Trauma & polytraumatisé
Fiches de synthèse · prise en charge initiale du traumatisé grave · 13 thèmes
En cas de divergence avec le protocole de votre établissement, c'est le protocole local qui s'applique au lit du patient — et plusieurs de ces chiffres évoluent d'une recommandation à l'autre : vérifier la source à jour avant de citer.
🎯 Évaluation initiale & ABCDE · Ch 1
Face à un traumatisé grave, la prise en charge ne cherche pas d'abord le diagnostic exact — il cherche ce qui tue en premier et le traite au fur et à mesure. On déroule toujours le même ordre (ABCDE), et on ne passe à la lettre suivante qu'une fois la précédente sécurisée. C'est le primary survey.
Le primary survey en un coup d'œil
| Lettre | On évalue | Ce qui tue à cette étape |
|---|---|---|
| A — Airway + protection rachis cervical |
Liberté des voies aériennes : parle ? stridor ? corps étranger, sang, trauma facial | Obstruction des voies aériennes |
| B — Breathing | Ampliation, FR, SpO₂, auscultation, percussion, trachée | Pneumothorax compressif, pneumothorax ouvert, hémothorax massif |
| C — Circulation + contrôle hémorragie |
Pouls, TA, marbrures, TRC, saignements ; sources internes (thorax, abdomen, bassin, fémurs) | Choc hémorragique, tamponnade |
| D — Disability | Glasgow, pupilles, glycémie, déficit focal | HTIC, engagement, lésion médullaire |
| E — Exposure | Déshabillage complet, log-roll (dos), température | Lésions cachées, hypothermie |
Points clés par lettre
- GCS ≤ 8 → intubation (tube à ballonnet sécurisé dans la trachée).
- Absence de mouvement dirigé → intuber pour protéger les voies aériennes.
- Le moindre doute sur la capacité à maintenir les voies aériennes perméables → voie définitive.
- Inconscient sans réflexe nauséeux → canule oropharyngée (Guedel) en provisoire (d'abord relever le menton / subluxer la mâchoire).
- Intubation impossible ou contre-indiquée → voie aérienne chirurgicale.
⚠️ Un pneumothorax simple peut se transformer en compressif dès qu'on ventile en pression positive (après intubation), tant que le drain n'est pas posé.
Tamponnade cardiaque : bruits du cœur lointains + TA pincée (différentielle diminuée) + turgescence jugulaire.
- Le choc du traumatisé est hémorragique jusqu'à preuve du contraire → contrôler la source (compression, garrot, ceinture pelvienne).
- Remplissage prudent : bolus 1 L de cristalloïdes réchauffés ; pas de réponse → produits sanguins. Réanimation trop agressive (> 1,5 L de cristalloïdes) → ↑ mortalité.
- Polytraumatisé grave = haut risque de coagulopathie (cercle vicieux avec la réanimation) → protocole de transfusion massive.
- Acide tranexamique : dans les 3 h après l'accident ; si administré en préhospitalier, 2ᵉ dose dans les 8 h. (cf. §03)
Adjoints à l'examen primaire
Mis en place pendant la réanimation — jamais en la retardant.
| Type | Éléments | À retenir |
|---|---|---|
| Monitorage | ECG, SpO₂, EtCO₂ (capnographie), gazométrie + lactate, TA, FR, température, débit urinaire | ECG : tachycardie inexpliquée / FA / anomalies ST → penser traumatisme cardiaque fermé. AESP → tamponnade, pneumothorax compressif ou hypovolémie sévère. Lactate / excès de bases = marqueurs de choc et d'efficacité de la réanimation. |
| Sondes | Urinaire (débit = reflet de la perfusion rénale), gastrique (décompression, ↓ risque d'inhalation) | Contre-indications ci-dessous ⚠️ |
| Imagerie | Rx thorax + bassin (face), FAST / e-FAST | Ne doit jamais retarder la réanimation ni le transfert. |
- Sonde urinaire : à ne pas poser avant le toucher rectal / examen génital en cas de suspicion de lésion urétrale — sang au méat ou ecchymose périnéale. Au moindre doute → urétrographie rétrograde d'abord.
- Sonde gastrique : si fracture de la lame criblée de l'ethmoïde (étage antérieur) suspectée → voie orale obligatoire, jamais nasale (risque de passage intracrânien).
Bilan secondaire
Ne commence qu'une fois l'examen primaire (ABCDE) terminé, la réanimation en cours et les fonctions vitales normalisées. C'est un examen de la tête aux pieds + réévaluation de tous les signes vitaux + anamnèse.
💨 Voies aériennes & ventilation · Ch 2
C'est le A et le B du primary survey : d'abord reconnaître l'atteinte (avant qu'elle ne tue), puis agir en maintenant en permanence la protection du rachis cervical.
Reconnaître l'atteinte des voies aériennes
- Agitation → hypoxie · Somnolence → hypercapnie
- Patient agressif / opposant = hypoxique jusqu'à preuve du contraire — ne pas mettre sur le compte de l'alcool.
- Cyanose = signe TARDIF (difficile sur peau pigmentée) → la SpO₂ détecte plus tôt.
- Le patient qui parle normalement a probablement des voies aériennes libres — mais revérifier.
| Bruit | Signification |
|---|---|
| Ronflement, gargouillement, stridor | Occlusion partielle du pharynx / larynx |
| Dysphonie (enrouement) | Obstruction fonctionnelle du larynx |
| Respiration bruyante / laborieuse | Obstruction partielle (peut évoluer vers complète) |
| Absence de bruit / de respiration | Obstruction complète |
Ventilation inadéquate : asymétrie / amplitude thoracique, auscultation bilatérale (↓ d'un côté → lésion thoracique), tachypnée, EtCO₂. Une lésion médullaire cervicale sous C3 conserve le diaphragme mais perd les intercostaux → respiration paradoxale (bascule thoraco-abdominale).
Prise en charge — escalade
- Manœuvres externes : traction du menton (chin lift) ou subluxation mandibulaire (jaw thrust) — sans hyperextension, rachis maintenu.
- Canules : oropharyngée (Guedel) ou nasopharyngée, pour maintenir ouvert.
- Voie aérienne définitive (tube + ballonnet dans la trachée) si indiquée.
- Dispositif supraglottique (masque/tube laryngé, i-gel) si intubation échoue/impossible — non définitif, à remplacer.
- Voie chirurgicale (cricothyroïdotomie) en cas d'échec.
- Nasopharyngée : contre-indiquée si suspicion de fracture de la lame criblée (risque de fausse route intracrânienne).
- Oropharyngée (Guedel) : induit nausées/vomissements → prudence chez le patient conscient. Un patient qui tolère une Guedel va probablement nécessiter une intubation. Insertion à l'envers puis rotation 180° — pas chez l'enfant (abaisse-langue).
Voie aérienne définitive
= tube dans la trachée, ballonnet gonflé sous les cordes vocales, relié à une ventilation en O₂ et fixé. Trois types : orotrachéale (1ʳᵉ intention), nasotrachéale (patient en ventilation spontanée), chirurgicale (cricothyroïdotomie / trachéotomie).
| Indication — Protéger les voies aériennes | Indication — Ventilation / oxygénation |
|---|---|
| Trauma maxillo-facial sévère · risque d'inhalation (sang, vomissements) | Détresse respiratoire inefficace : tachypnée, hypoxie, hypercapnie, cyanose |
| Trauma du cou : hématome, lésion laryngée/trachéale, brûlure cervico-faciale avec inhalation, stridor, dysphonie | Dégradation clinique rapide · muscles accessoires · paralysie musculaire · respiration abdominale |
| Trauma crânien grave : coma, agressivité | TC avec dégradation / engagement · apnée (coma ou paralysie neuromusculaire) |
Anticiper l'intubation difficile
Prédicteurs en trauma : lésion / arthrite du rachis cervical, trauma maxillo-facial ou mandibulaire, petite ouverture de bouche, obésité, rétrognathie / incisives proéminentes / cou court, enfant.
Intubation en séquence rapide (ISR)
Indiquée si contrôle des VA nécessaire mais réflexes nauséeux conservés (risque de vomissement), surtout chez le traumatisé crânien.
- Stratégie d'échec définie + matériel d'intubation difficile prêt
- Aspiration + ventilation en pression positive prêtes
- Préoxygénation 100 % O₂
- Pression cricoïde (Sellick)
- Hypnotique — étomidate 0,3 mg/kg (ou sédation selon protocole)
- Succinylcholine 1–2 mg/kg (≈ 100 mg ; délai < 1 min, durée < 5 min)
- Intuber (orotrachéale) → gonfler le ballonnet → confirmer (auscultation + CO₂)
- Relâcher la pression cricoïde → ventiler
Étomidate : pas d'effet sur TA ni PIC (utile en trauma), mais dépression surrénalienne possible.
Voie aérienne chirurgicale
À l'aiguille (cathéter 12–14 G, jet-ventilation) = oxygénation temporaire 30–45 min ; l'hypercapnie s'accumule (prudence chez le TC).
⚠️ Coniotomie contre-indiquée chez l'enfant < 12 ans (cartilage cricoïde = seul soutien circulaire de la trachée haute).
🩸 État de choc & hémorragie · Ch 3
Le choc est une anomalie de la circulation qui ne délivre plus assez d'oxygène aux tissus. En trauma, la démarche tient en deux temps : 1. reconnaître qu'il y a un choc (avant que la tension ne tombe), 2. en identifier la cause. Et une règle domine tout : chez un traumatisé, le choc est hémorragique jusqu'à preuve du contraire.
Les quatre classes d'hémorragie
| Classe I | Classe II (légère) | Classe III (modérée) | Classe IV (sévère) | |
|---|---|---|---|---|
| Perte sanguine | < 15 % | 15–30 % | 31–40 % | > 40 % |
| Fréquence cardiaque | normale | normale ou ↑ | ↑ | ↑ ou ↑↑ |
| Pression artérielle | normale | normale | normale ou ↓ | ↓ |
| Pression différentielle | normale | ↓ | ↓ | ↓ |
| Fréquence respiratoire | normale | normale | ↑ | ↑ |
| Diurèse | normale | normale | ↓ | ↓↓ |
| Glasgow | normal | normal | ↓ | ↓ |
| Déficit de bases mEq/L |
0 à −2 | −2 à −6 | −6 à −10 | −10 et au-delà |
| Produits sanguins | surveiller | possibles | oui | protocole de transfusion massive |
Ce tableau est un repère, pas un verdict : aucun patient ne coche exactement une colonne. Ce qui compte, c'est le sens de la dérive — et la réponse au remplissage.
- Le sujet jeune / le sportif : compense très longtemps, puis s'effondre d'un coup. Une TA normale ne rassure pas.
- La personne âgée sous bêtabloquant : ne tachycardise pas. Et une TA « normale » peut être une hypotension relative chez un hypertendu chronique.
- La femme enceinte : perd 30 à 35 % de sa volémie avant de faire une hypotension — le fœtus souffre bien avant la mère.
- L'enfant : réserve physiologique majeure, la chute tensionnelle est terminale.
- Le patient sous pacemaker : la fréquence est imposée, elle ne raconte rien.
- L'hypothermie masque et aggrave à la fois.
Où est le sang ?
Et si ce n'est pas hémorragique ?
| Cause | Ce qui doit y faire penser | Geste |
|---|---|---|
| Pneumothorax compressif | Murmure aboli + tympanisme + choc ± turgescence jugulaire, déviation trachéale | Décompression immédiate, sans attendre la radio (cf. §04) |
| Tamponnade | Bruits du cœur assourdis + turgescence jugulaire + TA pincée ; plaie pénétrante thoracique | eFAST péricardique → évacuation chirurgicale |
| Choc cardiogénique | Contusion myocardique, infarctus déclenchant l'accident, embolie gazeuse | ECG, échographie cardiaque |
| Choc neurogénique | Hypotension SANS tachycardie (voire bradycardie), peau chaude et sèche, lésion médullaire haute | Remplissage prudent + vasopresseurs (cf. §07) |
| Choc septique | Tardif — jamais dans les premières heures d'un trauma | Ne pas s'y accrocher en salle de déchocage |
⚠️ Et surtout : un patient médullaire peut saigner. Attribuer son hypotension à sa moelle sans avoir cherché une hémorragie est l'erreur classique.
Traiter — dans l'ordre
- Arrêter le saignement, c'est le vrai traitement du choc hémorragique : compression directe, garrot sur un membre, ceinture pelvienne, pansement hémostatique. Tout le reste ne fait que gagner du temps.
- Deux voies veineuses périphériques courtes et de gros calibre (le débit dépend du diamètre et de la longueur). Si l'accès échoue : voie intra-osseuse, puis voie centrale.
- Prélever à la pose : groupe + RAI, hémoglobine, gaz du sang avec lactate et déficit de bases, coagulation, test de grossesse.
- Bolus de cristalloïdes réchauffés — chez l'adulte 1 L, chez l'enfant 20 mL/kg — puis on juge la réponse.
- Pas de réponse ou réponse transitoire → produits sanguins, sans attendre d'avoir vidé des litres de cristalloïdes.
- Réévaluer, réévaluer : conscience, recoloration, lactate et déficit de bases qui se corrigent, et surtout la diurèse — 0,5 mL/kg/h chez l'adulte, 1 mL/kg/h chez l'enfant, 2 mL/kg/h chez le nourrisson de moins d'un an. C'est le reflet le plus simple de la perfusion des organes.
Les trois réponses au remplissage
| Réponse | Ce que ça dit | Conduite |
|---|---|---|
| Rapide et durable | Perte modérée, saignement arrêté | Surveiller, bilan lésionnel, avis chirurgical |
| Transitoire s'améliore puis rechute |
Le patient saigne encore, ou la perte était importante | Produits sanguins + chirurgien / radiologie interventionnelle maintenant |
| Absente | Hémorragie massive non contrôlée — ou cause non hémorragique passée à côté | Transfusion massive + contrôle chirurgical immédiat ; et rechercher tamponnade / pneumothorax compressif |
- Limiter les cristalloïdes. Remplir massivement dilue les facteurs de coagulation, refroidit, fait sauter les caillots déjà formés et augmente la mortalité.
- Transfuser tôt et équilibré : concentrés globulaires, plasma et plaquettes dans un ratio proche de 1:1:1, selon le protocole de transfusion massive de l'établissement.
- Hypotension permissive tant que le saignement n'est pas contrôlé — sauf traumatisme crânien ou lésion médullaire, où l'hypotension aggrave directement la lésion.
- Réchauffer tout : solutés, produits sanguins, patient, salle.
- Acide tranexamique : 1 g en 10 minutes, puis 1 g sur les 8 heures suivantes. La première dose doit être débutée dans les 3 heures qui suivent le traumatisme — au-delà, le bénéfice disparaît. Si elle a été faite en préhospitalier, c'est la dose d'entretien sur 8 h qui prend le relais à l'hôpital.
- Surveiller le calcium ionisé : la transfusion massive le fait chuter (citrate), et l'hypocalcémie aggrave la coagulopathie.
- Choc du traumatisé = hémorragique jusqu'à preuve du contraire.
- Tachycardie et pression différentielle pincée avant l'hypotension.
- Le traitement du choc hémorragique, c'est arrêter l'hémorragie — pas remplir.
- Un patient qui ne répond pas ou qui rechute part au bloc ou en embolisation, pas au scanner.
- Hypotension + bradycardie + peau chaude → penser médullaire, après avoir écarté l'hémorragie.
🫁 Traumatismes thoraciques · Ch 4
Le thorax tue vite, mais il se traite simplement : la grande majorité des traumatismes thoraciques se règlent avec un geste d'aiguille ou de drain, pas avec une thoracotomie. D'où la logique : les lésions qui tuent pendant le primary survey se diagnostiquent cliniquement et se traitent sur-le-champ ; les autres se cherchent ensuite.
Les lésions qui tuent tout de suite (examen primaire)
| Lésion | Reconnaître | Faire |
|---|---|---|
| Obstruction des voies aériennes | Stridor, dysphonie, agitation | Cf. §02 |
| Lésion trachéo-bronchique | Emphysème sous-cutané majeur, bullage persistant au drain, poumon qui ne se réexpand pas | Intubation sélective / fibroscopie, chirurgie |
| Pneumothorax compressif clinique | Murmure aboli + tympanisme + détresse + choc ; ± déviation trachéale, turgescence jugulaire | Décompression immédiate puis drain |
| Pneumothorax ouvert plaie soufflante |
Plaie thoracique large qui aspire l'air à chaque inspiration | Pansement fixé sur trois côtés (valve), puis drain à distance de la plaie |
| Hémothorax massif | Murmure aboli + matité + choc ; jugulaires plates (hypovolémie) | Drain + remplissage/transfusion en parallèle, chirurgien |
| Tamponnade | Bruits assourdis, turgescence jugulaire, TA pincée ; plaie pénétrante | eFAST → évacuation chirurgicale |
Décompression à l'aiguille — chez l'adulte, le site recommandé est le 5ᵉ espace intercostal, sur la ligne axillaire antérieure, en rasant le bord supérieur de la côte inférieure (le paquet vasculo-nerveux court sous la côte). Un cathéter trop court peut ne pas atteindre la plèvre : un cathéter de 5 cm n'y arrive qu'environ une fois sur deux, un cathéter de 8 cm dans plus de neuf cas sur dix. L'absence de sifflement n'exclut donc pas le diagnostic — elle peut simplement dire que l'aiguille était trop courte.
L'aiguille ne soigne pas : elle transforme un pneumothorax compressif en pneumothorax simple. Le drain thoracique suit toujours.
| Pneumothorax compressif | Hémothorax massif | |
|---|---|---|
| Percussion | Tympanisme (air) | Matité (sang) |
| Jugulaires | Turgescentes | Plates (le patient s'est vidé) |
| Geste | Aiguille puis drain | Drain avec la transfusion prête |
⚠️ Poser le drain et le remplissage en même temps : drainer un hémothorax massif chez un patient non rempli peut le décompenser brutalement.
Prise en charge : oxygénation, analgésie efficace (bloc, analgésie multimodale — une paroi douloureuse ne ventile pas), remplissage prudent, ventilation guidée par la clinique et la gazométrie, pas par l'aspect radiologique. Pas de contention de la paroi.
Ce qu'on cherche ensuite (examen secondaire)
| Lésion | Indices | Points d'attention |
|---|---|---|
| Pneumothorax simple | Rx, POCUS (abolition du glissement pleural) | Devient compressif sous ventilation en pression positive → drainer avant d'intuber / de transporter en altitude |
| Hémothorax | Matité, émoussement du cul-de-sac sur la Rx | Drain de gros calibre ; un hémothorax non drainé se surinfecte ou s'organise |
| Contusion pulmonaire | Hypoxie qui s'aggrave sur 24–48 h, infiltrat sans systématisation | La lésion thoracique potentiellement létale la plus fréquente ; remplissage prudent |
| Traumatisme cardiaque fermé | ECG : tachycardie sinusale inexpliquée, extrasystoles, fibrillation auriculaire, bloc de branche droit, anomalies du ST | Monitorage ; l'ECG anormal est ce qui fait garder le patient |
| Rupture aortique décélération | Rx : médiastin élargi, bouton aortique effacé, sonde gastrique déviée à droite, bronche souche gauche abaissée, coiffe apicale gauche | Angio-TDM ; en attendant la chirurgie, contrôler fréquence cardiaque et pression artérielle |
| Rupture diaphragmatique | Plus souvent à gauche ; viscère ou sonde gastrique vue dans le thorax | Se confond avec une « surélévation de coupole » ou un pneumothorax — ne jamais drainer à l'aveugle devant un doute |
| Rupture œsophagienne | Pneumomédiastin, épanchement gauche sans fracture de côte, douleur disproportionnée, contenu gastrique dans le drain | Rare, mortelle si méconnue |
- Côtes 1–3 (protégées par la ceinture scapulaire) → énergie considérable : chercher lésions vasculaires et trachéo-bronchiques.
- Côtes 4–9 → les plus fréquentes ; douleur et hypoventilation.
- Côtes 10–12 → chercher foie, rate, reins.
- Chez la personne âgée, chaque côte fracturée compte : encombrement, pneumopathie. Chez l'enfant, une côte fracturée signe une énergie énorme (thorax élastique).
- Pneumothorax compressif = diagnostic clinique, décompression avant toute imagerie.
- Tympanisme = air ; matité = sang. C'est la percussion qui tranche.
- Pansement trois côtés pour la plaie soufflante, drain ailleurs.
- Le volet costal tue par la contusion qui est dessous.
- Médiastin élargi après décélération → aorte jusqu'à preuve du contraire.
- Un pneumothorax simple + pression positive = pneumothorax compressif en devenir.
🫃 Traumatismes abdominaux & pelviens · Ch 5
Ici la question n'est jamais « quel organe est touché ? » mais « ce patient a-t-il besoin d'aller au bloc ? ». Un abdomen traumatique méconnu reste l'une des grandes causes de mort évitable — et l'examen clinique abdominal est peu fiable chez le patient intoxiqué, comateux, ou qui a une lésion distractive.
- Cavité péritonéale. Sa partie haute est sous les côtes : diaphragme, foie, rate, estomac, côlon transverse. Une plaie sous le mamelon est une plaie abdominale.
- Rétropéritoine. Aorte, veine cave, duodénum, pancréas, reins, uretères, côlon postérieur. Ni l'examen clinique ni l'eFAST ne l'explorent — c'est le territoire du scanner.
- Pelvis. Vaisseaux iliaques, vessie, rectum, organes génitaux. Un bassin fracturé saigne dans un espace qui ne se referme pas seul.
Fermé ou pénétrant ?
| Mécanisme | Organes les plus souvent touchés | Logique |
|---|---|---|
| Traumatisme fermé | Rate et foie ; décélération → mésentère, jonctions fixes | Chercher l'hémopéritoine : eFAST si instable, TDM si stable |
| Arme blanche | Foie, grêle, diaphragme, côlon | Trajet souvent limité → une part peut être surveillée |
| Arme à feu | Grêle, côlon, foie, structures vasculaires | Énergie et trajet imprévisibles → laparotomie large |
À l'anamnèse, le mécanisme oriente : vitesse, déformation du véhicule, ceinture (une ecchymose en bandoulière ou en ceinture annonce grêle, mésentère et rachis lombaire), éjection, décès d'un autre passager, hauteur de chute.
L'arbre de décision
Les outils, et ce qu'ils ne disent pas
| Outil | Répond à | Limites |
|---|---|---|
| eFAST | Y a-t-il du liquide libre ? (péri-hépatique, péri-splénique, pelvis, péricarde — et plèvre/poumon pour le « e ») | Ne voit ni le rétropéritoine, ni les lésions d'organe sans épanchement, ni le grêle. Un eFAST négatif n'exclut rien : il se répète. |
| TDM injectée | Quel organe, quel grade, saignement actif, rétropéritoine, bassin | Exige un patient stable et une surveillance pendant l'examen |
| Lavage péritonéal diagnostique | Y a-t-il du sang dans le péritoine ? | Devenu rare ; invasif, et rend l'examen clinique et l'imagerie ultérieurs ininterprétables |
| Examen clinique répété | L'évolution — une défense qui apparaît | Inutilisable si trouble de conscience, alcool, drogues, lésion médullaire, lésion distractive |
Quand faut-il ouvrir ?
- Hypotension avec lésion abdominale suspectée et pas d'autre cause retrouvée
- Péritonite franche, d'emblée ou apparue à la surveillance
- Éviscération
- Plaie par arme à feu traversant la cavité péritonéale ou le rétropéritoine vasculaire
- Pneumopéritoine, air rétropéritonéal, ou rupture du diaphragme à l'imagerie
- Saignement digestif ou urinaire après traumatisme pénétrant
- TDM montrant une lésion nécessitant une chirurgie (rupture digestive, lésion pédiculaire)
Le bassin — un contenant qui fuit
Une fracture du bassin peut saigner massivement dans le rétropéritoine, où rien ne comprime. Le saignement est le plus souvent veineux et osseux — d'où l'intérêt de refermer le volume avant de penser à l'artère.
| Mécanisme | Aspect | Conséquence |
|---|---|---|
| Compression antéro-postérieure | « Livre ouvert » — symphyse écartée | Volume pelvien augmenté → hémorragie ; la ceinture est très efficace |
| Compression latérale | Hémibassin refoulé vers l'intérieur | La plus fréquente ; lésions viscérales associées |
| Cisaillement vertical | Hémibassin ascensionné (chute de hauteur) | Instabilité majeure, lésions vasculaires |
| Complexe | Association des précédents | — |
- Elle se pose sur les grands trochanters, pas sur les crêtes iliaques. Trop haut, elle ne ferme rien.
- On ne « teste » pas la stabilité du bassin à répétition. Chaque manœuvre décroche le caillot en train de se former. Un examen doux, une fois — et on se fie à la radiographie.
Toucher rectal : sang (lésion digestive), tonus sphinctérien (renseigne aussi sur la moelle, cf. §07), fragments osseux. Examen vaginal s'il y a fracture du bassin ou plaie — une fracture ouverte dans le vagin ou le rectum change tout le pronostic infectieux.
- La question est « bloc ou pas », pas « quel organe ».
- Instable → eFAST ; stable → TDM. Jamais l'inverse.
- eFAST négatif n'exclut rien, surtout pas le rétropéritoine : on le répète.
- Toute plaie sous le mamelon est potentiellement abdominale (le diaphragme monte haut en expiration).
- Ceinture pelvienne sur les trochanters, et on arrête de manipuler le bassin.
- Sang au méat = pas de sonde.
🧠 Traumatismes crâniens · Ch 6
Le principe tient en une phrase : la lésion primaire est faite au moment de l'impact — on ne peut plus rien pour elle. Tout le travail consiste à empêcher la lésion secondaire. Et la lésion secondaire, elle, a deux grands responsables que l'on maîtrise : l'hypoxie et l'hypotension.
→ Oxygéner : éviter toute SpO₂ < 90 % (PaO₂ < 60 mmHg).
→ Maintenir la pression artérielle : systolique ≥ 100 mmHg entre 50 et 69 ans, ≥ 110 mmHg de 15 à 49 ans et au-delà de 70 ans.
Ces deux objectifs passent avant toute considération neurochirurgicale. Chez le traumatisé crânien, l'hypotension permissive ne s'applique pas : un cerveau lésé a besoin de pression de perfusion.
Le score de Glasgow
| Points | Ouverture des yeux (Y) | Réponse verbale (V) | Réponse motrice (M) |
|---|---|---|---|
| 6 | — | — | Obéit aux ordres |
| 5 | — | Orientée | Localise la douleur |
| 4 | Spontanée | Confuse | Évitement / retrait |
| 3 | À la demande | Mots inappropriés | Flexion anormale (décortication) |
| 2 | À la douleur | Sons incompréhensibles | Extension (décérébration) |
| 1 | Aucune | Aucune | Aucune |
- On retient la MEILLEURE réponse obtenue, jamais la pire.
- Si les côtés diffèrent, on cote le meilleur côté pour le score — mais on note l'asymétrie, qui est l'information neurologique.
- Patient intubé ou œil tuméfié : on précise l'item non testable (V non testable), on ne l'invente pas.
- Le M est la composante la plus prédictive.
- On cote après avoir corrigé ce qui fausse : hypoxie, hypotension, hypoglycémie, alcool, sédation.
Pression intracrânienne, pression de perfusion
Pression de perfusion cérébrale = pression artérielle moyenne − pression intracrânienne. Ce qui explique tout : faire baisser la PAM, c'est faire baisser la perfusion du cerveau aussi sûrement que laisser monter la PIC.
Les repères : PIC normale de l'ordre de 10 mmHg, on traite au-delà de 22 mmHg ; on vise une pression de perfusion cérébrale supérieure à 60 mmHg.
- Mydriase unilatérale aréactive (compression du III) du côté de la lésion, déficit moteur du côté opposé — c'est la présentation habituelle.
- Triade de Cushing : hypertension artérielle + bradycardie + irrégularité respiratoire. C'est un signe tardif — il ne faut pas l'attendre.
- Dégradation du Glasgow de plusieurs points, réponse en extension.
Les lésions à reconnaître au scanner
| Lésion | Aspect | Ce qui la caractérise |
|---|---|---|
| Hématome extradural | Biconvexe (lentille), ne franchit pas les sutures | Souvent artère méningée moyenne, fracture temporale. Intervalle libre classique. Excellent pronostic s'il est évacué à temps — c'est l'urgence chirurgicale par excellence. |
| Hématome sous-dural | En croissant, épouse la convexité | Veines-pont ; pronostic plus sombre car la lésion cérébrale sous-jacente est réelle. Fréquent chez la personne âgée et l'alcoolique (atrophie) et sous anticoagulant. |
| Contusion / hématome intracérébral | Foyers hyperdenses, souvent frontaux et temporaux | Évoluent et grossissent → un scanner normal précoce ne clôt pas le dossier |
| Hémorragie sous-arachnoïdienne traumatique | Sang dans les sillons | La plus fréquente des hémorragies post-traumatiques |
| Lésion axonale diffuse | Scanner pauvre au regard de la clinique | Coma profond avec imagerie peu parlante — décélération |
| Fractures | Linéaire, embarrure, base du crâne | Ouverte ou embarrure → neurochirurgie. Une fracture qui croise le trajet de la méningée moyenne fait craindre l'extradural. |
Conséquences pratiques : pas de sonde nasogastrique ni de canule nasopharyngée (cf. §01 et §02) — voie orale obligatoire.
Prise en charge
- A, B, C d'abord. Un traumatisé crânien grave meurt d'hypoxie et d'hypotension avant de mourir de son hématome.
- Glasgow ≤ 8 → intubation, en protégeant le rachis. Éviter les à-coups de pression.
- Normocapnie : viser une PaCO₂ d'environ 35 mmHg — ni hyper- ni hypoventilation prolongée.
- Maintenir la pression artérielle : remplissage, produits sanguins, vasopresseurs si besoin. Pas d'hypotension permissive ici.
- Tête en position neutre, buste surélevé, collier pas trop serré (il gêne le retour veineux jugulaire).
- Glycémie, température, convulsions : corriger l'hypoglycémie, éviter l'hyperthermie, traiter les crises.
- Scanner cérébral sans injection dès que l'état le permet — et répété si la clinique change.
- Antagoniser les anticoagulants / antiagrégants sans attendre, selon le protocole local.
- Appeler le neurochirurgien tôt, et transférer sans attendre le bilan complet.
- Hyperventilation : uniquement devant des signes d'engagement, et brièvement, le temps d'aller au bloc — PaCO₂ ramenée autour de 25 à 30 mmHg. Prolongée, elle vasoconstricte et provoque l'ischémie qu'elle prétend éviter.
- Osmothérapie : mannitol 1 g/kg en bolus rapide, ou sérum salé hypertonique — devant des signes d'engagement, chez un patient normovolémique. Jamais chez un patient en choc — et jamais « en prévention ».
- Corticoïdes : aucun bénéfice dans le traumatisme crânien.
- Primaire = faite. Secondaire = évitable. Hypoxie et hypotension sont l'ennemi.
- Glasgow ≤ 8 = intubation, et on note Y / V / M séparément.
- Extradural = biconvexe + intervalle libre ; sous-dural = croissant + pronostic plus lourd.
- Mydriase du côté de la lésion, déficit du côté opposé.
- Cushing (HTA + bradycardie) est tardif : ne pas l'attendre pour agir.
- Pas de corticoïdes, pas d'hyperventilation de confort, pas de mannitol chez un patient hypovolémique.
- Un traumatisé crânien qui se dégrade impose de repartir de A, puis de refaire un scanner.
🦴 Rachis & moelle épinière · Ch 7
Deux impératifs qui semblent contradictoires : ne pas aggraver une moelle fragile, et ne pas laisser la précaution rachidienne retarder la réanimation. On les concilie avec une règle simple — on protège le rachis en permanence, on ne le radiographie jamais en urgence au détriment du A, B, C.
Le plan dur est un outil de brancardage, pas un lit. Il se retire dès que possible : au-delà de quelques dizaines de minutes il crée des escarres et gêne la ventilation. Un patient sur matelas ferme, mobilisé en bloc, est tout aussi protégé.
- Une radiographie normale n'exclut pas une lésion médullaire, et un examen neurologique normal n'exclut pas une lésion du rachis. Les deux se cumulent, aucun ne dédouane l'autre.
- Une lésion du rachis à un étage impose de chercher les autres étages : les lésions sont volontiers multiples et non contiguës → imager la totalité du rachis.
Examiner la moelle
Le but est de déterminer un niveau — le segment le plus bas qui fonctionne encore normalement, dans les deux modalités — et de dire si la lésion est complète ou incomplète. C'est cette distinction qui porte le pronostic.
| Racine | Repère moteur | Repère sensitif |
|---|---|---|
| C5 | Flexion du coude | Face latérale du bras / moignon de l'épaule |
| C6 | Extension du poignet | Pouce |
| C7 | Extension du coude | Majeur |
| C8 | Flexion des doigts | Auriculaire |
| T1 | Écartement des doigts | Face médiale du bras |
| T4 | — | Mamelons |
| T10 | — | Ombilic |
| L4 | Dorsiflexion de la cheville | Face médiale de la jambe |
| L5 | Extension du gros orteil | Dos du pied / 1ᵉʳ espace |
| S1 | Flexion plantaire | Bord latéral du pied |
| S3–S5 | Tonus sphinctérien | Région périnéale |
⚠️ Tant que le choc spinal dure (flaccidité, aréflexie), on ne peut pas affirmer qu'une lésion est complète. Le verdict attend la reprise des réflexes.
Choc neurogénique et choc spinal
| Choc neurogénique | Choc spinal | |
|---|---|---|
| Nature | Hémodynamique | Neurologique |
| Mécanisme | Perte du tonus sympathique (lésions cervicales ou thoraciques hautes) | Sidération transitoire de la moelle sous la lésion |
| Tableau | Hypotension + bradycardie, peau chaude, sèche, rosée | Flaccidité, aréflexie, perte du tonus sphinctérien |
| Traitement | Remplissage mesuré, puis vasopresseurs ; atropine si bradycardie mal tolérée | Aucun — on attend la récupération et on réévalue |
Les syndromes médullaires incomplets
| Syndrome | Contexte | Tableau |
|---|---|---|
| Syndrome centro-médullaire | Hyperextension chez un sujet âgé à canal rétréci — souvent sans fracture | Déficit prédominant aux membres supérieurs, membres inférieurs relativement épargnés ; troubles sensitifs variables. Le plus fréquent ; pronostic de récupération plutôt favorable. |
| Syndrome de Brown-Séquard | Hémisection de la moelle (souvent pénétrant) | Du côté de la lésion : déficit moteur et perte de la proprioception. Du côté opposé : perte de la sensibilité thermo-algique. Meilleur pronostic des trois. |
| Syndrome médullaire antérieur | Atteinte du territoire de l'artère spinale antérieure | Déficit moteur + perte thermo-algique, proprioception et sensibilité vibratoire conservées. Le plus mauvais pronostic. |
- Éviter l'aggravation : mobilisation en bloc, axe respecté, et maintien d'une pression de perfusion médullaire correcte — comme pour le cerveau, l'hypotension et l'hypoxie aggravent la lésion. L'hypotension permissive ne s'applique pas ici non plus (cf. §03).
- Avis neurochirurgical / orthopédique précoce : c'est la décompression et la stabilisation qui traitent, pas les médicaments.
- Les corticoïdes ne sont pas recommandés dans la lésion médullaire traumatique.
- Prévenir les complications du décubitus dès les premières heures : escarres (le plan dur !), rétention urinaire, dilatation gastrique, hypothermie — un patient médullaire ne régule plus sa température.
Imager — et lever la précaution
Si un seul de ces critères manque → imagerie, et le scanner est l'examen de référence. Chez un patient obnubilé ou intubé, la précaution est maintenue tant que le rachis n'a pas été formellement exploré. L'IRM est réservée au déficit neurologique, au doute ligamentaire ou médullaire.
Personne âgée : arthrose et canal rétréci → une lésion grave peut survenir sur un traumatisme mineur, y compris une chute de sa hauteur.
- Protéger le rachis, sans jamais retarder A-B-C.
- Le plan dur se retire tôt ; ce qui protège, c'est la mobilisation en bloc.
- Radio normale ≠ pas de lésion ; examen neuro normal ≠ pas de lésion du rachis.
- Toucher rectal = examen neurologique : l'épargne sacrée change le pronostic.
- Hypotension + bradycardie + peau chaude = neurogénique — après avoir écarté l'hémorragie.
- Pas de corticoïdes dans la lésion médullaire traumatique.
- Une lésion trouvée en impose la recherche à tous les étages.
🦵 Traumatismes musculo-squelettiques · Ch 8
Les lésions des membres sont spectaculaires et rarement mortelles — c'est précisément le danger : elles attirent le regard et font oublier le primary survey. On les range en deux catégories : celles qui menacent la vie, et celles qui menacent le membre.
Ce qui menace la vie
| Lésion | Pourquoi c'est vital | Geste |
|---|---|---|
| Hémorragie externe | Un membre peut vider un patient en quelques minutes | Compression directe, pansement compressif, puis garrot si l'hémorragie persiste |
| Fracture du bassin | Saignement rétropéritonéal sans contre-pression | Ceinture pelvienne sur les trochanters (cf. §05) |
| Fracture(s) de fémur | Une cuisse peut séquestrer jusqu'à ~1,5 L ; une jambe ou un humérus jusqu'à ~750 mL. Deux fémurs suffisent à faire un choc. | Attelle de traction : elle réaligne, referme le volume et calme la douleur |
| Syndrome d'écrasement crush | Rhabdomyolyse → hyperkaliémie, acidose, insuffisance rénale aiguë | Remplissage précoce et abondant, surveillance du potassium et de l'ECG ; prudence avec la succinylcholine (cf. §02) |
| Amputation traumatique | Hémorragie + choc | Garrot ; segment amputé emballé propre, au frais, jamais au contact direct de la glace |
Ce qui menace le membre
Ce qui alerte :
- Douleur disproportionnée, qui résiste aux antalgiques et augmente alors que le membre est immobilisé.
- Douleur à l'étirement passif des muscles de la loge — le signe le plus précoce et le plus fiable.
- Loge tendue, œdème sous tension.
- Paresthésies, puis déficit moteur — déjà tardifs.
Traitement : fasciotomie — et elle ne se retarde pas pour mesurer une pression. (Quand la mesure est faite, une pression de loge supérieure à 30 mmHg plaide pour la décharge ; mais le diagnostic reste clinique.)
| Lésion | Reconnaître | Conduite |
|---|---|---|
| Lésion vasculaire | Signes durs : absence de pouls, hémorragie pulsatile, hématome expansif, souffle/thrill, membre froid et pâle | Chirurgien vasculaire sans délai ; réduire d'abord la fracture ou la luxation et réévaluer les pouls ; index de pression systolique / angioscanner si doute |
| Luxation | Déformation ; genou, hanche, cheville surtout | Réduction urgente — chaque heure compte pour la peau et le paquet vasculo-nerveux. La luxation du genou menace l'artère poplitée même réduite spontanément. |
| Fracture ouverte | Toute plaie en regard d'un foyer de fracture | Antibiothérapie précoce + prophylaxie antitétanique, retrait des souillures grossières, pansement stérile humide, alignement, immobilisation, parage chirurgical. On ne fait pas de rinçage répété aux urgences. |
| Lésion nerveuse | Déficit moteur/sensitif systématisé | Documenter avant et après chaque manœuvre de réduction — c'est aussi une protection médico-légale |
- Attelle englobant l'articulation sus- et sous-jacente.
- Examiner les pouls, la sensibilité et la motricité AVANT et APRÈS toute attelle, réduction ou traction. Un pouls qui disparaît après la manœuvre est une urgence.
- Un membre aligné saigne moins, fait moins mal et se perfuse mieux.
- Retirer bagues et bracelets tôt, avant que l'œdème ne s'installe.
- Un membre déformé n'interrompt jamais l'ABCDE.
- Bassin et fémurs sont les fractures qui tuent — par le sang qu'elles cachent.
- Le pouls présent n'exclut pas un syndrome des loges ; la douleur à l'étirement passif, si.
- Fracture ouverte → antibiotiques + antitétanique + bloc.
- Pouls, sensibilité, motricité : avant et après chaque geste, et on l'écrit.
- Le garrot se pose franchement et se date.
🔥 Lésions thermiques · Ch 9
Un brûlé grave est d'abord un traumatisé : même ABCDE, même recherche de lésions associées. La brûlure est impressionnante et ne saigne pas — si un brûlé est en choc dans les premières minutes, on cherche une hémorragie, on ne l'attribue pas à sa brûlure.
Les premiers gestes
- Arrêter le processus : éteindre, retirer vêtements et bijoux (l'œdème vient vite), rincer une brûlure chimique.
- A — la voie aérienne, avant qu'elle ne se ferme. C'est la décision la plus urgente.
- B — oxygène à haute concentration, systématiquement en cas d'exposition à la fumée.
- C — deux voies veineuses, si possible en peau saine, mais on pique à travers la brûlure plutôt que de perdre du temps.
- E — couvrir et RÉCHAUFFER. Un brûlé se refroidit très vite : draps propres et secs, pas de linges mouillés sur une grande surface.
- Analgésie intraveineuse titrée — jamais en intramusculaire (résorption imprévisible).
- Incendie en espace clos, perte de connaissance sur les lieux
- Suie dans la bouche, les narines, les crachats ; expectorations charbonneuses
- Vibrisses et sourcils brûlés, brûlures de la face et du cou
- Dysphonie, stridor, toux rauque — l'œdème est déjà en route
- Brûlures circonférentielles du cou
Le traitement est l'oxygène à 100 %, qui raccourcit considérablement la demi-vie du CO. Un patient confus ou céphalalgique au sortir d'un incendie est un intoxiqué jusqu'à preuve du contraire. Penser aussi aux cyanures (fumées de combustion de matières plastiques) devant une acidose lactique profonde inexpliquée.
Évaluer la brûlure : surface et profondeur
- Chez l'enfant, la tête est proportionnellement beaucoup plus grande et les membres inférieurs plus petits : la règle des 9 de l'adulte surestime les jambes et sous-estime la tête. Chez le nourrisson, la tête vaut environ 18 % — le double de l'adulte. On utilise une table adaptée à l'âge (type Lund et Browder).
- Pour les brûlures dispersées : la paume du patient, doigts compris, vaut environ 1 % de sa surface corporelle.
- Le premier degré ne compte pas dans le calcul : on n'additionne que les brûlures du deuxième degré et au-delà.
| Degré | Aspect | Douleur | Compté ? |
|---|---|---|---|
| 1ᵉʳ | Érythème simple, pas de phlyctène (coup de soleil) | Douloureux | Non |
| 2ᵉ superficiel | Phlyctènes, fond rouge, humide, se recolore | Très douloureux | Oui |
| 2ᵉ profond | Fond pâle ou marbré, recoloration lente | Douleur émoussée | Oui |
| 3ᵉ | Peau cartonnée, blanche ou cireuse, brune ou noire, sèche, thrombose veineuse visible | Indolore (nerfs détruits) | Oui |
| 4ᵉ | Atteinte du muscle, de l'os | Indolore | Oui |
Une brûlure indolore est une brûlure profonde — l'absence de douleur est un signe de gravité, pas de bénignité.
Le remplissage
| Terrain | Coefficient | Particularité |
|---|---|---|
| Adulte et adolescent (≥ 14 ans) | 2 mL / kg / % SCB | — |
| Enfant (< 14 ans) | 3 mL / kg / % SCB | — |
| Nourrisson et jeune enfant (≤ 30 kg) | 3 mL / kg / % SCB | + soluté d'entretien glucosé (réserves de glycogène faibles) |
| Brûlure électrique | 4 mL / kg / % SCB | Les lésions musculaires profondes sont invisibles en surface |
- Adulte et adolescent : 0,5 mL/kg/h — soit environ 30 à 50 mL/h.
- Enfant de 30 kg ou moins : 1 mL/kg/h.
- Brûlure électrique avec urines foncées (myoglobine, hémoglobine) : 100 mL/h chez l'adulte jusqu'à éclaircissement des urines — ici on remplit franchement pour protéger le rein.
- Sur un membre → ischémie distale (rappel : le pouls reste longtemps perçu).
- Sur le thorax → la paroi ne s'ampliate plus : pressions d'insufflation qui montent, hypoventilation.
Brûlures particulières
| Type | Le piège | Conduite |
|---|---|---|
| Électrique | La peau paraît peu atteinte alors que les muscles profonds sont détruits sur le trajet du courant | Chercher point d'entrée et de sortie ; rhabdomyolyse → remplissage plus large, surveiller kaliémie et diurèse ; ECG et monitorage (arythmies) ; chercher fractures et luxations dues à la tétanisation — dont le rachis |
| Chimique | Le produit continue de brûler tant qu'il est là | Balayer les poudres à sec d'abord, puis rincer abondamment et longuement à l'eau. Pas de neutralisant (la réaction dégage de la chaleur). Protéger l'œil et le rincer en continu. Protéger les soignants. |
| Goudron / bitume | — | Refroidir, ne pas arracher |
Hypothermie et gelures
| Ce qui se passe | Conduite | |
|---|---|---|
| Hypothermie | Frissons qui cessent, confusion, bradycardie, troubles du rythme, coagulopathie (c'est un des trois sommets de la triade létale) | Mobiliser doucement (le myocarde est irritable), réchauffement externe puis interne (solutés et produits sanguins réchauffés, air chaud), monitorage continu |
| Gelures | Zone blanche, dure, insensible ; le pronostic ne s'évalue pas avant plusieurs jours | Réchauffement en eau tiède agitée, analgésie (c'est très douloureux) ; ne jamais frictionner, ne pas réchauffer si la zone risque de regeler, pas de chaleur sèche |
- Un brûlé qui est en choc précoce a une hémorragie, pas « juste » une brûlure.
- Intuber sur les signes d'inhalation, pas sur la détresse — après, c'est trop tard.
- La SpO₂ est normale dans l'intoxication au CO : doser la HbCO, oxygène à 100 %.
- Le premier degré ne se compte pas ; la paume du patient ≈ 1 %.
- La formule donne un débit de départ ; la diurèse le corrige.
- Brûlure circonférentielle du thorax ou d'un membre → escarrotomie.
- Brûlure indolore = brûlure profonde.
👥 Populations particulières · Ch 10–12
L'enfant
Un enfant a une réserve physiologique remarquable : il compense longtemps, parfaitement — puis s'effondre sans prévenir. L'hypotension chez l'enfant traumatisé est un signe pré-terminal.
| Particularité | Conséquence pratique |
|---|---|
| Occiput proéminent | Allongé à plat, sa tête pousse le cou en flexion → surélever le tronc pour garder l'axe neutre |
| Voies aériennes : langue volumineuse, larynx haut et antérieur, trachée courte | Intubation plus délicate, intubation sélective facile → vérifier la profondeur. Pas de cricothyroïdotomie chirurgicale chez le jeune enfant (cf. §02) |
| Squelette élastique | Des lésions internes graves sans aucune fracture : une contusion pulmonaire sans côte cassée, un foie éclaté sans marque. Une côte fracturée chez un enfant signe une énergie énorme. |
| Rapport surface/poids élevé | Hypothermie très rapide → réchauffer d'emblée, couvrir, réchauffer la salle et les solutés |
| Abords veineux difficiles | Voie intra-osseuse sans hésiter après un échec ou un délai court |
| Tout se dose au poids | Réglette de mesure / poids estimé : volumes, drogues, taille du matériel. Remplissage : bolus de 20 mL/kg de cristalloïde isotonique réchauffé, réévalué et répétable ; si la réponse manque, on passe aux concentrés globulaires, 10 mL/kg. |
| Conscience | Score de Glasgow pédiatrique pour la réponse verbale du non-parlant |
- Lésion médullaire sans anomalie radiologique possible (cf. §07).
- La distension gastrique est fréquente, gêne la ventilation et mime un abdomen chirurgical → sonde gastrique.
- L'enfant a peur : la présence des parents, le calme et l'analgésie sont des éléments de prise en charge, pas du confort.
- Beaucoup de lésions de la rate et du foie se traitent sans chirurgie chez l'enfant stable.
La personne âgée
À l'inverse de l'enfant, elle a peu de réserve — et surtout, ses signes vitaux mentent. Une chute de sa hauteur est chez elle un mécanisme grave.
| Ce qui trompe | Pourquoi |
|---|---|
| Pas de tachycardie | Bêtabloquants, pacemaker, réponse chronotrope diminuée |
| Une tension « normale » | Chez un hypertendu chronique, c'est déjà une hypotension : la perfusion des organes est insuffisante |
| Un scanner cérébral rassurant | L'atrophie laisse de la place : l'hématome sous-dural s'installe et se manifeste à retardement |
| Peu de douleur thoracique | Des fractures de côtes peu bruyantes suffisent à provoquer encombrement et pneumopathie — la mortalité augmente avec chaque côte |
| Une confusion mise sur le compte de l'âge | C'est peut-être l'hypoxie, l'hypotension, l'hématome ou la douleur |
La femme enceinte
Et : faire un test de grossesse chez toute femme en âge de procréer.
| Modification physiologique | Piège en trauma |
|---|---|
| Volume plasmatique augmenté, hématocrite abaissé (anémie de dilution) | Elle peut perdre 30 à 35 % de sa volémie avant de s'hypotendre : le fœtus est en souffrance bien avant que la mère ne montre un signe |
| Fréquence cardiaque plus élevée, tension plus basse en cours de grossesse | Les valeurs « anormales » de l'adulte ne s'appliquent pas telles quelles |
| Utérus comprimant la veine cave en décubitus dorsal | Hypotension de décubitus : le retour veineux s'effondre → déplacer l'utérus vers la gauche, manuellement ou en inclinant le plan, tout en respectant le rachis |
| Diaphragme refoulé, hyperventilation physiologique | Le CO₂ est normalement plus bas : un CO₂ « normal » peut signifier une hypoventilation. Drain thoracique à poser plus haut. |
| Vidange gastrique ralentie | Estomac plein en permanence → risque d'inhalation, sonde gastrique |
| Viscères refoulés vers le haut | Examen abdominal peu fiable ; l'utérus protège les viscères mais devient lui-même vulnérable |
- Hématome rétro-placentaire (décollement) : la première cause de mort fœtale quand la mère survit. Contractions, douleur utérine, métrorragies, utérus tonique — et il peut survenir après un traumatisme apparemment mineur.
- Rupture utérine : rare, sur traumatisme violent.
- Hémorragie fœto-maternelle → immunoglobulines anti-D chez toute femme Rhésus négatif.
- Monitorage cardiotocographique prolongé au-delà du terme de viabilité : les anomalies du rythme fœtal sont souvent le premier signe.
- Césarienne péri-mortem : envisagée très précocement en cas d'arrêt cardiaque maternel — elle améliore les chances de la mère autant que celles de l'enfant.
- Dépister les violences conjugales : la grossesse en est une période à risque.
- Mêmes priorités, physiologie différente.
- Enfant : compense puis s'effondre — l'hypotension est pré-terminale ; lésions internes sans fracture ; hypothermie éclair ; tout au poids.
- Personne âgée : pas de tachycardie sous bêtabloquant, TA « normale » trompeuse, anticoagulants, hématome sous-dural retardé, chute de sa hauteur = mécanisme grave.
- Grossesse : réanimer la mère, déplacer l'utérus à gauche, le fœtus souffre avant elle, anti-D si Rhésus négatif, monitorage fœtal.
🚁 Transfert & soins définitifs · Ch 13
La question n'est pas « qu'est-ce que ce patient a ? » mais « ai-je ici les moyens de traiter ce que ce patient a ? ». Si la réponse est non — ou incertaine — le transfert commence tout de suite.
Qui transférer
- Besoins vitaux dépassant le plateau technique : neurochirurgie, chirurgie vasculaire ou thoracique, radiologie interventionnelle, réanimation, bloc immédiatement disponible.
- Lésions spécialisées : traumatisme crânien évolutif, lésion médullaire, brûlure relevant d'un centre de brûlés (cf. §09), fracture complexe du bassin, lésion vasculaire.
- Terrain : enfant, femme enceinte, personne âgée fragile ou anticoagulée.
- Physiologie qui se dégrade malgré la réanimation, ou besoin transfusionnel qui excède les stocks.
- Mécanisme à haute énergie avec bilan encore incomplet dans une structure sans plateau adapté.
Avant de partir
- Refaire un tour d'ABCDE complet. C'est le dernier moment où l'on dispose d'une équipe entière et d'une salle : tout ce qui sera nécessaire en route doit être fait ici.
- A et B sécurisés : voie aérienne en place si elle risque de devenir nécessaire — on n'intube pas dans une ambulance en mouvement ni dans un hélicoptère. Tube vérifié et fixé.
- Drainer ce qui doit l'être : un pneumothorax même simple se draine avant un transport sous ventilation ou en altitude (l'air se dilate).
- C : deux abords sûrs et fixés, hémorragies contrôlées (garrot, ceinture pelvienne, pansements), produits sanguins pour la route si le patient saigne.
- Immobiliser : rachis, fractures alignées et attelées, membres évalués avant départ.
- Sondes (gastrique, urinaire) si elles ne sont pas contre-indiquées — le débit urinaire est un élément de surveillance pendant le trajet.
- Réchauffer : le transport refroidit, et le froid coagulopathise (cf. triade létale).
- Analgésie et sédation prévues pour toute la durée, avec ce qu'il faut pour réajuster en route.
Parler au receveur
- Médecin à médecin, avant le départ. Le receveur peut demander un geste préalable, ou orienter directement vers le bloc ou le scanner à l'arrivée.
- Transmettre : mécanisme et cinétique, heure de l'accident, lésions identifiées, gestes faits et heures, évolution des paramètres (c'est la tendance qui informe, pas la photo), produits administrés — dont l'acide tranexamique et les anticoagulants antagonisés, groupe sanguin, allergies, antécédents (AMPLE, cf. §01).
- Envoyer le dossier avec le patient : feuille de déchocage, résultats, imagerie, et les coordonnées du médecin envoyeur.
- Choisir le moyen et l'équipe selon l'état du patient et la durée du trajet — et anticiper la dégradation plutôt que la subir.
- Décider tôt — pendant l'examen primaire.
- Ne jamais retarder un transfert pour un examen qui ne changera rien sur place.
- La question est celle des moyens disponibles, pas du diagnostic exact.
- Intuber et drainer avant de partir, pas en route.
- Médecin à médecin, et le dossier voyage avec le patient.
- Réchauffer, analgésier, et anticiper ce qui peut arriver dans le camion.
🔗 Ponts vers POCUS & ECG
L'échographie et l'électrocardiogramme ne sont pas des examens que l'on demande « en plus » : en trauma, ce sont des prolongements de l'examen clinique, à l'intérieur même du primary survey. Voici où chacun s'insère, et à quelle question il répond.
L'échographie dans l'ABCDE
| Lettre | Question posée | Ce qu'on regarde | Décision |
|---|---|---|---|
| B | Y a-t-il un pneumothorax ? | Glissement pleural, lignes A/B, point poumon | Abolition du glissement + choc → décompression, sans attendre la radio |
| B | Y a-t-il un hémothorax ? | Épanchement au-dessus du diaphragme | Drain ; volume initial et débit orientent vers la thoracotomie |
| C | Y a-t-il du sang dans le péritoine ? | eFAST : espace hépato-rénal, spléno-rénal, pelvis | Instable + positif → bloc (cf. §05) |
| C | Y a-t-il une tamponnade ? | Fenêtre sous-xiphoïdienne : épanchement péricardique, collapsus des cavités droites | Choc + épanchement → évacuation chirurgicale |
| C | Le patient est-il rempli ? | Veine cave inférieure, contractilité globale | Oriente le remplissage et fait douter du diagnostic de choc hémorragique s'il est discordant |
L'ECG dans le trauma
| Situation | Ce que l'ECG apporte |
|---|---|
| Traumatisme thoracique fermé | Contusion myocardique : tachycardie sinusale inexpliquée, extrasystoles, fibrillation auriculaire, bloc de branche droit, anomalies du segment ST. C'est l'anomalie ECG qui fait monitorer le patient. |
| Activité électrique sans pouls | Oriente vers les trois causes traumatiques à traiter immédiatement : tamponnade, pneumothorax compressif, hypovolémie majeure |
| Écrasement, brûlure électrique, insuffisance rénale | Hyperkaliémie (cf. §08, §09) — et rappel du risque de la succinylcholine (§02) |
| Hypothermie | Bradycardie, allongements, troubles du rythme ; myocarde irritable → mobiliser doucement |
| « Pourquoi est-il tombé ? » | Chez la personne âgée surtout : trouble du rythme ou syndrome coronarien à l'origine de la chute — la vraie urgence peut être là |
Échographie clinique en urgence
eFAST, poumon, cœur, veine cave — les fenêtres et leur interprétation, avec les images.
ECGÉlectrocardiogramme
Lecture systématique, troubles du rythme et de la conduction, tracés commentés.