spinal est neurologique : sidération transitoire de la moelle, flaccidité et aréflexie qui récupèrent en partie. Deux mots proches, deux choses différentes.
⚠️ Et surtout : un patient médullaire peut saigner. Attribuer son hypotension à sa moelle sans avoir cherché une hémorragie est l'erreur classique.

Traiter — dans l'ordre

  1. Arrêter le saignement, c'est le vrai traitement du choc hémorragique : compression directe, garrot sur un membre, ceinture pelvienne, pansement hémostatique. Tout le reste ne fait que gagner du temps.
  2. Deux voies veineuses périphériques courtes et de gros calibre (le débit dépend du diamètre et de la longueur). Si l'accès échoue : voie intra-osseuse, puis voie centrale.
  3. Prélever à la pose : groupe + RAI, hémoglobine, gaz du sang avec lactate et déficit de bases, coagulation, test de grossesse.
  4. Bolus de cristalloïdes réchauffés — chez l'adulte 1 L, chez l'enfant 20 mL/kg — puis on juge la réponse.
  5. Pas de réponse ou réponse transitoire → produits sanguins, sans attendre d'avoir vidé des litres de cristalloïdes.
  6. Réévaluer, réévaluer : conscience, recoloration, lactate et déficit de bases qui se corrigent, et surtout la diurèse — 0,5 mL/kg/h chez l'adulte, 1 mL/kg/h chez l'enfant, 2 mL/kg/h chez le nourrisson de moins d'un an. C'est le reflet le plus simple de la perfusion des organes.

Les trois réponses au remplissage

RéponseCe que ça ditConduite
Rapide et durable Perte modérée, saignement arrêté Surveiller, bilan lésionnel, avis chirurgical
Transitoire
s'améliore puis rechute
Le patient saigne encore, ou la perte était importante Produits sanguins + chirurgien / radiologie interventionnelle maintenant
Absente Hémorragie massive non contrôlée — ou cause non hémorragique passée à côté Transfusion massive + contrôle chirurgical immédiat ; et rechercher tamponnade / pneumothorax compressif
💊 Damage control resuscitation
  • Limiter les cristalloïdes. Remplir massivement dilue les facteurs de coagulation, refroidit, fait sauter les caillots déjà formés et augmente la mortalité.
  • Transfuser tôt et équilibré : concentrés globulaires, plasma et plaquettes dans un ratio proche de 1:1:1, selon le protocole de transfusion massive de l'établissement.
  • Hypotension permissive tant que le saignement n'est pas contrôlé — sauf traumatisme crânien ou lésion médullaire, où l'hypotension aggrave directement la lésion.
  • Réchauffer tout : solutés, produits sanguins, patient, salle.
  • Acide tranexamique : 1 g en 10 minutes, puis 1 g sur les 8 heures suivantes. La première dose doit être débutée dans les 3 heures qui suivent le traumatisme — au-delà, le bénéfice disparaît. Si elle a été faite en préhospitalier, c'est la dose d'entretien sur 8 h qui prend le relais à l'hôpital.
  • Surveiller le calcium ionisé : la transfusion massive le fait chuter (citrate), et l'hypocalcémie aggrave la coagulopathie.
🚨 La triade létale Hypothermie ⟶ acidose ⟶ coagulopathie ⟶ hypothermie… Chacune entretient les deux autres, et le remplissage mal conduit alimente le cercle. C'est pour la casser qu'on écourte la chirurgie initiale (damage control surgery : on arrête le saignement et la contamination, on ferme temporairement, on réanime, on reprend plus tard).
✅ À retenir pour l'examen
  • Choc du traumatisé = hémorragique jusqu'à preuve du contraire.
  • Tachycardie et pression différentielle pincée avant l'hypotension.
  • Le traitement du choc hémorragique, c'est arrêter l'hémorragie — pas remplir.
  • Un patient qui ne répond pas ou qui rechute part au bloc ou en embolisation, pas au scanner.
  • Hypotension + bradycardie + peau chaude → penser médullaire, après avoir écarté l'hémorragie.

🫁 Traumatismes thoraciques · Ch 4

Le thorax tue vite, mais il se traite simplement : la grande majorité des traumatismes thoraciques se règlent avec un geste d'aiguille ou de drain, pas avec une thoracotomie. D'où la logique : les lésions qui tuent pendant le primary survey se diagnostiquent cliniquement et se traitent sur-le-champ ; les autres se cherchent ensuite.

Les lésions qui tuent tout de suite (examen primaire)

LésionReconnaîtreFaire
Obstruction des voies aériennes Stridor, dysphonie, agitation Cf. §02
Lésion trachéo-bronchique Emphysème sous-cutané majeur, bullage persistant au drain, poumon qui ne se réexpand pas Intubation sélective / fibroscopie, chirurgie
Pneumothorax compressif clinique Murmure aboli + tympanisme + détresse + choc ; ± déviation trachéale, turgescence jugulaire Décompression immédiate puis drain
Pneumothorax ouvert
plaie soufflante
Plaie thoracique large qui aspire l'air à chaque inspiration Pansement fixé sur trois côtés (valve), puis drain à distance de la plaie
Hémothorax massif Murmure aboli + matité + choc ; jugulaires plates (hypovolémie) Drain + remplissage/transfusion en parallèle, chirurgien
Tamponnade Bruits assourdis, turgescence jugulaire, TA pincée ; plaie pénétrante eFAST → évacuation chirurgicale
🚨 Pneumothorax compressif — la radio ne fait pas partie du diagnostic C'est un diagnostic clinique et un geste immédiat. Attendre une radiographie, c'est laisser mourir.
Décompression à l'aiguille — chez l'adulte, le site recommandé est le 5ᵉ espace intercostal, sur la ligne axillaire antérieure, en rasant le bord supérieur de la côte inférieure (le paquet vasculo-nerveux court sous la côte). Un cathéter trop court peut ne pas atteindre la plèvre : un cathéter de 5 cm n'y arrive qu'environ une fois sur deux, un cathéter de 8 cm dans plus de neuf cas sur dix. L'absence de sifflement n'exclut donc pas le diagnostic — elle peut simplement dire que l'aiguille était trop courte.
L'aiguille ne soigne pas : elle transforme un pneumothorax compressif en pneumothorax simple. Le drain thoracique suit toujours.
⚠️ Compressif ou massif ? Le côté qui fait la différence Les deux donnent murmure aboli + choc. Ce qui les sépare :
 Pneumothorax compressifHémothorax massif
PercussionTympanisme (air)Matité (sang)
JugulairesTurgescentesPlates (le patient s'est vidé)
GesteAiguille puis drainDrain avec la transfusion prête
💊 Hémothorax massif — quand le drain ne suffit plus On parle d'hémothorax massif au-delà d'environ 1 500 mL évacués d'emblée, ou plus du tiers de la masse sanguine. La thoracotomie se discute devant ce volume initial, ou devant un saignement qui persiste, de l'ordre de 200 mL par heure sur plusieurs heures — et surtout devant un patient qui reste instable malgré le drain.
⚠️ Poser le drain et le remplissage en même temps : drainer un hémothorax massif chez un patient non rempli peut le décompenser brutalement.
⚠️ Volet costal — ce n'est pas le volet qui tue Un volet costal = un segment de paroi désolidarisé (plusieurs côtes fracturées en deux endroits chacune), qui respire à contretemps (respiration paradoxale). Mais l'hypoxie vient de la contusion pulmonaire sous-jacente, pas du mouvement de la paroi.
Prise en charge : oxygénation, analgésie efficace (bloc, analgésie multimodale — une paroi douloureuse ne ventile pas), remplissage prudent, ventilation guidée par la clinique et la gazométrie, pas par l'aspect radiologique. Pas de contention de la paroi.

Ce qu'on cherche ensuite (examen secondaire)

LésionIndicesPoints d'attention
Pneumothorax simple Rx, POCUS (abolition du glissement pleural) Devient compressif sous ventilation en pression positive → drainer avant d'intuber / de transporter en altitude
Hémothorax Matité, émoussement du cul-de-sac sur la Rx Drain de gros calibre ; un hémothorax non drainé se surinfecte ou s'organise
Contusion pulmonaire Hypoxie qui s'aggrave sur 24–48 h, infiltrat sans systématisation La lésion thoracique potentiellement létale la plus fréquente ; remplissage prudent
Traumatisme cardiaque fermé ECG : tachycardie sinusale inexpliquée, extrasystoles, fibrillation auriculaire, bloc de branche droit, anomalies du ST Monitorage ; l'ECG anormal est ce qui fait garder le patient
Rupture aortique décélération Rx : médiastin élargi, bouton aortique effacé, sonde gastrique déviée à droite, bronche souche gauche abaissée, coiffe apicale gauche Angio-TDM ; en attendant la chirurgie, contrôler fréquence cardiaque et pression artérielle
Rupture diaphragmatique Plus souvent à gauche ; viscère ou sonde gastrique vue dans le thorax Se confond avec une « surélévation de coupole » ou un pneumothorax — ne jamais drainer à l'aveugle devant un doute
Rupture œsophagienne Pneumomédiastin, épanchement gauche sans fracture de côte, douleur disproportionnée, contenu gastrique dans le drain Rare, mortelle si méconnue
💡 Les fractures de côtes disent le mécanisme
  • Côtes 1–3 (protégées par la ceinture scapulaire) → énergie considérable : chercher lésions vasculaires et trachéo-bronchiques.
  • Côtes 4–9 → les plus fréquentes ; douleur et hypoventilation.
  • Côtes 10–12 → chercher foie, rate, reins.
  • Chez la personne âgée, chaque côte fracturée compte : encombrement, pneumopathie. Chez l'enfant, une côte fracturée signe une énergie énorme (thorax élastique).
✅ À retenir pour l'examen
  • Pneumothorax compressif = diagnostic clinique, décompression avant toute imagerie.
  • Tympanisme = air ; matité = sang. C'est la percussion qui tranche.
  • Pansement trois côtés pour la plaie soufflante, drain ailleurs.
  • Le volet costal tue par la contusion qui est dessous.
  • Médiastin élargi après décélération → aorte jusqu'à preuve du contraire.
  • Un pneumothorax simple + pression positive = pneumothorax compressif en devenir.

🫃 Traumatismes abdominaux & pelviens · Ch 5

Ici la question n'est jamais « quel organe est touché ? » mais « ce patient a-t-il besoin d'aller au bloc ? ». Un abdomen traumatique méconnu reste l'une des grandes causes de mort évitable — et l'examen clinique abdominal est peu fiable chez le patient intoxiqué, comateux, ou qui a une lésion distractive.

💡 Trois régions, trois pièges
  • Cavité péritonéale. Sa partie haute est sous les côtes : diaphragme, foie, rate, estomac, côlon transverse. Une plaie sous le mamelon est une plaie abdominale.
  • Rétropéritoine. Aorte, veine cave, duodénum, pancréas, reins, uretères, côlon postérieur. Ni l'examen clinique ni l'eFAST ne l'explorent — c'est le territoire du scanner.
  • Pelvis. Vaisseaux iliaques, vessie, rectum, organes génitaux. Un bassin fracturé saigne dans un espace qui ne se referme pas seul.

Fermé ou pénétrant ?

MécanismeOrganes les plus souvent touchésLogique
Traumatisme fermé Rate et foie ; décélération → mésentère, jonctions fixes Chercher l'hémopéritoine : eFAST si instable, TDM si stable
Arme blanche Foie, grêle, diaphragme, côlon Trajet souvent limité → une part peut être surveillée
Arme à feu Grêle, côlon, foie, structures vasculaires Énergie et trajet imprévisibles → laparotomie large

À l'anamnèse, le mécanisme oriente : vitesse, déformation du véhicule, ceinture (une ecchymose en bandoulière ou en ceinture annonce grêle, mésentère et rachis lombaire), éjection, décès d'un autre passager, hauteur de chute.

L'arbre de décision

🧠 La seule question qui compte : stable ou instable ?
1
Instable + eFAST positif → bloc opératoire, tout de suite — pas de scanner
2
Instable + eFAST négatif → le sang est ailleurs : thorax, bassin/rétropéritoine, extérieur, os longs — ou cause non hémorragique
3
Stable → TDM injectée, la seule à voir le rétropéritoine et à grader les lésions
🚨 « Le scanner est le tunnel de la mort » Un patient hémodynamiquement instable ne va pas au scanner. Il va au bloc ou en radiologie interventionnelle. Le même principe vaut pour le transfert : aucun examen ne doit retarder un transfert déjà décidé.

Les outils, et ce qu'ils ne disent pas

OutilRépond àLimites
eFAST Y a-t-il du liquide libre ? (péri-hépatique, péri-splénique, pelvis, péricarde — et plèvre/poumon pour le « e ») Ne voit ni le rétropéritoine, ni les lésions d'organe sans épanchement, ni le grêle. Un eFAST négatif n'exclut rien : il se répète.
TDM injectée Quel organe, quel grade, saignement actif, rétropéritoine, bassin Exige un patient stable et une surveillance pendant l'examen
Lavage péritonéal diagnostique Y a-t-il du sang dans le péritoine ? Devenu rare ; invasif, et rend l'examen clinique et l'imagerie ultérieurs ininterprétables
Examen clinique répété L'évolution — une défense qui apparaît Inutilisable si trouble de conscience, alcool, drogues, lésion médullaire, lésion distractive

Quand faut-il ouvrir ?

💊 Indications de laparotomie
  • Hypotension avec lésion abdominale suspectée et pas d'autre cause retrouvée
  • Péritonite franche, d'emblée ou apparue à la surveillance
  • Éviscération
  • Plaie par arme à feu traversant la cavité péritonéale ou le rétropéritoine vasculaire
  • Pneumopéritoine, air rétropéritonéal, ou rupture du diaphragme à l'imagerie
  • Saignement digestif ou urinaire après traumatisme pénétrant
  • TDM montrant une lésion nécessitant une chirurgie (rupture digestive, lésion pédiculaire)

Le bassin — un contenant qui fuit

Une fracture du bassin peut saigner massivement dans le rétropéritoine, où rien ne comprime. Le saignement est le plus souvent veineux et osseux — d'où l'intérêt de refermer le volume avant de penser à l'artère.

MécanismeAspectConséquence
Compression antéro-postérieure« Livre ouvert » — symphyse écartéeVolume pelvien augmenté → hémorragie ; la ceinture est très efficace
Compression latéraleHémibassin refoulé vers l'intérieurLa plus fréquente ; lésions viscérales associées
Cisaillement verticalHémibassin ascensionné (chute de hauteur)Instabilité majeure, lésions vasculaires
ComplexeAssociation des précédents—
⚠️ La ceinture pelvienne — les deux erreurs classiques
  • Elle se pose sur les grands trochanters, pas sur les crêtes iliaques. Trop haut, elle ne ferme rien.
  • On ne « teste » pas la stabilité du bassin à répétition. Chaque manœuvre décroche le caillot en train de se former. Un examen doux, une fois — et on se fie à la radiographie.
Ensuite, selon la réponse : embolisation (saignement artériel), packing pré-péritonéal, fixation externe. La ceinture est un geste de sauvetage, pas un traitement.
🚨 Périnée, rectum, urètre — l'examen qu'on saute et qu'on regrette Sang au méat urétral, hématome scrotal ou périnéal, prostate ascensionnée ou non perçue → lésion urétrale : ne pas sonder, faire une urétrographie rétrograde d'abord.
Toucher rectal : sang (lésion digestive), tonus sphinctérien (renseigne aussi sur la moelle, cf. §07), fragments osseux. Examen vaginal s'il y a fracture du bassin ou plaie — une fracture ouverte dans le vagin ou le rectum change tout le pronostic infectieux.
✅ À retenir pour l'examen
  • La question est « bloc ou pas », pas « quel organe ».
  • Instable → eFAST ; stable → TDM. Jamais l'inverse.
  • eFAST négatif n'exclut rien, surtout pas le rétropéritoine : on le répète.
  • Toute plaie sous le mamelon est potentiellement abdominale (le diaphragme monte haut en expiration).
  • Ceinture pelvienne sur les trochanters, et on arrête de manipuler le bassin.
  • Sang au méat = pas de sonde.

🧠 Traumatismes crâniens · Ch 6

Le principe tient en une phrase : la lésion primaire est faite au moment de l'impact — on ne peut plus rien pour elle. Tout le travail consiste à empêcher la lésion secondaire. Et la lésion secondaire, elle, a deux grands responsables que l'on maîtrise : l'hypoxie et l'hypotension.

🚨 Les deux ennemis à ne jamais laisser passer Un seul épisode d'hypotension, un seul épisode d'hypoxie aggrave durablement le pronostic d'un traumatisé crânien.
→ Oxygéner : éviter toute SpO₂ < 90 % (PaO₂ < 60 mmHg).
→ Maintenir la pression artérielle : systolique ≥ 100 mmHg entre 50 et 69 ans, ≥ 110 mmHg de 15 à 49 ans et au-delà de 70 ans.
Ces deux objectifs passent avant toute considération neurochirurgicale. Chez le traumatisé crânien, l'hypotension permissive ne s'applique pas : un cerveau lésé a besoin de pression de perfusion.

Le score de Glasgow

PointsOuverture des yeux (Y)Réponse verbale (V)Réponse motrice (M)
6——Obéit aux ordres
5—OrientéeLocalise la douleur
4SpontanéeConfuseÉvitement / retrait
3À la demandeMots inappropriésFlexion anormale (décortication)
2À la douleurSons incompréhensiblesExtension (décérébration)
1AucuneAucuneAucune
⚠️ Comment on cote — les règles qui font perdre des points à l'examen
  • On retient la MEILLEURE réponse obtenue, jamais la pire.
  • Si les côtés diffèrent, on cote le meilleur côté pour le score — mais on note l'asymétrie, qui est l'information neurologique.
  • Patient intubé ou œil tuméfié : on précise l'item non testable (V non testable), on ne l'invente pas.
  • Le M est la composante la plus prédictive.
  • On cote après avoir corrigé ce qui fausse : hypoxie, hypotension, hypoglycémie, alcool, sédation.
🧠 La classification, à connaître par cœur
13–15
Léger — la grande majorité ; le piège est la dégradation secondaire
9–12
Modéré — surveillance rapprochée, imagerie, réévaluation
≤ 8
Grave — intubation immédiate (cf. §02)

Pression intracrânienne, pression de perfusion

💡 La doctrine de Monro-Kellie La boîte crânienne est fermée et de volume fixe : elle contient du cerveau, du sang et du liquide céphalo-rachidien. Si un quatrième volume apparaît (un hématome), les autres sont chassés — LCR d'abord, sang veineux ensuite. Tant que cette compensation joue, la pression reste presque normale : c'est l'intervalle libre. Quand elle est épuisée, la pression monte brutalement et le patient se dégrade d'un coup.
Pression de perfusion cérébrale = pression artérielle moyenne − pression intracrânienne. Ce qui explique tout : faire baisser la PAM, c'est faire baisser la perfusion du cerveau aussi sûrement que laisser monter la PIC.
Les repères : PIC normale de l'ordre de 10 mmHg, on traite au-delà de 22 mmHg ; on vise une pression de perfusion cérébrale supérieure à 60 mmHg.
🚨 Reconnaître l'engagement
  • Mydriase unilatérale aréactive (compression du III) du côté de la lésion, déficit moteur du côté opposé — c'est la présentation habituelle.
  • Triade de Cushing : hypertension artérielle + bradycardie + irrégularité respiratoire. C'est un signe tardif — il ne faut pas l'attendre.
  • Dégradation du Glasgow de plusieurs points, réponse en extension.
⚠️ Avant de conclure à l'engagement : vérifier qu'une lésion oculaire directe ou un collyre n'explique pas la pupille.

Les lésions à reconnaître au scanner

LésionAspectCe qui la caractérise
Hématome extradural Biconvexe (lentille), ne franchit pas les sutures Souvent artère méningée moyenne, fracture temporale. Intervalle libre classique. Excellent pronostic s'il est évacué à temps — c'est l'urgence chirurgicale par excellence.
Hématome sous-dural En croissant, épouse la convexité Veines-pont ; pronostic plus sombre car la lésion cérébrale sous-jacente est réelle. Fréquent chez la personne âgée et l'alcoolique (atrophie) et sous anticoagulant.
Contusion / hématome intracérébral Foyers hyperdenses, souvent frontaux et temporaux Évoluent et grossissent → un scanner normal précoce ne clôt pas le dossier
Hémorragie sous-arachnoïdienne traumatique Sang dans les sillons La plus fréquente des hémorragies post-traumatiques
Lésion axonale diffuse Scanner pauvre au regard de la clinique Coma profond avec imagerie peu parlante — décélération
Fractures Linéaire, embarrure, base du crâne Ouverte ou embarrure → neurochirurgie. Une fracture qui croise le trajet de la méningée moyenne fait craindre l'extradural.
⚠️ Fracture de la base du crâne — les signes qui la trahissent Ecchymose périorbitaire bilatérale (« yeux de raton laveur »), ecchymose rétro-auriculaire (signe de Battle), hémotympan, rhinorrhée ou otorrhée de liquide céphalo-rachidien, paralysie faciale.
Conséquences pratiques : pas de sonde nasogastrique ni de canule nasopharyngée (cf. §01 et §02) — voie orale obligatoire.

Prise en charge

  1. A, B, C d'abord. Un traumatisé crânien grave meurt d'hypoxie et d'hypotension avant de mourir de son hématome.
  2. Glasgow ≤ 8 → intubation, en protégeant le rachis. Éviter les à-coups de pression.
  3. Normocapnie : viser une PaCO₂ d'environ 35 mmHg — ni hyper- ni hypoventilation prolongée.
  4. Maintenir la pression artérielle : remplissage, produits sanguins, vasopresseurs si besoin. Pas d'hypotension permissive ici.
  5. Tête en position neutre, buste surélevé, collier pas trop serré (il gêne le retour veineux jugulaire).
  6. Glycémie, température, convulsions : corriger l'hypoglycémie, éviter l'hyperthermie, traiter les crises.
  7. Scanner cérébral sans injection dès que l'état le permet — et répété si la clinique change.
  8. Antagoniser les anticoagulants / antiagrégants sans attendre, selon le protocole local.
  9. Appeler le neurochirurgien tôt, et transférer sans attendre le bilan complet.
💊 Les mesures d'exception — et leurs conditions
  • Hyperventilation : uniquement devant des signes d'engagement, et brièvement, le temps d'aller au bloc — PaCO₂ ramenée autour de 25 à 30 mmHg. Prolongée, elle vasoconstricte et provoque l'ischémie qu'elle prétend éviter.
  • Osmothérapie : mannitol 1 g/kg en bolus rapide, ou sérum salé hypertonique — devant des signes d'engagement, chez un patient normovolémique. Jamais chez un patient en choc — et jamais « en prévention ».
  • Corticoïdes : aucun bénéfice dans le traumatisme crânien.
✅ À retenir pour l'examen
  • Primaire = faite. Secondaire = évitable. Hypoxie et hypotension sont l'ennemi.
  • Glasgow ≤ 8 = intubation, et on note Y / V / M séparément.
  • Extradural = biconvexe + intervalle libre ; sous-dural = croissant + pronostic plus lourd.
  • Mydriase du côté de la lésion, déficit du côté opposé.
  • Cushing (HTA + bradycardie) est tardif : ne pas l'attendre pour agir.
  • Pas de corticoïdes, pas d'hyperventilation de confort, pas de mannitol chez un patient hypovolémique.
  • Un traumatisé crânien qui se dégrade impose de repartir de A, puis de refaire un scanner.

🦴 Rachis & moelle épinière · Ch 7

Deux impératifs qui semblent contradictoires : ne pas aggraver une moelle fragile, et ne pas laisser la précaution rachidienne retarder la réanimation. On les concilie avec une règle simple — on protège le rachis en permanence, on ne le radiographie jamais en urgence au détriment du A, B, C.

💡 « Restriction des mouvements », pas « immobilisation » Le but n'est pas de sangler un patient sur une planche, c'est d'éviter tout mouvement du rachis pendant la prise en charge : collier cervical adapté, patient à plat, mobilisations en bloc (log-roll avec une équipe, et une personne dédiée à la tête).
Le plan dur est un outil de brancardage, pas un lit. Il se retire dès que possible : au-delà de quelques dizaines de minutes il crée des escarres et gêne la ventilation. Un patient sur matelas ferme, mobilisé en bloc, est tout aussi protégé.
🚨 Deux règles qui tombent tout le temps
  • Une radiographie normale n'exclut pas une lésion médullaire, et un examen neurologique normal n'exclut pas une lésion du rachis. Les deux se cumulent, aucun ne dédouane l'autre.
  • Une lésion du rachis à un étage impose de chercher les autres étages : les lésions sont volontiers multiples et non contiguës → imager la totalité du rachis.

Examiner la moelle

Le but est de déterminer un niveau — le segment le plus bas qui fonctionne encore normalement, dans les deux modalités — et de dire si la lésion est complète ou incomplète. C'est cette distinction qui porte le pronostic.

RacineRepère moteurRepère sensitif
C5Flexion du coudeFace latérale du bras / moignon de l'épaule
C6Extension du poignetPouce
C7Extension du coudeMajeur
C8Flexion des doigtsAuriculaire
T1Écartement des doigtsFace médiale du bras
T4—Mamelons
T10—Ombilic
L4Dorsiflexion de la chevilleFace médiale de la jambe
L5Extension du gros orteilDos du pied / 1ᵉʳ espace
S1Flexion plantaireBord latéral du pied
S3–S5Tonus sphinctérienRégion périnéale
⚠️ Le périnée décide du pronostic Une sensibilité périnéale conservée ou un tonus sphinctérien présent — c'est l'épargne sacrée — signe une lésion incomplète, donc une possibilité de récupération. C'est la raison pour laquelle le toucher rectal fait partie de l'examen neurologique, pas seulement de l'examen abdominal.
⚠️ Tant que le choc spinal dure (flaccidité, aréflexie), on ne peut pas affirmer qu'une lésion est complète. Le verdict attend la reprise des réflexes.

Choc neurogénique et choc spinal

 Choc neurogéniqueChoc spinal
NatureHémodynamiqueNeurologique
MécanismePerte du tonus sympathique (lésions cervicales ou thoraciques hautes)Sidération transitoire de la moelle sous la lésion
TableauHypotension + bradycardie, peau chaude, sèche, roséeFlaccidité, aréflexie, perte du tonus sphinctérien
TraitementRemplissage mesuré, puis vasopresseurs ; atropine si bradycardie mal toléréeAucun — on attend la récupération et on réévalue
🚨 L'erreur à ne pas commettre Attribuer une hypotension à la moelle sans avoir cherché l'hémorragie. Le choc neurogénique est un diagnostic d'élimination : un patient médullaire saigne comme les autres — et il ne sent pas son abdomen. Remplir à l'aveugle un choc neurogénique expose par ailleurs à l'œdème pulmonaire, d'où le recours aux vasopresseurs.

Les syndromes médullaires incomplets

SyndromeContexteTableau
Syndrome centro-médullaire Hyperextension chez un sujet âgé à canal rétréci — souvent sans fracture Déficit prédominant aux membres supérieurs, membres inférieurs relativement épargnés ; troubles sensitifs variables. Le plus fréquent ; pronostic de récupération plutôt favorable.
Syndrome de Brown-Séquard Hémisection de la moelle (souvent pénétrant) Du côté de la lésion : déficit moteur et perte de la proprioception. Du côté opposé : perte de la sensibilité thermo-algique. Meilleur pronostic des trois.
Syndrome médullaire antérieur Atteinte du territoire de l'artère spinale antérieure Déficit moteur + perte thermo-algique, proprioception et sensibilité vibratoire conservées. Le plus mauvais pronostic.
💊 Ce qu'on fait pour la moelle
  • Éviter l'aggravation : mobilisation en bloc, axe respecté, et maintien d'une pression de perfusion médullaire correcte — comme pour le cerveau, l'hypotension et l'hypoxie aggravent la lésion. L'hypotension permissive ne s'applique pas ici non plus (cf. §03).
  • Avis neurochirurgical / orthopédique précoce : c'est la décompression et la stabilisation qui traitent, pas les médicaments.
  • Les corticoïdes ne sont pas recommandés dans la lésion médullaire traumatique.
  • Prévenir les complications du décubitus dès les premières heures : escarres (le plan dur !), rétention urinaire, dilatation gastrique, hypothermie — un patient médullaire ne régule plus sa température.

Imager — et lever la précaution

💊 Qui doit être imagé ? Le rachis cervical peut être dégagé cliniquement, sans imagerie, chez un patient qui remplit toutes les conditions : conscient et coopérant, non intoxiqué, sans douleur cervicale médiane ni à la palpation, sans déficit neurologique, sans lésion douloureuse distractive, et capable de mobiliser son cou sans douleur.
Si un seul de ces critères manque → imagerie, et le scanner est l'examen de référence. Chez un patient obnubilé ou intubé, la précaution est maintenue tant que le rachis n'a pas été formellement exploré. L'IRM est réservée au déficit neurologique, au doute ligamentaire ou médullaire.
⚠️ Chez l'enfant, et chez la personne âgée Enfant : rachis très élastique et tête proportionnellement lourde → une lésion médullaire sans anomalie radiologique est possible. Un enfant allongé à plat voit aussi sa tête pousser le cou en flexion : surélever le tronc pour garder l'axe neutre.
Personne âgée : arthrose et canal rétréci → une lésion grave peut survenir sur un traumatisme mineur, y compris une chute de sa hauteur.
✅ À retenir pour l'examen
  • Protéger le rachis, sans jamais retarder A-B-C.
  • Le plan dur se retire tôt ; ce qui protège, c'est la mobilisation en bloc.
  • Radio normale ≠ pas de lésion ; examen neuro normal ≠ pas de lésion du rachis.
  • Toucher rectal = examen neurologique : l'épargne sacrée change le pronostic.
  • Hypotension + bradycardie + peau chaude = neurogénique — après avoir écarté l'hémorragie.
  • Pas de corticoïdes dans la lésion médullaire traumatique.
  • Une lésion trouvée en impose la recherche à tous les étages.

🦵 Traumatismes musculo-squelettiques · Ch 8

Les lésions des membres sont spectaculaires et rarement mortelles — c'est précisément le danger : elles attirent le regard et font oublier le primary survey. On les range en deux catégories : celles qui menacent la vie, et celles qui menacent le membre.

🚨 Le piège du membre déformé Une fracture ouverte de jambe bien visible ne doit pas faire sauter une étape de l'ABCDE. On la couvre, on l'aligne, on l'immobilise — et on revient au primary survey. La mort, à ce stade, vient du thorax, de l'abdomen, du bassin ou de la tête, pas du tibia.

Ce qui menace la vie

LésionPourquoi c'est vitalGeste
Hémorragie externe Un membre peut vider un patient en quelques minutes Compression directe, pansement compressif, puis garrot si l'hémorragie persiste
Fracture du bassin Saignement rétropéritonéal sans contre-pression Ceinture pelvienne sur les trochanters (cf. §05)
Fracture(s) de fémur Une cuisse peut séquestrer jusqu'à ~1,5 L ; une jambe ou un humérus jusqu'à ~750 mL. Deux fémurs suffisent à faire un choc. Attelle de traction : elle réaligne, referme le volume et calme la douleur
Syndrome d'écrasement crush Rhabdomyolyse → hyperkaliémie, acidose, insuffisance rénale aiguë Remplissage précoce et abondant, surveillance du potassium et de l'ECG ; prudence avec la succinylcholine (cf. §02)
Amputation traumatique Hémorragie + choc Garrot ; segment amputé emballé propre, au frais, jamais au contact direct de la glace
💊 Le garrot — posé franchement, tracé précisément Il n'est pas un aveu d'échec : devant une hémorragie de membre non contrôlée par la compression, il sauve. Posé assez serré pour arrêter le saignement (un garrot qui ne comprime que le retour veineux aggrave l'hémorragie), et l'heure de pose écrite sur le patient. Il ne se desserre pas « pour voir » — on le lève de façon organisée, au bon endroit, avec le chirurgien.

Ce qui menace le membre

🚨 Syndrome des loges — le pouls ne dit rien Le pouls distal reste présent très longtemps : la pression dans la loge dépasse la pression capillaire et veineuse bien avant la pression artérielle. Un pouls palpable n'exclut jamais un syndrome des loges.
Ce qui alerte :
  • Douleur disproportionnée, qui résiste aux antalgiques et augmente alors que le membre est immobilisé.
  • Douleur à l'étirement passif des muscles de la loge — le signe le plus précoce et le plus fiable.
  • Loge tendue, œdème sous tension.
  • Paresthésies, puis déficit moteur — déjà tardifs.
Terrain : fracture de jambe ou d'avant-bras, écrasement, revascularisation, plâtre ou pansement circulaire serré, patient inconscient ou sous analgésie profonde (il ne peut pas se plaindre : c'est là qu'on le rate).
Traitement : fasciotomie — et elle ne se retarde pas pour mesurer une pression. (Quand la mesure est faite, une pression de loge supérieure à 30 mmHg plaide pour la décharge ; mais le diagnostic reste clinique.)
LésionReconnaîtreConduite
Lésion vasculaire Signes durs : absence de pouls, hémorragie pulsatile, hématome expansif, souffle/thrill, membre froid et pâle Chirurgien vasculaire sans délai ; réduire d'abord la fracture ou la luxation et réévaluer les pouls ; index de pression systolique / angioscanner si doute
Luxation Déformation ; genou, hanche, cheville surtout Réduction urgente — chaque heure compte pour la peau et le paquet vasculo-nerveux. La luxation du genou menace l'artère poplitée même réduite spontanément.
Fracture ouverte Toute plaie en regard d'un foyer de fracture Antibiothérapie précoce + prophylaxie antitétanique, retrait des souillures grossières, pansement stérile humide, alignement, immobilisation, parage chirurgical. On ne fait pas de rinçage répété aux urgences.
Lésion nerveuse Déficit moteur/sensitif systématisé Documenter avant et après chaque manœuvre de réduction — c'est aussi une protection médico-légale
⚠️ Immobiliser — les principes
  • Attelle englobant l'articulation sus- et sous-jacente.
  • Examiner les pouls, la sensibilité et la motricité AVANT et APRÈS toute attelle, réduction ou traction. Un pouls qui disparaît après la manœuvre est une urgence.
  • Un membre aligné saigne moins, fait moins mal et se perfuse mieux.
  • Retirer bagues et bracelets tôt, avant que l'œdème ne s'installe.
💡 Les lésions qu'on découvre le lendemain Les fractures des mains, pieds, poignets et du rachis sont les grandes oubliées du bilan initial — le patient était sédaté, ou une lésion plus bruyante occupait le terrain. D'où le « tertiary survey » : un examen complet répété à distance, une fois le patient réveillé et stabilisé. L'embolie graisseuse (hypoxie, confusion, pétéchies après fracture d'os long) relève de la même vigilance différée.
✅ À retenir pour l'examen
  • Un membre déformé n'interrompt jamais l'ABCDE.
  • Bassin et fémurs sont les fractures qui tuent — par le sang qu'elles cachent.
  • Le pouls présent n'exclut pas un syndrome des loges ; la douleur à l'étirement passif, si.
  • Fracture ouverte → antibiotiques + antitétanique + bloc.
  • Pouls, sensibilité, motricité : avant et après chaque geste, et on l'écrit.
  • Le garrot se pose franchement et se date.

🔥 Lésions thermiques · Ch 9

Un brûlé grave est d'abord un traumatisé : même ABCDE, même recherche de lésions associées. La brûlure est impressionnante et ne saigne pas — si un brûlé est en choc dans les premières minutes, on cherche une hémorragie, on ne l'attribue pas à sa brûlure.

Les premiers gestes

  1. Arrêter le processus : éteindre, retirer vêtements et bijoux (l'œdème vient vite), rincer une brûlure chimique.
  2. A — la voie aérienne, avant qu'elle ne se ferme. C'est la décision la plus urgente.
  3. B — oxygène à haute concentration, systématiquement en cas d'exposition à la fumée.
  4. C — deux voies veineuses, si possible en peau saine, mais on pique à travers la brûlure plutôt que de perdre du temps.
  5. E — couvrir et RÉCHAUFFER. Un brûlé se refroidit très vite : draps propres et secs, pas de linges mouillés sur une grande surface.
  6. Analgésie intraveineuse titrée — jamais en intramusculaire (résorption imprévisible).
🚨 Inhalation — intuber tôt, ou ne plus pouvoir intuber Les signes qui doivent faire intuber avant l'œdème :
  • Incendie en espace clos, perte de connaissance sur les lieux
  • Suie dans la bouche, les narines, les crachats ; expectorations charbonneuses
  • Vibrisses et sourcils brûlés, brûlures de la face et du cou
  • Dysphonie, stridor, toux rauque — l'œdème est déjà en route
  • Brûlures circonférentielles du cou
Attendre, c'est se condamner à une voie aérienne chirurgicale. L'œdème des premières heures rend l'intubation rapidement impossible.
⚠️ Monoxyde de carbone — la saturation ment L'oxymètre de pouls ne distingue pas l'hémoglobine oxygénée de la carboxyhémoglobine : la SpO₂ affichée peut être normale chez un patient gravement intoxiqué. Il faut doser la carboxyhémoglobine (gaz du sang / CO-oxymétrie).
Le traitement est l'oxygène à 100 %, qui raccourcit considérablement la demi-vie du CO. Un patient confus ou céphalalgique au sortir d'un incendie est un intoxiqué jusqu'à preuve du contraire. Penser aussi aux cyanures (fumées de combustion de matières plastiques) devant une acidose lactique profonde inexpliquée.

Évaluer la brûlure : surface et profondeur

🧠 La règle des 9 — adulte
9
Tête et cou
9
Chaque membre supérieur
18
Chaque membre inférieur
18
Tronc — face antérieure
18
Tronc — face postérieure
1
Périnée
💡 Deux corrections indispensables
  • Chez l'enfant, la tête est proportionnellement beaucoup plus grande et les membres inférieurs plus petits : la règle des 9 de l'adulte surestime les jambes et sous-estime la tête. Chez le nourrisson, la tête vaut environ 18 % — le double de l'adulte. On utilise une table adaptée à l'âge (type Lund et Browder).
  • Pour les brûlures dispersées : la paume du patient, doigts compris, vaut environ 1 % de sa surface corporelle.
  • Le premier degré ne compte pas dans le calcul : on n'additionne que les brûlures du deuxième degré et au-delà.
DegréAspectDouleurCompté ?
1ᵉʳÉrythème simple, pas de phlyctène (coup de soleil)DouloureuxNon
2ᵉ superficielPhlyctènes, fond rouge, humide, se recoloreTrès douloureuxOui
2ᵉ profondFond pâle ou marbré, recoloration lenteDouleur émousséeOui
3ᵉPeau cartonnée, blanche ou cireuse, brune ou noire, sèche, thrombose veineuse visibleIndolore (nerfs détruits)Oui
4ᵉAtteinte du muscle, de l'osIndoloreOui

Une brûlure indolore est une brûlure profonde — l'absence de douleur est un signe de gravité, pas de bénignité.

Le remplissage

💊 La formule Volume estimé des 24 premières heures = coefficient × poids (kg) × surface brûlée (%) de Ringer lactate réchauffé. Le coefficient dépend de l'âge et du mécanisme :
TerrainCoefficientParticularité
Adulte et adolescent (≥ 14 ans)2 mL / kg / % SCB—
Enfant (< 14 ans)3 mL / kg / % SCB—
Nourrisson et jeune enfant (≤ 30 kg)3 mL / kg / % SCB+ soluté d'entretien glucosé (réserves de glycogène faibles)
Brûlure électrique4 mL / kg / % SCBLes lésions musculaires profondes sont invisibles en surface
La moitié du volume passe sur les 8 premières heures, le reste sur les 16 suivantes — et ces 8 heures comptent à partir de l'heure de la brûlure, pas de l'arrivée à l'hôpital. Si le patient arrive 3 h après, la première moitié doit passer en 5 h.
⚠️ La formule n'est qu'un point de départ. Ce qui pilote réellement le débit, c'est la diurèse horaire : on titre le remplissage dessus, à la hausse comme à la baisse. Trop remplir un brûlé (fluid creep) provoque œdèmes, syndrome des loges et syndrome compartimental abdominal.
✅ La cible : la diurèse horaire
  • Adulte et adolescent : 0,5 mL/kg/h — soit environ 30 à 50 mL/h.
  • Enfant de 30 kg ou moins : 1 mL/kg/h.
  • Brûlure électrique avec urines foncées (myoglobine, hémoglobine) : 100 mL/h chez l'adulte jusqu'à éclaircissement des urines — ici on remplit franchement pour protéger le rein.
Une diurèse au-dessus de la cible veut dire qu'on remplit trop : on réduit le débit. C'est aussi vrai que l'inverse.
⚠️ Brûlures circonférentielles Une brûlure profonde circulaire se comporte comme un garrot à mesure que l'œdème se constitue :
  • Sur un membre → ischémie distale (rappel : le pouls reste longtemps perçu).
  • Sur le thorax → la paroi ne s'ampliate plus : pressions d'insufflation qui montent, hypoventilation.
→ Escarrotomie (incision de décharge de l'escarre), en urgence.

Brûlures particulières

TypeLe piègeConduite
Électrique La peau paraît peu atteinte alors que les muscles profonds sont détruits sur le trajet du courant Chercher point d'entrée et de sortie ; rhabdomyolyse → remplissage plus large, surveiller kaliémie et diurèse ; ECG et monitorage (arythmies) ; chercher fractures et luxations dues à la tétanisation — dont le rachis
Chimique Le produit continue de brûler tant qu'il est là Balayer les poudres à sec d'abord, puis rincer abondamment et longuement à l'eau. Pas de neutralisant (la réaction dégage de la chaleur). Protéger l'œil et le rincer en continu. Protéger les soignants.
Goudron / bitume — Refroidir, ne pas arracher
💡 Qui part en centre de brûlés Les critères tiennent à la surface, à la profondeur, à la localisation (face, mains, pieds, périnée, organes génitaux, articulations), au mécanisme (électrique, chimique, inhalation), au terrain (enfant, personne âgée, comorbidités) et aux lésions traumatiques associées. Comme partout en traumatologie : on décide tôt, et on ne retarde pas le transfert pour un bilan qui ne changera rien sur place (cf. §11).

Hypothermie et gelures

 Ce qui se passeConduite
Hypothermie Frissons qui cessent, confusion, bradycardie, troubles du rythme, coagulopathie (c'est un des trois sommets de la triade létale) Mobiliser doucement (le myocarde est irritable), réchauffement externe puis interne (solutés et produits sanguins réchauffés, air chaud), monitorage continu
Gelures Zone blanche, dure, insensible ; le pronostic ne s'évalue pas avant plusieurs jours Réchauffement en eau tiède agitée, analgésie (c'est très douloureux) ; ne jamais frictionner, ne pas réchauffer si la zone risque de regeler, pas de chaleur sèche
🚨 « Nul n'est mort tant qu'il n'est pas réchauffé et mort » L'hypothermie profonde protège le cerveau et mime la mort : pupilles aréactives, rigidité, pouls imperceptible. La réanimation se poursuit pendant le réchauffement avant toute conclusion.
✅ À retenir pour l'examen
  • Un brûlé qui est en choc précoce a une hémorragie, pas « juste » une brûlure.
  • Intuber sur les signes d'inhalation, pas sur la détresse — après, c'est trop tard.
  • La SpO₂ est normale dans l'intoxication au CO : doser la HbCO, oxygène à 100 %.
  • Le premier degré ne se compte pas ; la paume du patient ≈ 1 %.
  • La formule donne un débit de départ ; la diurèse le corrige.
  • Brûlure circonférentielle du thorax ou d'un membre → escarrotomie.
  • Brûlure indolore = brûlure profonde.

👥 Populations particulières · Ch 10–12

💡 Le principe qui vaut pour les trois Les priorités ne changent pas — c'est la physiologie qui change. On déroule le même ABCDE, avec les mêmes gestes, mais on interprète les chiffres autrement et on anticipe des décompensations qui ne ressemblent pas à celles de l'adulte jeune.

L'enfant

Un enfant a une réserve physiologique remarquable : il compense longtemps, parfaitement — puis s'effondre sans prévenir. L'hypotension chez l'enfant traumatisé est un signe pré-terminal.

ParticularitéConséquence pratique
Occiput proéminent Allongé à plat, sa tête pousse le cou en flexion → surélever le tronc pour garder l'axe neutre
Voies aériennes : langue volumineuse, larynx haut et antérieur, trachée courte Intubation plus délicate, intubation sélective facile → vérifier la profondeur. Pas de cricothyroïdotomie chirurgicale chez le jeune enfant (cf. §02)
Squelette élastique Des lésions internes graves sans aucune fracture : une contusion pulmonaire sans côte cassée, un foie éclaté sans marque. Une côte fracturée chez un enfant signe une énergie énorme.
Rapport surface/poids élevé Hypothermie très rapide → réchauffer d'emblée, couvrir, réchauffer la salle et les solutés
Abords veineux difficiles Voie intra-osseuse sans hésiter après un échec ou un délai court
Tout se dose au poids Réglette de mesure / poids estimé : volumes, drogues, taille du matériel. Remplissage : bolus de 20 mL/kg de cristalloïde isotonique réchauffé, réévalué et répétable ; si la réponse manque, on passe aux concentrés globulaires, 10 mL/kg.
Conscience Score de Glasgow pédiatrique pour la réponse verbale du non-parlant
🚨 Maltraitance — à évoquer systématiquement Ce qui doit alerter : récit incompatible avec les lésions, récit qui change, délai inexpliqué avant la consultation, lésions d'âges différents, localisations inhabituelles, lésions incompatibles avec le stade de développement de l'enfant. L'évocation, l'examen complet et le signalement font partie de la prise en charge.
⚠️ Ce qui est spécifique à l'enfant, aussi
  • Lésion médullaire sans anomalie radiologique possible (cf. §07).
  • La distension gastrique est fréquente, gêne la ventilation et mime un abdomen chirurgical → sonde gastrique.
  • L'enfant a peur : la présence des parents, le calme et l'analgésie sont des éléments de prise en charge, pas du confort.
  • Beaucoup de lésions de la rate et du foie se traitent sans chirurgie chez l'enfant stable.

La personne âgée

À l'inverse de l'enfant, elle a peu de réserve — et surtout, ses signes vitaux mentent. Une chute de sa hauteur est chez elle un mécanisme grave.

Ce qui trompePourquoi
Pas de tachycardieBêtabloquants, pacemaker, réponse chronotrope diminuée
Une tension « normale »Chez un hypertendu chronique, c'est déjà une hypotension : la perfusion des organes est insuffisante
Un scanner cérébral rassurantL'atrophie laisse de la place : l'hématome sous-dural s'installe et se manifeste à retardement
Peu de douleur thoraciqueDes fractures de côtes peu bruyantes suffisent à provoquer encombrement et pneumopathie — la mortalité augmente avec chaque côte
Une confusion mise sur le compte de l'âgeC'est peut-être l'hypoxie, l'hypotension, l'hématome ou la douleur
🚨 Anticoagulants et antiagrégants Il faut poser la question dès l'accueil. Un traumatisme crânien même « léger » sous anticoagulant justifie une imagerie et une surveillance prolongée, et l'antagonisation ne se retarde pas. C'est l'élément qui transforme un traumatisme banal en urgence vitale.
💡 Autres points Os fragiles (fractures pour un rien, rachis arthrosique et canal rétréci → syndrome centro-médullaire), peau fragile, insuffisance rénale (prudence avec les produits de contraste et les doses), dénutrition, polymédication. Et il faut chercher la cause de la chute : syncope, trouble du rythme, infection, hypoglycémie, iatrogénie — parfois la vraie urgence est là.

La femme enceinte

🚨 La phrase qui commande tout Le meilleur traitement du fœtus, c'est la réanimation optimale de la mère. On traite la mère d'abord, complètement, avec les examens dont elle a besoin — l'imagerie nécessaire ne se refuse pas pour protéger le fœtus, on protège simplement quand c'est possible.
Et : faire un test de grossesse chez toute femme en âge de procréer.
Modification physiologiquePiège en trauma
Volume plasmatique augmenté, hématocrite abaissé (anémie de dilution) Elle peut perdre 30 à 35 % de sa volémie avant de s'hypotendre : le fœtus est en souffrance bien avant que la mère ne montre un signe
Fréquence cardiaque plus élevée, tension plus basse en cours de grossesse Les valeurs « anormales » de l'adulte ne s'appliquent pas telles quelles
Utérus comprimant la veine cave en décubitus dorsal Hypotension de décubitus : le retour veineux s'effondre → déplacer l'utérus vers la gauche, manuellement ou en inclinant le plan, tout en respectant le rachis
Diaphragme refoulé, hyperventilation physiologique Le CO₂ est normalement plus bas : un CO₂ « normal » peut signifier une hypoventilation. Drain thoracique à poser plus haut.
Vidange gastrique ralentie Estomac plein en permanence → risque d'inhalation, sonde gastrique
Viscères refoulés vers le haut Examen abdominal peu fiable ; l'utérus protège les viscères mais devient lui-même vulnérable
⚠️ Les complications à chercher
  • Hématome rétro-placentaire (décollement) : la première cause de mort fœtale quand la mère survit. Contractions, douleur utérine, métrorragies, utérus tonique — et il peut survenir après un traumatisme apparemment mineur.
  • Rupture utérine : rare, sur traumatisme violent.
  • Hémorragie fœto-maternelle → immunoglobulines anti-D chez toute femme Rhésus négatif.
  • Monitorage cardiotocographique prolongé au-delà du terme de viabilité : les anomalies du rythme fœtal sont souvent le premier signe.
  • Césarienne péri-mortem : envisagée très précocement en cas d'arrêt cardiaque maternel — elle améliore les chances de la mère autant que celles de l'enfant.
  • Dépister les violences conjugales : la grossesse en est une période à risque.
✅ À retenir pour l'examen
  • Mêmes priorités, physiologie différente.
  • Enfant : compense puis s'effondre — l'hypotension est pré-terminale ; lésions internes sans fracture ; hypothermie éclair ; tout au poids.
  • Personne âgée : pas de tachycardie sous bêtabloquant, TA « normale » trompeuse, anticoagulants, hématome sous-dural retardé, chute de sa hauteur = mécanisme grave.
  • Grossesse : réanimer la mère, déplacer l'utérus à gauche, le fœtus souffre avant elle, anti-D si Rhésus négatif, monitorage fœtal.

🚁 Transfert & soins définitifs · Ch 13

🚨 La règle centrale La décision de transférer se prend pendant l'examen primaire — pas à la fin du bilan. Et une fois prise, aucun examen complémentaire qui ne changera pas la prise en charge sur place ne doit la retarder. Un scanner fait « pour le centre receveur » est du temps perdu : c'est le patient qu'on transfère, pas ses images.

La question n'est pas « qu'est-ce que ce patient a ? » mais « ai-je ici les moyens de traiter ce que ce patient a ? ». Si la réponse est non — ou incertaine — le transfert commence tout de suite.

Qui transférer

💡 Le critère est un écart de moyens, pas une liste de lésions On transfère quand les besoins du patient dépassent les ressources disponibles :
  • Besoins vitaux dépassant le plateau technique : neurochirurgie, chirurgie vasculaire ou thoracique, radiologie interventionnelle, réanimation, bloc immédiatement disponible.
  • Lésions spécialisées : traumatisme crânien évolutif, lésion médullaire, brûlure relevant d'un centre de brûlés (cf. §09), fracture complexe du bassin, lésion vasculaire.
  • Terrain : enfant, femme enceinte, personne âgée fragile ou anticoagulée.
  • Physiologie qui se dégrade malgré la réanimation, ou besoin transfusionnel qui excède les stocks.
  • Mécanisme à haute énergie avec bilan encore incomplet dans une structure sans plateau adapté.

Avant de partir

  1. Refaire un tour d'ABCDE complet. C'est le dernier moment où l'on dispose d'une équipe entière et d'une salle : tout ce qui sera nécessaire en route doit être fait ici.
  2. A et B sécurisés : voie aérienne en place si elle risque de devenir nécessaire — on n'intube pas dans une ambulance en mouvement ni dans un hélicoptère. Tube vérifié et fixé.
  3. Drainer ce qui doit l'être : un pneumothorax même simple se draine avant un transport sous ventilation ou en altitude (l'air se dilate).
  4. C : deux abords sûrs et fixés, hémorragies contrôlées (garrot, ceinture pelvienne, pansements), produits sanguins pour la route si le patient saigne.
  5. Immobiliser : rachis, fractures alignées et attelées, membres évalués avant départ.
  6. Sondes (gastrique, urinaire) si elles ne sont pas contre-indiquées — le débit urinaire est un élément de surveillance pendant le trajet.
  7. Réchauffer : le transport refroidit, et le froid coagulopathise (cf. triade létale).
  8. Analgésie et sédation prévues pour toute la durée, avec ce qu'il faut pour réajuster en route.
⚠️ Stabiliser ne veut pas dire « attendre d'être stable » Certains patients ne seront jamais stables avant le geste chirurgical qu'ils vont chercher ailleurs. Chez eux, stabiliser signifie faire ce qui peut l'être sans perdre de temps, et partir. L'équilibre entre « préparer » et « partir » est le vrai jugement de ce chapitre.

Parler au receveur

💊 Le transfert est un acte médical à deux
  • Médecin à médecin, avant le départ. Le receveur peut demander un geste préalable, ou orienter directement vers le bloc ou le scanner à l'arrivée.
  • Transmettre : mécanisme et cinétique, heure de l'accident, lésions identifiées, gestes faits et heures, évolution des paramètres (c'est la tendance qui informe, pas la photo), produits administrés — dont l'acide tranexamique et les anticoagulants antagonisés, groupe sanguin, allergies, antécédents (AMPLE, cf. §01).
  • Envoyer le dossier avec le patient : feuille de déchocage, résultats, imagerie, et les coordonnées du médecin envoyeur.
  • Choisir le moyen et l'équipe selon l'état du patient et la durée du trajet — et anticiper la dégradation plutôt que la subir.
⚠️ Pendant le trajet Monitorage continu (ECG, SpO₂, capnographie chez l'intubé, tension, température), réévaluation régulière du même ABCDE, et toute dégradation fait repartir de A. En pratique le transport est le moment où l'on voit le moins et où l'on peut le moins : ce qui n'a pas été anticipé ne pourra pas être improvisé.
💡 Traçabilité et responsabilité Tout se consigne : heures, constantes successives, gestes, doses, décisions et leur motif, contenu de la communication avec le receveur, consentement quand il peut être recueilli. La responsabilité du patient reste à l'équipe envoyeuse jusqu'à la prise en charge effective par l'équipe receveuse.
✅ À retenir pour l'examen
  • Décider tôt — pendant l'examen primaire.
  • Ne jamais retarder un transfert pour un examen qui ne changera rien sur place.
  • La question est celle des moyens disponibles, pas du diagnostic exact.
  • Intuber et drainer avant de partir, pas en route.
  • Médecin à médecin, et le dossier voyage avec le patient.
  • Réchauffer, analgésier, et anticiper ce qui peut arriver dans le camion.

🔗 Ponts vers POCUS & ECG

L'échographie et l'électrocardiogramme ne sont pas des examens que l'on demande « en plus » : en trauma, ce sont des prolongements de l'examen clinique, à l'intérieur même du primary survey. Voici où chacun s'insère, et à quelle question il répond.

L'échographie dans l'ABCDE

LettreQuestion poséeCe qu'on regardeDécision
B Y a-t-il un pneumothorax ? Glissement pleural, lignes A/B, point poumon Abolition du glissement + choc → décompression, sans attendre la radio
B Y a-t-il un hémothorax ? Épanchement au-dessus du diaphragme Drain ; volume initial et débit orientent vers la thoracotomie
C Y a-t-il du sang dans le péritoine ? eFAST : espace hépato-rénal, spléno-rénal, pelvis Instable + positif → bloc (cf. §05)
C Y a-t-il une tamponnade ? Fenêtre sous-xiphoïdienne : épanchement péricardique, collapsus des cavités droites Choc + épanchement → évacuation chirurgicale
C Le patient est-il rempli ? Veine cave inférieure, contractilité globale Oriente le remplissage et fait douter du diagnostic de choc hémorragique s'il est discordant
⚠️ Ce que l'échographie ne dit pas Un eFAST négatif n'exclut rien : il ne voit ni le rétropéritoine, ni le bassin osseux, ni les lésions d'organe sans épanchement, ni le grêle. Il se répète — c'est un examen dynamique, pas un verdict. Et chez un patient stable, c'est la TDM qui fait le bilan.

L'ECG dans le trauma

SituationCe que l'ECG apporte
Traumatisme thoracique fermé Contusion myocardique : tachycardie sinusale inexpliquée, extrasystoles, fibrillation auriculaire, bloc de branche droit, anomalies du segment ST. C'est l'anomalie ECG qui fait monitorer le patient.
Activité électrique sans pouls Oriente vers les trois causes traumatiques à traiter immédiatement : tamponnade, pneumothorax compressif, hypovolémie majeure
Écrasement, brûlure électrique, insuffisance rénale Hyperkaliémie (cf. §08, §09) — et rappel du risque de la succinylcholine (§02)
Hypothermie Bradycardie, allongements, troubles du rythme ; myocarde irritable → mobiliser doucement
« Pourquoi est-il tombé ? » Chez la personne âgée surtout : trouble du rythme ou syndrome coronarien à l'origine de la chute — la vraie urgence peut être là
✅ Le principe qui relie les trois formations L'outil ne remplace jamais la séquence. On ne va pas chercher une image parce qu'elle est disponible, mais parce qu'une lettre de l'ABCDE pose une question précise à laquelle elle répond en quelques secondes, au lit du patient, sans le déplacer. Un examen qui ne changera pas la décision immédiate attend le secondary survey.